À Bruxelles, le dilemme d'Yvan Verougstraete : "En résumé, tout le monde attend que les Engagés se positionnent clairement"
Yvan Verougstraete doit formuler une proposition de sortie de la crise bruxelloise ce mercredi. La pression montre sur le président des Engagés.

- Publié le 08-12-2025 à 11h29
- Mis à jour le 08-12-2025 à 17h40
À l'approche des 550 jours après les élections régionales bruxelloises, la semaine qui s'ouvre s'annonce potentiellement décisive pour la formation d'un gouvernement. En bien ou en mal.
Avec ou sans le MR ? Les négociateurs étaient suspendus ce lundi matin au bureau exécutif des Engagés, au terme duquel un positionnement de leur président Yvan Verougstraete était attendu.
La réunion s'est bien déroulée à 8 h 30. Mais le positionnement n'est pas venu.
À son issue, le parti a communiqué à La Libre que "par rapport à Bruxelles, notre position n'a pas changé. Nous soutenons les propositions du MR, comme nous le faisons depuis 18 mois".
La Libre, dans un premier temps, interprète cette phrase crytpique comme un enterrement de première classe de la piste de centre-gauche, et un soutien réaffirmé au MR.
Après un moment de latence, le parti reprécise toutefois son message. En langage Engagés, il faut en fait comprendre que le parti continue de soutenir le MR… jusqu'à nouvel ordre. "On a laissé 10 jours à l'initiative libérale. Nous ne sommes pas au bout des 10 jours", précise la porte-parole du parti.
Il faudra donc attendre mercredi pour espérer obtenir une position claire.
Les atermoiements des Engagés se comprennent en fait aisément.
Le parti est encore à la recherche de la meilleure solution pour sortir Bruxelles de la pire crise de son histoire. "Ou plutôt de la moins mauvaise solution. À ce stade, tout est encore sur la table, et rien n'est encore définitivement écarté", glisse une source chez Les Engagés.
Quelles sont ces pistes ?
La première, qui reste au sommet de la pile des Engagés, est particulièrement délicate pour les centristes. Et pour cause : elle implique d'envoyer bouler le partenaire libéral, avec qui les Engagés gouvernent en Wallonie et au Fédéral. Le tout sans certitude d'aboutir à une vraie solution à Bruxelles.
Sans Défi, pas de salut pour le centre-gauche
Ces derniers jours, des contacts assez intenses ont eu lieu, sous l'égide d'Ahmed Laaouej (PS) et Elke Van den Brandt (Groen), en vue de discuter d'une majorité sans le MR.
Mais rapidement, cette fragile piste de centre-gauche a pris du plomb dans l'aile.
Jeudi, sur la RTBF, Sophie Rohonyi, présidente de Défi, a en effet refroidi fortement les ardeurs des autres partis, jugeant "bancale" cette piste de gouvernement sans le MR. En résumé, la Bruxelloise dit toujours "attendre qu'une majorité se dégage tant côté francophone que côté néerlandophone."
Le compte n'y est pas à ce stade, puisqu'il n'y a que 36 députés côté francophone, alors qu'il en faut 37 au minimum.
Certes, le PS peut espérer obtenir la signature Soulaimane El Mokadem (ex-PTB), de Fabian Maingain (Li. bre, ex-Défi) voire de transfuges d'autres partis (le MR est cité).
Mais ce recours aux députés indépendants est jugé "extrêmement dangereux" par Sophie Rohonyi, en raison du risque de "chantage" que pourraient exercer ces parlementaires.
La présidente de Défi s'oppose par ailleurs à ce que la Team Fouad Ahidar soutienne cette majorité. Or, sans le soutien des trois députés de la TFA, on voit mal comment une majorité néerlandophone peut être mise en place.
Cela n'empêche pas Les Engagés de continuer à y croire. "Défi n'est pas aussi vindicatif qu'annoncé", croit savoir une source bien informée.
Bouchez met la pression
Dans l'intervalle, la pression monte sur l'ex CDH. Et les libéraux s'activent.
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, continue de plaider pour son projet de mise en place rapide d'un gouvernement bruxellois resserré et d'urgence.
"Cela reste plus que jamais une piste crédible. C'était une main tendue aux partenaires et pas un couteau sur la gorge".
"Cela reste plus que jamais une piste crédible. C'était une main tendue aux partenaires et pas un couteau sur la gorge", a assuré ce lundi Georges-Louis Bouchez à La Libre.
Ces derniers jours, le Montois a d'ailleurs formalisé son offre par écrit, auprès d'Ahmed Laaouej et d'Yvan Verougstraete, lesquels ont accusé réception.
Cette piste, toutefois, présente également des faiblesses.
Bouchez et Laaouej peuvent-ils retisser la confiance ?
Car la confiance est rompue entre Georges-Louis Bouchez et Ahmed Laaouej, et la retisser n'est pas une mince affaire.
Sur le fond, les divergences restent profondes même si le président du MR laisse entendre çà et là que son parti est prêt à des concessions pour sortir du bourbier bruxellois.
Un gouvernement d'union bruxelloise ?
"Beaucoup de socialistes rêveraient de ce gouvernement de centre-gauche. Mais en étant réalistes : vu la difficulté de mettre cette option en place, et la pression du MR au Fédéral, on imagine mal un soutien clair et franc des Engagés à cette majorité sans le MR", observe une source bruxelloise. "À moins qu'Yvan Verougstraete ne veuille la ministre Présidence. Et il ne peut l'avoir que dans un modèle de centre-gauche donc… En résumé, tout le monde attend qu'Yvan Verougstraete se positionne clairement…"
Plusieurs sources soulignent que, durant les négociations, Yvan Verougstraete a évoqué la piste d'un gouvernement d'union bruxelloise auquel la quasi-intégralité des partis démocratiques bruxellois prendrait part, et dans lequel le MR n'aurait plus la main. La formule comprendrait potentiellement la présence d'experts ou de techniciens issus de la société civile.
Sera-ce là le compromis final du président des Engagés ?
Chacun espère y voir plus clair mercredi.