Il y a trop peu de petits logements publics en Wallonie
Vingt pour cent des personnes qui occupent un logement public en Wallonie sont âgés de 65 ans et plus, découvre-t-on dans un document publié par la ministre du Logement, Cécile Neven (MR).

- Publié le 23-01-2026 à 06h42

Quel est le profil de ceux et celles qui occupent les 103 000 logements publics en Wallonie ? Les réponses tiennent en quelques chiffres livrés il y a peu par la ministre wallonne en charge du Logement, Cécile Neven (MR), au député Charles Gardier (MR). Ce dernier l'interrogeait par écrit sur l'achat des logements publics par les locataires eux-mêmes, notamment.
En examinant les catégories socioprofessionnelles des "chefs de ménage" − selon la terminologie de la ministre − occupant ces logements, on trouve en majorité des personnes pensionnées ou prépensionnées (29,83 %). Viennent ensuite les bénéficiaires de l'assurance maladie-invalidité (16,21 %), les ouvriers (14,5 %), les personnes au chômage (10,03 %), les bénéficiaires du RIS (7,81 %), les employé(e) s (7,07 %), les personnes handicapées à plus de 66 % (5,1 %) et, enfin, les indépendants (0,57 %). Les 8,88 % restants sont qualifiés d'"autres".
La ministre fournit également une répartition par âge. "Les chiffres montrent que le parc de logements sociaux accueille une proportion importante de familles avec enfants. Au 1er janvier 2025, 28,35 % des habitants ont moins de 18 ans. Les personnes âgées de 18 à 64 ans, c'est-à-dire la classe d'âge correspondant aux personnes en âge d'être actives, représentent 51,91 % des habitants. Enfin, 19,74 % des habitants sont âgés de 65 ans et plus."
Comparés à la structure démographique générale de la Wallonie, ces chiffres montrent que "la part des moins de 18 ans est significativement plus élevée dans le parc public que dans la population wallonne, tandis que la tranche 18-64 ans est, à l'inverse, proportionnellement moins présente parmi les locataires sociaux. La part des 65 ans et plus est d'un ordre de grandeur globalement similaire à celle observée dans la population générale", explique la ministre.
103 000 logements publics en Wallonie
En Wallonie, le manque de logements publics est criant. Un chiffre de 40 000 demandes en attente (pour un parc de 103 000 logements) est souvent mis en évidence.
Qui sont ceux et celles qui cherchent ce type de logement ? En grande majorité des familles (couples avec enfants ou familles monoparentales). Ça tombe bien, la grande majorité des logements comptent plusieurs chambres. Le hic, c'est qu'avec le vieillissement des locataires actuels, de nombreux pensionnés occupent des logements "devenus trop grands", explique l'économiste Philippe Defeyt qui a présidé le CPAS de Namur ainsi qu'une société de logement social. "Déménager vers une location traditionnelle ou une résidence pour personnes âgées étant plus coûteux, beaucoup de pensionnés restent dans leur logement public. On peut le comprendre. Et je peux aussi comprendre que cela choque de voir une personne seule ou un couple occuper un logement trop grand qui pourrait bénéficier à une famille avec enfants."
L'économiste précise qu'une personne âgée de 65 ans isolée, qui accède à un logement public, obtient un bien de "deux chambres, alors qu'une personne isolée plus jeune aura droit à une seule chambre". À ses yeux, cette règle date "d'une époque où l'on pouvait être plus généreux".
Reste une question : pourquoi les personnes âgées qui n'ont plus besoin de plusieurs chambres ne sont-elles pas relogées dans des logements plus petits ? "Parce qu'il n'y en a pas assez", explique Philippe Defeyt. "Il serait plus simple de proposer à une personne un logement plus petit dans le même quartier, mais ce n'est pas possible : il y a un manque criant de petits logements, des studios ou des logements avec une chambre."
Une situation qui découle de la non-adaptation "de la société en général et des sociétés de logement en particulier face à l'évolution de la composition des familles".
Mais revenons aux chiffres donnés par la ministre wallonne du Logement. On apprend ainsi qu'en moyenne, les locataires actuels des logements publics wallons "occupent leur logement depuis 16 ans et 8 mois".
La vente d'un logement
Le député Charles Gardier voulait aussi savoir si les logements étaient adaptés, au niveau de leur accessibilité, au vieillissement de la population ? Les chiffres donnés ne sont pas très lourds en la matière puisque "les données du Cadastre du Logement public au 21 octobre 2025 recensent 103 090 logements d'utilité publique. Parmi ceux-ci, 3 228 sont répertoriés comme accessibles, 3 406 comme adaptables et 727 comme adaptés", explique la ministre.
Il faut enfin savoir qu'il est parfois possible pour le locataire d'un logement public d'acheter celui-ci. "Ce qui est quand même plutôt difficile au vu des revenus des locataires", estime Philippe Defeyt. D'ailleurs les chiffres donnés par la ministre attestent de cette difficulté. En effet, entre 2022 et 2025, la ministre explique que les sociétés de logements publics ont vendu sur les cinq provinces wallonnes "61 logements". Et une province se distingue largement par rapport aux quatre autres. "Dans le Hainaut, entre 2022 et 2025, 49 locataires ont acheté le bien qu'ils louaient : 8 logements ont été vendus en 2022, 17 en 2023, 13 en 2024 et 11 en 2025", conclut la ministre.