Du "déclin de la langue française" à "la richesse des belgicismes"
Au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les présidents défilent, l'attachement au français demeure.

- Publié le 20-03-2026 à 06h36
- Mis à jour le 20-03-2026 à 08h56

"Une valse à quatre temps/C'est beaucoup moins dansant/C'est beaucoup moins dansant/Mais tout aussi charmant/Qu'une valse à trois temps", chantait Jacques Brel, l'acrobate des mots.
Au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), la valse se pratique à quatre présidents.
Lorsqu'il entre dans la salle, ce mardi à 9h55, Guillaume Soupart (MR), vice-président de la commission parlementaire chargée de contrôler l'action de la ministre-Présidente Elisabeth Degryse (Les Engagés), prend la place du président Bruno Lefebvre (PS). Ce dernier a du retard, c'était prévu.
Gaëtan Van Goidsenhoven (MR) est le premier député à interroger la cheffe de l'exécutif francophone. "D'après un rapport réalisé l'an dernier au Grand-Duché de Luxembourg, la langue française se porte mal, s'inquiète-t-il. À Bruxelles, le déclin de l'usage de la langue française est également perceptible. […] Si le français est aujourd'hui parlé par plusieurs centaines de millions de locuteurs à travers le monde, son usage recule de manière constante dans de nombreux domaines, qu'il s'agisse de l'enseignement, de la recherche, de l'économie ou de la diplomatie."
Rap et slam à l'honneur
Elisabeth Degryse égrène les initiatives prises par la FWB dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie, qui a lieu ce 20 mars, pour promouvoir le français. Parmi d'autres, elle mentionne une soirée "[mettant] à l'honneur le slam et le rap".
"J'insiste une nouvelle fois sur la situation préoccupante de l'érosion de notre langue dans l'espace public, reprend M. Van Goidsenhoven. Dans certains cas, il semble presque nécessaire de s'excuser d'employer notre langue française. Par exemple, les affiches du Botanique, institution liée à la Fédération Wallonie-Bruxelles, se font quasiment exclusivement en anglais. Malheureusement, l'emploi de la langue française n'est pas une évidence, nous devons rester vigilants afin de maintenir son usage dans les différents espaces."
Jacques Brel ne l'aurait pas contredit.
Le président d'une commission parlementaire reste politiquement neutre. Pour interpeller le gouvernement, il doit reprendre sa casquette de simple député.
Dans la valse des présidents, l'intérimaire Guillaume Soupart cède brièvement sa place à Jean-Jacques Cloquet (Les Engagés) afin d'interroger la ministre-Présidente. La coutume parlementaire veut que le président d'une commission reste politiquement neutre. Pour interpeller le gouvernement, il doit redescendre dans l'arène parlementaire et reprendre sa casquette de "simple" député.
Cet échange de bons procédés a lieu une première fois pour que le libéral pose une question sur la "mutation du phénomène sectaire à l'ère numérique". Et une seconde fois pour une question sur la "valorisation des belgicismes".
Les belgicismes, marqueurs identitaires
"Longtemps perçus comme fautifs ou impropres, les belgicismes sont aujourd'hui reconnus comme marqueurs identitaires et témoins de la richesse de notre patrimoine linguistique", souligne M. Soupart. Qui défend la place de "notre français régional dans l'enseignement, la recherche, la création artistique et les échanges culturels intrafrancophones."
On aurait aimé connaître l'avis du poète-chanteur le plus célèbre de Belgique à ce sujet.
La ministre-Présidente enchaîne, elle, les réponses. Il est 12h10. "Je rends la présidence à M. Lefebvre", dit Guillaume Soupart après l'arrivée du socialiste. "Il a bien fait ça", sourit Elisabeth Degryse.
Un dernier pas de valse. Guillaume Lefebvre demande à Fadila Laanan (PS) de le remplacer le temps de poser une question sur les "centres d'archives liés à des partis politiques". Puis de remercier sa collègue, non sans humour, "pour l'excellente présidence [qu'elle a] assurée".