À Bruxelles, la moitié des communes augmentent leurs taxes immobilières : "Ces hausses sont le symptôme de leur étranglement financier"
Neuf des 19 communes ont prévu d'augmenter le taux de prélèvement sur le précompte immobilier.


- Publié le 19-12-2025 à 06h35
- Mis à jour le 08-02-2026 à 15h05

Les lendemains de scrutin sont douloureux, dans plusieurs communes bruxelloises.
Alors que les taxes communales étaient restées stables l'année avant les élections locales et régionales, les nouveaux collèges communaux bruxellois ont changé leur fusil d'épaule pour l'exercice budgétaire 2026.
Le constat, réalisé par la DH qui a compilé les choix fiscaux des 19 communes, est interpellant. Neuf des 19 communes (Auderghem, Bruxelles-Ville, Etterbeek, Evere, Ganshoren, Koekelberg, Saint-Josse, Uccle et Watermael-Boitsfort) ont prévu d'augmenter le taux de prélèvement sur le précompte immobilier (PRI) (certaines décisions doivent encore être avalisées par les conseils communaux).
Rappelons que les centimes additionnels au précompte immobilier (PRI) constituent le principal levier de prélèvement fiscal des communes (60 % des recettes totales). Mais il en existe d'autres, comme l'additionnel à l'impôt des personnes physiques (IPP), qui augmentera également dans trois communes (Koekelberg, Schaerbeek et Evere), tandis qu'il baissera dans quatre (Bruxelles villes, Etterbeek, Uccle et Watermael-Boitsfort).
Qu'on ne s'y trompe cependant pas : globalement, les baisses de l'IPP ne compenseront pas les hausses du PRI.

Le dernier recours
"On constate une hausse de la fiscalité dans les communes bruxelloises, c'est une évidence. La hausse du PRI, qui permet de toucher une base imposable plus grande (NdlR : elle touche également les fonctionnaires internationaux, qui échappent à l'IPP), est plus importante que la baisse de l'IPP. Ces augmentations sont souvent le dernier recours des communes pour maintenir un service au citoyen, et éviter de devoir fermer une piscine ou une école. Ces hausses sont le symptôme de leur étranglement financier", assure William Verstappen, expert fiscalité de Brulocalis (anciennement Association de la Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale). "Généralement, les communes privilégient aussi des augmentations du PRI, plutôt que de l'IPP, car c'est un impôt plus juste et qui touche tout le monde. En effet, le PRI ne touche pas que les habitants d'une commune mais aussi les propriétaires qui y ont des biens en location."
Et concrètement ?
"À titre d'exemple, sachant que le taux d'Etterbeek passe de 2 966 à 3 475, pour une personne qui avait un revenu cadastral de 1 500 euros indexés en 2025, l'augmentation sera de 95 euros", ajoute William Verstappen. À Bruxelles-ville, la hausse flirterait avec les 100 euros, et autour de 210 euros à Saint-Josse-ten-Noode (qui devient la deuxième commune bruxelloise où l'immobilier est le plus taxé, derrière Schaerbeek).
Certes, les communes proposent généralement des primes "Be Home" , qui viennent en complément de la même prime régionale, pour compenser ces hausses de précompte immobilier. Mais celles-ci ne bénéficient qu'aux propriétaires qui habitent effectivement dans leur bien immobilier, tandis que les multipropriétaires doivent payer plein pot.
Les raisons
Cette tendance globale à l'augmentation des taxes immobilières s'explique par plusieurs facteurs récurrents, valables dans la plupart des communes du pays : les crises à répétition (Covid, crise énergétique), des frais fixes qui augmentent graduellement (indexation du salaire et des pensions des agents communaux, revalorisation salariale etc.), mais aussi par des décisions prises à d'autres niveaux de pouvoirs qui ont des conséquences dans les communes.
"Juste avant le Covid, les communes bruxelloises disposaient globalement de réserves, elles étaient en bonne santé et en capacité d'investir", reprend William Verstappen, de Brulocalis. "Mais avec les crises à répétition qu'elles ont connues, elles ont dû puiser dans leurs réserves. Aujourd'hui, les communes manquent de ressources et sont confrontées à des reports de charges du fédéral, dont le sous-financement chronique des zones de police et, bien sûr, la réforme du chômage."
À partir de ce 1er janvier 2026, un afflux massif de personnes exclues du chômage est attendu dans les CPAS des différentes communes. "À Koekelberg, 793 personnes recevront en 2026 une lettre leur annonçant la fin de leurs allocations de chômage et nous avons dû anticiper en augmentant le budget de notre CPAS d'1,4 millions d'euros", pointe Olivia P'tito (PS), bourgmestre de Koekelberg.
Brulocalis cite également l'impact à venir de la réforme fiscale annoncée par le fédéral, qui prévoit un relèvement de la quotité exemptée d'impôt. Cette réforme aura un effet sur la base imposable, qui risque de diminuer mécaniquement les recettes pour les communes.
À Bruxelles, une difficulté supplémentaire
Ces problématiques concernent les communes flamandes, wallonnes et bruxelloises. Les pouvoirs locaux, dans la capitale, se trouvent toutefois confrontés à une difficulté supplémentaire : l'absence de gouvernement bruxellois de plein exercice.
"On se doute bien que la situation financière catastrophique de la Région aura un impact sur les communes".
Au vu des négociations budgétaires en cours, et de la nécessité de diminuer les déficits, les communes s'attendent à voir les dotations régionales aux communes, qui constituent une part essentielle de leur financement, être rabotées. "On se doute bien que la situation financière catastrophique de la Région aura un impact sur les communes", résume Boris Dilliès (MR), bourgmestre d'Uccle.
La question des subsides régionaux dits "facultatifs", mais qui financent en réalité de nombreuses activités structurelles dans les communes, est également brûlante. "Les subsides que nous sommes censés recevoir de la Région bruxelloise n'arrivent plus, ou ils ne sont plus indexés, alors que nos frais de personnel explosent", relate Benoit Cerexhe (Les Engagés), bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre et président de la conférence des bourgmestres bruxellois. "Les communes souffrent terriblement. Elles n'ont d'autres choix que d'augmenter les recettes et de diminuer les dépenses, ce qui nous contraint à diminuer la qualité des services. Ce n'est pas agréable, mais nous avons les couteaux sur la gorge."