"Les 'taxes Bouchez', c'est la classe moyenne qui en paie la note"
Pierre-Yves Dermagne, le chef de file fédéral du PS, dit ne pas souhaiter la chute du gouvernement De Wever, embourbé dans ses négociations budgétaires. Ce qu'il veut, ce sont des politiques "justes et efficaces". Il avance les contre-propositions de son parti.


- Publié le 08-11-2025 à 07h02
- Mis à jour le 08-11-2025 à 14h20

Dans le pire des scénarios, des élections législatives anticipées auront lieu en février. Face au blocage des négociations budgétaires, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) a annoncé jeudi qu'il se donnait encore 50 jours pour trouver un accord. Après quoi, il démissionnera. Depuis les bancs de l'opposition, Pierre-Yves Dermagne, chef de file du PS à la Chambre, observe médusé le gouvernement se déchirer.
Est-ce que le PS espère la chute du gouvernement ?
On espère surtout que ce gouvernement mettra enfin en place une politique juste et efficace, une politique de soutien au pouvoir d'achat, tout le contraire de ce qu'il a fait depuis son installation.
La chute du gouvernement enverrait aux oubliettes les réformes que vous avez dénoncées sur les pensions, la flexibilité du marché du travail, le retour au boulot des malades de longue durée… Cela devrait vous réjouir, non ?
Pour la population, ce serait une bonne nouvelle que ces mesures volent à la poubelle, oui. Mais on ne souhaite pas la chute du gouvernement pour le plaisir de le voir chuter. On souhaite la mise en place de politiques justes et efficaces. Au PS, on mène une opposition constructive en démontrant qu'il y a des alternatives, même dans un contexte où les finances publiques sont sous pression.
Le PS est-il prêt à aller aux élections ?
On est toujours prêts. On n'a jamais peur d'aller aux élections, qui plus est dans un contexte où l'on voit qu'il y a un monde entre les promesses électorales qui ont été faites, particulièrement par le MR et Les Engagés, et les actes qu'ils ont posés au gouvernement fédéral ou dans les entités fédérées. La population a été trompée.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dit que s'il bloque les négociations budgétaires, c'est justement pour respecter sa promesse électorale de ne pas augmenter les taxes.
Mais il a augmenté les taxes ! Que ce soit de manière directe ou indirecte : les frais scolaires, le minerval des étudiants, les communes qui doivent augmenter leurs taxes parce que la Région wallonne leur coupe les vivres, la réforme des droits d'enregistrement qui a provoqué une hausse du prix des logements, l'augmentation du prix des médicaments, des soins de santé plus chers… C'est la classe moyenne qui est impactée par ces "taxes Bouchez". C'est elle qui paie la note des politiques MR-Engagés.
Vous devez sans doute soutenir M. Bouchez quand il s'oppose à une augmentation de la TVA ou à un saut d'index sur les salaires ?
Je rappelle que le gouvernement a d'ores déjà touché à l'indexation automatique des salaires. Ils ont bidouillé l'index pour les fonctionnaires, pour les pensionnés, pour les personnes porteuses d'un handicap qui perçoivent une allocation…
Nous avons fait des contre-propositions pour faire contribuer les épaules plus larges, un paquet de mesures à 6 milliards d'euros.
Comment comprenez-vous la crise actuelle au sein de la majorité Arizona (N-VA, MR, Engagés, Vooruit, CD & V) ?
On a un gouvernement qui s'est constitué sur une série de mensonges et de promesses non tenues : les 500 euros en plus pour les travailleurs (le MR parlait plutôt d'un différentiel de 500 euros entre actifs et non actifs, NdlR), la défense du pouvoir d'achat, l'assainissement des finances publiques… Comme le disait le cardinal de Retz : "On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment". Aujourd'hui, on voit que ce gouvernement a doublé le déficit public de l'État, il a pris des mesures qui pèsent sur le pouvoir d'achat de la classe moyenne, tout en donnant des cadeaux aux plus fortunés. Quand on met en parallèle la fin de la pension de survie – qui concerne essentiellement des veuves – et le plafonnement des cotisations sociales pour les gens qui gagnent plus de 25 000 euros par mois, cela illustre à la fois le manque de sérieux budgétaire et l'injustice totale des mesures prises.
Le gouvernement De Wever veut réaliser un effort de 10 milliards d'euros à l'horizon 2030. Quelles seraient les recettes du PS pour y parvenir ?
D'abord éviter de faire des dépenses inconsidérées. Je reprends cet exemple : le cadeau fiscal aux gens qui gagnent plus de 25 000 euros par mois coûte plus de 150 millions aux finances publiques en vitesse de croisière. Ça creuse le déficit et c'est injuste. Ensuite, nous avons fait des contre-propositions pour faire contribuer les épaules les plus larges. On a proposé un paquet de mesures à 6 milliards d'euros : on revoit la taxe sur les comptes-titres avec un taux plus progressif ; on met en place la taxe Zucman (du nom de l'économiste français qui a proposé cette nouvelle formule d'impôt sur la fortune, NdlR) ; et une contribution de crise sur le secteur bancaire et le secteur de l'énergie.
Et des économies dans le fonctionnement de l'État ?
On doit sans doute mieux dépenser à certains endroits. Par contre, il y a pour nous des secteurs qui doivent être immunisés. Les soins de santé, par exemple, ou les pensions. On a fait une proposition de réforme des pensions. Elle ne diminue pas leur coût mais elle le stabilise. Et elle permet surtout de tenir compte de la pénibilité du travail pour que des gens usés par leur vie professionnelle puissent lever le pied plus tôt de manière digne.