"Beaucoup de gauchos" : Jacqueline Galant vivement critiquée après ses propos sur la RTBF
Lors d'une prise de parole, la ministre a attaqué l'administrateur général de la RTBF, le directeur de l'information, les journalistes, mais aussi la présidente du conseil d'administration, Joëlle Milquet.

- Publié le 30-01-2026 à 08h48
- Mis à jour le 30-01-2026 à 14h29

La ministre des Médias Jacqueline Galant est sous le feu des critiques après avoir tenu des propos polémiques sur la RTBF. Lors d'une conférence-débat organisée à Walhain (Brabant wallon) le 13 janvier dernier, la libérale s'est félicitée des départs prochains de l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, ainsi que du directeur de l'information, Jean-Pierre Jacqmin.
"On espère qu'avec ces deux changements on pourra apporter une ligne (éditoriale) un peu différente, qui ira de l'autre côté de l'échiquier politique", répond la ministre à une personne dans la salle qui se plaint du positionnement jugé trop à gauche des journalistes de la RTBF.

"Il est temps que ça change. Ces personnes sont là depuis trop longtemps. Il y a un système qui s'est installé", ajoute Galant au sujet de MM. Philippot et Jacqmin.
"Dans la nouvelle génération de journalistes (de la RTBF), il y a quand même beaucoup de gauchos", commente encore la ministre lors de cette conférence, dont l'enregistrement intégral est diffusé depuis mercredi sur DREAMR, la chaîne YouTube des libéraux francophones.
La Jurbisienne y laisse aussi entendre que les administrateurs MR au sein du conseil d'administration de la RTBF vont s'atteler à corriger les choses.
"Nos administrateurs ont un rôle essentiel à jouer. Notre président (Georges-Louis Bouchez, présent aux côtés de la ministre ce soir-là, ndlr) a choisi des gens qui veulent faire bouger les choses", se félicite-t-elle.
Galant tacle aussi Joëlle Milquet
Lors de cette même intervention, la ministre attaque aussi sévèrement la présidente du conseil d'administration de la RTBF, Joëlle Milquet (Les Engagés), accusée d'être "plus à gauche que la gauche".
"Elle est vraiment en admiration devant Elio Di Rupo et les socialistes ! Dès qu'elle peut nous ennuyer, elle le fait […] On doit (lui) tenir tête. C'est vraiment un travail au quotidien…", soupire la ministre.
RTBF : "Refuser toute forme d'ingérence"
Par voie de communiqué, la RTBF a dit "refuser toute forme d'ingérence" et a "condamné toute déclaration qui porte atteinte à l'indépendance éditoriale du média public, que ce soit au niveau de sa structure, de ses missions, de ses valeurs et de son personnel".
Les représentants du média public ont également précisé : "Nous soutenons, défendons et revendiquons le travail de toutes les équipes de la rédaction face à des propos dénigrants, non étayés, méprisants. Nous dénonçons le climat de pression et de menaces répétées qui touche l'ensemble de la RTBF et de ses équipes".

"Des propos insultants", selon Degryse
La ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles a réagi par voie de communiqué ce vendredi matin. Elisabeth Degryse (Les Engagés) dit avoir "pris connaissance des propos disgracieux et insultants tenus par la ministre Galant à l'encontre de la RTBF, de ses instances, de sa présidente et de ses journalistes".
L'élue "déplore et condamne fermement ces propos. Il est attendu d'une ministre des Médias qu'elle garantisse le respect de la liberté de la presse et son indépendance. A l'heure du recrutement d'un nouvel administrateur général et à l'aube du travail sur le nouveau contrat de gestion, la ministre-présidente confirme qu'un média de service public se doit d'être impartial, indépendant et juste. C'est bien la ligne que le gouvernement entend défendre dans le respect de la liberté de la presse et éditoriale, des instances de gestion de la RTBF et de sa présidente."
Elisabeth Degryse expliquait aussi qu'elle allait s'entretenir avec la ministre Galant "afin de lui rappeler l'importance de l'indispensable respect à avoir vis à vis des journalistes, de la RTBF et de son CA".

"Une faute politique majeure", selon le PS
Aux yeux du PS, avec de tels propos, la ministre a "bafoué les règles européennes et les principes constitutionnels qui protègent la liberté des médias".
"Jacqueline Galant a commis une faute politique majeure. Celle d'entraver la liberté de la presse", accuse Martin Casier, chef de groupe socialiste au parlement de la FWB. Celui-ci réclame un "débat urgent" au parlement après ces propos qui, selon lui, interrogent la "crédibilité du gouvernement Degryse".
Elle montre de manière grave que le MR a de plus en plus de mal avec les fondements de la démocratie
"Elle montre de manière grave que le MR a de plus en plus de mal avec les fondements de la démocratie. Une ministre des Médias ne peut pas 'déplacer la ligne éditoriale de la RTBF sur l'échiquier politique'. Ni d'aucun média !", s'insurge Casier.
"Une pression inacceptable" pour Ecolo
De son côté, Ecolo se dit "profondément choqué par les propos de la ministre". Selon le parti, cette prise de parole "relève d'une stratégie d'intimidation visant à affaiblir l'indépendance journalistique, une dérive indigne d'un État de droit. Une telle pression, inacceptable, pèse inévitablement sur les rédactions et entrave la liberté d'informer".
"C'est une première depuis la création de la Communauté française", poursuit Ecolo. "En laissant entendre que le renouvellement de la direction de l'information de la RTBF pourrait servir à infléchir la ligne éditoriale 'dans l'autre sens', c'est-à-dire dans le sens du MR, la ministre franchit une ligne rouge. Il s'agit d'une attaque frontale contre la liberté de la presse. Une ministre des Médias n'est pas là pour imposer une ligne politique aux journalistes."
"Face à la gravité des faits", Ecolo demande la convocation immédiate d'une commission conjointe Médias/Affaires générales afin que la ministre "clarifie ses propos". Ecolo estime par ailleurs que la compétence des Médias doit lui être retirée. "À tout le moins, la ministre-présidente doit reprendre sans délai la tutelle de la RTBF afin de garantir pleinement son indépendance", précise le parti.
Bouchez : "L'entier soutien du MR"
Georges-Louis Bouchez a apporté son soutien à sa ministre qui, selon lui, "n'a pas à s'excuser de vouloir faire respecter le pluralisme des médias". "Elle a l'entier soutien du MR et elle poursuivra avec l'énergie, l'efficacité et l'honnêteté qui la caractérisent les réformes", a ajouté Le président du MR.
"Critiquer une ligne éditoriale n'est en rien un musèlement de la presse. Les journalistes ont des droits mais aussi des responsabilités. C'est un principe de base de la démocratie libérale", a poursuivi le chef de file des libéraux francophones.
"Les problèmes de la ligne éditoriale de la RTBF existent et sont connus alors que ce média doit être encore plus irréprochable que les autres par le fait qu'il est public et fortement subventionné", estime M. Bouchez pour qui la RTBF se doit d'être impartiale, "ce qu'elle n'est pas suffisamment régulièrement".
Une autre polémique
En tout début de législature, Galant avait déjà suscité la polémique après avoir critiqué dans une série de tweets une capsule vidéo sur le racisme diffusée par la RTBF. Certains avaient alors accusé la ministre des Médias de vouloir peser sur la ligne éditoriale de la radio-télévision publique.
La RTBF et l'état-major du MR entretiennent depuis des mois des relations tendues. Le président des libéraux francophones critique régulièrement la rédaction de la RTBF, accusée notamment d'être un "fournisseur officiel de fake news".