Cave de Marc Dutroux, incendie de l'Inno, Tueries du Brabant: quand l'IRM joue les experts pour la justice
Les données météorologiques peuvent régler ou faire avancer des affaires criminelles.

- Publié le 02-10-2019 à 07h34
- Mis à jour le 23-10-2019 à 15h22

Les données météorologiques peuvent régler ou faire avancer des affaires criminelles.
Au cœur de l'avenue Circulaire, à Uccle, se cachent les bureaux et laboratoires de l'IRM, l'Institut royal météorologique. Un lieu bien connu quand on parle de relevés de températures et qui est cité plus qu'à son habitude lors des bulletins météo. Mais l'IRM ne sert pas seulement à nous dire le temps qu'il fera demain ou à nous parler des changements climatiques. Les météorologues et climatologues ont aussi un rôle à jouer au niveau… judiciaire !
Un service méconnu et qui peut étonner, mais son utilité a déjà été prouvée à maintes reprises. "Nous recevons environ 120 demandes par an de la part de la police ou de juges d'instruction, indique Luc Debrontridder, Responsable des Renseignements climatologiques à l'IRM. Le plus souvent, nous intervenons dans le cadre de meurtres ou quand un corps est retrouvé. La police nous demande des informations sur la température, le vent ou les précipitations soit pour retrouver la date exacte des faits, ou pour corroborer certains témoignages. Par exemple, les larves retrouvées sur les cadavres peuvent donner des indications sur la météo au moment des faits et nos données viennent appuyer les rapports scientifiques."
Leurs analyses sont aussi nécessaires pour des accidents de la route. "Pour comprendre ce qui s'est passé, la police a parfois besoin de données très précises sur le lieu de l'accident. Grâce à nos deux cents stations synoptiques, nous pouvons donner des observations sur l'épaisseur d'une couche de neige, l'intensité d'un orage ou sur des plaques de verglas."
Ces chiffres sont en général transmis le jour même de la demande, mais Luc Debontridder et ses collègues n'ont pas beaucoup de retours de la justice. "Difficile de savoir si cela permet d'élucider des affaires car nous n'avons pas le droit de regard sur l'enquête, évidemment. Mais nous recevons souvent des remerciements des forces de l'ordre, assure-t-il. Nous devons aussi aller assez vite car cela peut jouer sur le maintien en garde à vue ou non d'une personne."
On peut donc dire que l'IRM peut jouer un rôle d'expert dans des enquêtes judiciaires. "Nous avons avant tout un rôle de service public et nos données n'ont pas qu'une fin scientifique et statistique", insiste son collègue Pascal Mormal, météorologue à l'IRM.
Comme quoi, les séries télé ne sont pas (toujours) si loin de la réalité.
La météo n'a pas pu résoudre les tueries du Brabant
De 1982 à 1985, les tueries du Brabant ont fait souffler un vent de panique et de psychose en Belgique.
Plusieurs braquages sanglants ont marqué le Brabant wallon et le Brabant flamand et les assassins courent toujours. Dans cette enquête toujours en cours, l'IRM aura apporté son aide, mais sans succès. "Nous avons donné des informations sur la météo, et l'Observatoire Royal est lui intervenu pour donner des informations par rapport au lever et coucher du soleil puisque certains braquages se sont passés au crépuscule", témoigne Luc Debontridder.
Beau temps ou mauvais temps, les criminels courent toujours, alors qu'on commémorait ce lundi les 37 ans de la mort de l'inspecteur Claude Haulotte tué devant l'armurerie Dekaise, à Wavre.

Des mesures dans la cave de Marc Dutroux
Alors que Michel Lelièvre fait la une de l'actualité suite à l'annonce de sa libération conditionnelle, les images terribles de l'affaire Dutroux reviennent dans toutes les mémoires. Parmi elles, celles de la cave de Marcinelle ou sont passées les malheureuses Julie et Mélissa, notamment.
Et dans l'enquête sans précédent menée à la fin des années 1990, l'IRM a envoyé des scientifiques sur place pour prendre des mesures. "Nous avons effectivement mené des analyses dans la cave de Marc Dutroux, se souvient Luc Debontridder. Notre mission était de calculer le taux d'humidité des lieux mais aussi les températures moyennes."
Des données qui ont certainement servi à en savoir plus sur les terribles conditions de détention des fillettes.
L'incendie de l'Innovation aurait pu être plus dévastateur
Incendie le plus meurtrier de l'après-guerre, la tragédie de l'Innovation a marqué toute une génération.
251 personnes ont trouvé la mort le 22 mai 1967 dans ce magasin de la rue Neuve. Un drame qui s'est produit suite à un incident technique qui a embrasé tout le bâtiment construit par Victor Horta en 1902.
150 pompiers sont intervenus sur place durant de longues heures pour maîtriser les flammes, et un rapport d'époque de l'IRM indique que la météo leur avait été "favorable". "On peut affirmer que la météo ne fut pas spécialement défavorable aux services de secours ce funeste 22 mai 1967 et que dans leur malheur, les Bruxellois ont eu la chance de ne pas connaître de vent fort ce jour-là, ce qui aurait probablement eu pour effet probable de propager l'incendie de façon encore plus étendue au quartier avoisinant et de compliquer ainsi davantage la tâche des hommes du feu", peut-on lire.
Des informations qui ne sont pas gratuites : de 18 à 60 euros
Évidemment, traiter plus de 2 000 demandes par an demande du temps, et donc de l'argent. "Pour toutes les demandes judiciaires, c'est gratuit, prévient Luc Debontridder. Pour les autres demandes, cela dépend des données que les gens veulent recevoir. Cela va de 18 euros pour les informations liées aux températures à maximum 60 euros pour des schémas sur les intempéries. Plus cela prend du temps, plus c'est cher. Pour des données sur le vent, il faut compter 30 euros."
Un service abordable qui n'a parfois aucune utilité urgente. "Il y a le volet judiciaire et les assurances qui sont très importantes mais il y a aussi des demandes d'historiens ou de passionnés qui sont moins urgentes. Généralement, nous répondons dans les deux jours maximum."