Le ministre Desquesnes encourage les communes à fusionner avant d'y être obligées
La réforme des provinces vise à leur retirer l'ensemble des services qu'elles rendent aujourd'hui.

- Publié le 29-08-2026 à 07h01
- Mis à jour le 29-08-2026 à 07h46

Le vice-président du gouvernement wallon, François Desquesnes (Les Engagés), en charge des Pouvoirs locaux, des Infrastructures, de la Mobilité et de l'Aménagement du territoire, fait sa rentrée dans La Libre. Il revient sur l'ensemble des dossiers sensibles : réformes des provinces, fusions de communes, budget, boucle du Hainaut et vignette autoroutière.
En 2027, le plan Oxygène qui permet de donner de l'air à certaines communes – et particulièrement les grandes villes – qui souffrent de problèmes financiers, sera terminé. Qu'est-ce qui va lui succéder ?
L'objectif du plan Oxygène n'était pas de mettre les communes sous respirateur artificiel. Certaines l'ont peut-être cru. Il s'agissait de donner le temps nécessaire aux communes pour redresser structurellement leurs finances et espérer des refinancements fédéraux. Quand je suis devenu ministre, j'ai regardé si les communes avaient respecté le deal. J'ai constaté que non. Qu'est-ce que certaines communes ont fait pendant plusieurs années ? Elles ont créé des recettes factices en indiquant dans le budget les montants que le fédéral aurait dû donner pour certains financements (zones de secours, de police, etc.) alors qu'elles ne les recevaient pas. Résultat des courses : au moment des comptes, la réalité était tout autre. En construisant sur du sable, elles ne faisaient pas les efforts demandés et leur trésorerie se retrouve dans le rouge. J'ai donc donné un signal en annulant le budget de deux grandes villes. Pour la suite, j'ai entendu le fédéral s'engager pour mieux financer les zones de police et de secours. De mon côté, j'ai fait ma part en dégageant complètement les communes de leur part de financement des zones de secours en 2030. Je constate aussi qu'une série de villes ont enclenché cette dynamique de redressement. Dans d'autres, ça reste plus compliqué. Et donc on doit continuer à travailler pour réenclencher cette dynamique urbaine. Nous réfléchissons à 3 ou 4 pistes techniques, mais ce ne sera plus à travers un plan Oxygène.
Votre stratégie a-t-elle pour objectif de placer les communes dans une situation où la fusion deviendrait inévitable ?
Ma conviction, c'est que nous vivons dans un monde de plus en plus incertain. Il y a cinquante ans, les attentes des citoyens envers leur commune étaient relativement basiques. Aujourd'hui, entre incertitudes économiques et dérèglement climatique, le niveau d'exigence a considérablement augmenté. Les communes doivent être mieux armées pour y faire face.
Les mandataires communaux que je rencontre en sont conscients, et des discussions sont en cours dans presque toutes les provinces. Sur les fusions, l'accord de gouvernement est clair : elles doivent se faire sur base volontaire. Mais le message que j'envoie aux élus locaux, c'est qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait — et je suis convaincu que cette question sera au cœur de la prochaine campagne électorale. Autant choisir aujourd'hui avec qui l'on convole, plutôt que de devenir un jour la proie du chat.
Cela dit, si ma formation a défendu la logique du volontariat, c'est aussi parce que dans certains territoires étendus et très ruraux, il faut préserver une proximité du service.
Quant à la réforme des provinces, où en est-on ? Vous avez besoin d'une majorité des deux-tiers, donc de l'opposition ?
L'objectif est de retirer une couche de lasagne institutionnelle à un système politique bien fourni en la matière. Et effectivement, si on veut mener à terme l'ensemble de la réforme, il faut qu'on travaille avec l'opposition. Cette réforme comporte trois niveaux. Le premier est déjà enclenché puisque j'ai mis en place le financement total de la part communale des zones de secours par les provinces en 2029. Le deuxième concerne la reprise des compétences exercées par les provinces. Pour celui-là, nous n'avons pas besoin de l'opposition. Qu'un musée provincial devienne régional, ça ne change rien…
Certes, mais la reprise de l'enseignement provincial ne sera pas aussi simple puisque ce chantier concerne la Fédération Wallonie-Bruxelles…
…Oui l'enseignement est un élément particulièrement complexe, je le reconnais et nous allons devoir trouver un équilibre.
Donc votre intention est de retirer toutes leurs compétences aux provinces ?
Je préfère dire que nous transférons des services rendus aux citoyens. Mais admettons : si nous transférons 100 % de ces services, nous arrivons au troisième niveau de la réforme, et l'institution provinciale n'aura alors plus de raison d'être. Je prépare actuellement un décret spécial pour les niveaux deux et trois de la réforme, et nous allons ouvrir les discussions avec l'opposition.
En tant que ministre de l'Aménagement du territoire, pouvez-vous nous dire quand une décision sera prise pour la boucle du Hainaut, ce projet de liaison électrique aérienne à très haute tension ?
La société civile elle-même reconnaît qu'il s'agit d'un besoin réel. Au Parlement wallon, tous les partis m'interrogent pour savoir quand ce projet se concrétisera. Et sur le terrain, même les associations admettent aujourd'hui sa nécessité. Les deux questions qui subsistent concernent la technologie à utiliser et le tracé à emprunter. Nous en sommes au stade de la modification du plan de secteur. J'ai demandé à un bureau d'études d'identifier le meilleur tracé en tenant compte des paramètres liés à la santé humaine, afin d'éviter de survoler des lieux d'habitation et de vie. Il faut agir avec ordre et méthode.
Et au niveau du timing ?
L'objectif est d'arriver à une décision à l'automne. Ce qui est très clair par contre, c'est qu'Elia ne dictera pas sa loi. Au départ, ils sont venus avec un seul itinéraire en disant que c'était le meilleur. C'est la Région qui déterminera le meilleur itinéraire. Et des conditions strictes seront imposées, car il n'y a aucune raison que seuls les habitants des zones concernées supportent le coût d'un projet qui profite à toute la Belgique, et même au-delà.