Après plus de 40 heures de prise de parole, le micro de Van Quickenborne a été coupé: "C'est une honte, on n'a jamais vu ça au Parlement"
Le député libéral flamand a usé de la tactique de la flibuste en commission Finances. Son but ? Tenter d'empêcher le vote du projet de loi de Jan Jambon.

- Publié le 19-11-2025 à 10h57
- Mis à jour le 19-11-2025 à 16h19

Cela faisait plus de 24 heures que Vincent Van Quickenborne parlait sans interruption, ou presque, en Commission Finances. Au total, le libéral flamand aura pris la parole plus de 40 heures, ces dernières semaines. Evidemment, ce n'est pas un hasard si le député Open Vld s'est montré particulièrement prolixe. Ce dernier avait dans son viseur le projet de loi de Jan Jambon qui permettrait à l'administration fiscale de scanner les données bancaires de tous les citoyens. Il a donc usé de la tactique de la flibuste, c'est-à-dire qu'il a prolongé volontairement le débat sur un projet de loi afin de retarder ou d'empêcher complètement la décision.
Comme l'expliquent nos confrères de Het Laatste Nieuws, la loi belge ne permet pas d'interrompre un parlementaire une fois qu'il prend la parole en commission. Le député a donc le droit de continuer son discours tant qu'il ne s'éloigne pas du sujet du jour et qu'il ne récite pas un texte écrit au préalable.
Ce qui a donc permis à l'ancien ministre de la Justice de tenir le crachoir pendant plus de 24 heures. Avec quelques suspensions de séance demandées dès qu'un membre de la majorité quitte la salle (le quorum n'étant plus atteint), lui permettant de souffler quelques minutes. Dans ses doléances, M. Van Quickenborne a notamment évoqué la crainte d'un "money control", par analogie avec le "chat control", la mesure par laquelle l'UE souhaitait permettre le contrôle des messages privés afin de lutter contre les images d'abus sexuels. Selon l'Open VLD, le gouvernement lève le secret bancaire et renverse le principe de présomption d'innocence. Dans son opposition, Van Quickenborne s'appuie également sur un avis critique de l'Autorité de protection des données.

Et ça continue encore et encore...
Pendant tout ce temps, les partis de la majorité ont dû rester présents, faute de quoi Van Quickenborne pouvait demander une suspension. Le ministre des Finances Jan Jambon (N-VA) était également présent.
Evidemment, la situation a donné lieu à des séquences cocasses. Ainsi, le député Open Vld a offert des pizzas aux personnes présentes en soirée. Il a, ce matin, pris son petit déjeuner - du kéfir - tout en continuant son monologue, pendant que ses collègues recevaient des croissants.

"Le cordon sanitaire vient de voler en éclats sous nos yeux"
Le journaliste du Nieuwsblad, présent lors de cette longue nuit, raconte que des membres de la majorité auraient lancé ironiquement vers 6 heures ce matin : "Quelqu'un peut-il donner un somnifère à cet homme ?"
Ce qui n'a pas manqué toutefois de faire grincer des dents de la majorité, c'est le "pacte du sommeil" qu'aurait passé l'ancien ministre de la Justice avec un membre du Vlaams Belang. Des élus soupçonnent ainsi le libéral flamand de s'être entendu avec Lode Vereeck, lors d'un passage aux toilettes, pour que ce dernier aille se reposer afin qu'il puisse reprendre le flambeau si Vincent Van Quickenborne n'arrivait plus à poursuivre son monologue. Du côté de Vooruit, on estimait que cette stratégie était "dégueulasse". "Le cordon sanitaire vient de voler en éclats sous nos yeux", a estimé un socialiste flamand auprès du Nieuwsblad.
Des tensions éclatent, le micro est finalement coupé
Vers midi, le ton est monté dans l'hémicycle. Le président de la Commission Steven Vandeput (N-VA) a brièvement interrompu M. Van Quickenborne pour lui demander de ne pas se répéter. Dans son viseur, le terme "money control" réitéré à de nombreuses reprises par le député libéral. Mais M. Van Quickenborne n'a pas du tout apprécié la démarche. "Puis-je m'exprimer, s'il vous plaît !", a crié l'élu. Ce à quoi le président de la Commission a répondu: "Vous aurez la parole quand je vous la donnerai !". Il a également demandé à ce qu'on "coupe" le micro de M. Van Quickenborne. L'ancien ministre de la Justice s'est indigné pendant la pause de la manière dont les choses étaient en train de se dérouler. "C'est une honte !", a-t-il confié au journaliste du Nieuwsblad toujours présent. "On n'a jamais vu ça au Parlement."
A la reprise de la séance, le président de la Commission a lu le règlement de la Chambre, concernant les répétitions qui ne peuvent avoir lieu plus de dix fois. Sa conclusion était donc que la parole ne devait pas être rendue à M. Van Quickenborne. Ce qui a fait bondir le principal intéressé et sa collègue Alexia Bertrand. "C'est inacceptable !", a-t-elle lancé.
Comme prévu, le député Vlaams Belang a tenté de reprendre le flambeau, mais a également perdu le droit de s'exprimer. Pour la même raison que le libéral flamand. Le "money control" de trop.