La réforme du calendrier scolaire provoque des remous en Flandre: "Fixer des limites était devenu nécessaire"
Le gouvernement flamand s'attaque à des symboles bien ancrés : "Chaque jour d'école doit devenir un jour de cours".

- Publié le 17-12-2025 à 06h38

Lundi, la ministre de l'Enseignement néerlandophone, Zuhal Demir (N-VA), a annoncé vouloir réduire le nombre de jours sans cours, dont les fameux "jours blancs" qui sont ces journées durant lesquelles les enseignants corrigent les examens avant les vacances, et au long desquelles les cours sont donc suspendus. Aux yeux de la ministre, trop d'heures de classe se perdent en raison de ces journées. Sa réforme prévoit par ailleurs la mise sur pied d'une garde "pédagogiquement utile", et obligatoire lorsque les cours ne peuvent se dérouler. Ces mesures entreront en vigueur le 1er septembre 2026.
Un autre état d'esprit
En Flandre, cette sortie de la ministre a déchaîné les passions, tant elle s'attaque à des coutumes bien ancrées. Désormais, le premier et le dernier jour d'école, souvent vécus comme des formalités, redeviendront de véritables journées de cours. Le 1er septembre ne pourra plus se limiter à un accueil informel, et le dernier jour de classe, aujourd'hui systématiquement réduit à une demi-journée, se donnera sur l'entièreté de la journée.
La ministre n'en est pas à son coup d'essai. L'an dernier déjà, sa volonté de maintenir un lundi 30 juin comme jour de classe était contestée par les enseignants. Cette fois, ils n'auront plus le choix. "Il ne s'agit pas de grappiller quelques heures, mais de changer une culture, insiste Zuhal Demir. L'idée que l'année scolaire se termine de plus en plus tôt doit disparaître."
Les journées pédagogiques dédiées aux enseignants sont, elles aussi, recadrées. Dans le primaire, trois demi-journées par an restent possibles, mais sans dérogations supplémentaires. Et si une formation en plus est néanmoins prévue, un remplacement devra être assuré. Dans le secondaire, la journée pédagogique telle qu'on la connaît – un jour sans élèves – disparaît. Les enseignants pourront continuer à se former, mais de manière étalée, sans fermer l'école.
Enseignants peu enthousiastes
Si la ministre dispose d'un accord au sein du gouvernement flamand, une enquête menée par l'application Teacher Tapp Vlaanderen auprès de 1 305 enseignants montre que le projet rencontre peu de soutien sur le terrain.
Pas moins de 86 % des enseignants interrogés s'opposent à l'obligation d'enseigner le premier et le dernier jour d'école. Un pourcentage similaire (85 %) rejette la suppression (dans le secondaire) ou la réduction (dans le primaire) des journées pédagogiques. Enfin, seuls 10 % des sondés sont favorables à la suppression des jours de congé supplémentaires que les écoles peuvent utiliser pour créer un pont entre un jour férié et un week-end.
De leur côté, les deux plus grandes fédérations de l'Enseignement en Flandre (Katholiek Onderwijs Vlaanderen et GO !) attendent des informations plus détaillées avant de prendre position.
Pour Dirk Van Damme, ancien haut responsable de l'OCDE, la démarche est cohérente. Sur ce point, il se rallie à l'avis de la ministre Demir qui rappelle que, dans l'enseignement secondaire flamand, les élèves bénéficient de 11 % de cours en moins que la moyenne de l'OCDE, soit jusqu'à 22 jours de cours perdus par an. "Les écoles disposent de nombreuses manières de rogner sur ce temps, souvent sans mauvaise intention. Fixer des limites était devenu nécessaire", estime-t-il.
Critiques politiques et syndicales
À l'inverse, les syndicats dénoncent une mesure symbolique et contre-productive.
La présidente d'ACOD (CGSP) Enseignement, Nancy Libert, rappelle que la réforme ne prend pas en compte le véritable problème : le manque d'enseignants.
Même son de cloche du côté du Christelijk Onderwijzersverbond (COV). Sa présidente, Marianne Coopman, souligne que davantage de jours de cours ne garantissent pas automatiquement une meilleure qualité de l'enseignement.
Les critiques politiques se multiplient également. La députée Groen Kim Buyst juge que les enseignants n'auront pas assez de temps pour se préparer aux nouveaux objectifs pédagogiques minimums prévus en 2026, et accuse la ministre de faire preuve de méfiance envers les équipes éducatives.
Du côté du CD&V, Loes Vandromme soutient l'objectif d'augmenter le temps de cours, mais estime que le débat passe à côté de l'essentiel : le déficit structurel d'enseignants, bien plus que le nombre de journées sans cours.