Endettées jusqu'au cou, des mamans solos crient au secours: le frigo est vide
Pour elles et leurs enfants, elles réclament l'effacement des dettes de l'ex-ménage.

- Publié le 08-03-2021 à 21h49
- Mis à jour le 08-03-2021 à 21h50

Pour nous, le confinement, ça ne change rien. On ne pouvait déjà pas aller chez le coiffeur, ni offrir des vacances à nos enfants. Le virus des dettes ou de la précarité n'a pas disparu."
Lila Jibran, maman solo de trois enfants, est en règlement collectif de dettes depuis son divorce, houleux, avec un mari violent. Le crédit auto, les loyers en retard, les amendes de roulage impayées de Monsieur, c'est elle qui doit assumer seule toutes ces dettes. Son ex, qui n'a officiellement aucun revenu, a été déclaré insolvable. Même s'il vit bien et travaille au noir. "L'insolvabilité des pères absents a bon dos. Les mères qui éduquent leurs enfants seules et paient les dettes de l'ex-ménage n'ont pas de répit, ni de repos."
Il y a urgence...
Si Lila Jibran a un boulot, elle a beaucoup de mal à nouer les deux bouts. Quand on est famille monoparentale (avec une femme à leur tête dans 90 % des cas), il n'y a qu'un seul salaire qui entre. Et des dettes qui s'accumulent. Aux crédits contractés quand le couple était encore ensemble viennent s'ajouter les factures d'électricité qui ont grimpé, la cantine scolaire…
La jeune femme est à la base d'un collectif de mamans en solo qui revendiquent la modification de la loi sur le règlement collectif de dettes. Baptisé "L'odyssée des mères célibataires", ce groupe, dont les revendications sont soutenues par la Ligue des familles et le délégué général aux droits de l'enfant, rassemble plus de 200 mamans originaires de Bruxelles, de Namur, de Liège, de Charleroi… Dont les ex-compagnons violents sont des pères inexistants : physiquement, mentalement, financièrement.
"Il y a urgence à agir", insiste Lila. Ces mères célibataires déjà appauvries par le non-paiement des pensions alimentaires vivent dans une extrême précarité, que la crise sanitaire a exacerbée. "Après un an, beaucoup d'enfants décrochent de l'école en disant : on doit aider maman…. Plusieurs étudiants ont dû arrêter l'unif. Dans notre collectif, la plupart des mamans travaillent : il y a des bibliothécaires, des greffières, des fonctionnaires… On travaille mais on ne s'en sort pas !" Les frigos sont vides.
Des barrières partout
Le statut de travailleuse ne permet d'accéder ni à des chèques vacances ni à des réductions sur la facture énergétique… "On nous met des barrières partout et on n'a pas le temps, précieux, d'être avec nos enfants. C'est à se demander si cela vaut la peine de travailler !"
Le règlement collectif de dettes dans lequel les mamans solos restent pendant 7 ans (contre 5 ans précédemment) ne permet pas de ne pas être endettées, poursuit-elle : "Il nous protège juste des huissiers."
Derrière chaque maman pauvre...
"Il ne faut pas oublier que derrière chaque maman pauvre il y a des enfants pauvres, insiste Lila Jibran. Quand une mère porte seule la charge financière des dettes, qui est écrasante, il n'y a plus de place pour l'épanouissement des enfants."
La précarité des mamans est une gifle que reçoivent les enfants sans pouvoir la rendre. Les gamins sont deux fois victimes, parce que leur père absent prolonge les violences conjugales avec leur mère par des violences économiques, poursuit Lila Jubran.
Les mères solos regroupées dans le collectif ne se sentent pas entendues. Elles lancent un appel aux responsables politiques : "Élever seule ses enfants ne devrait pas constituer un risque de précarité. Il faut reconnaître le combat de ces mères. La fin de l'isolement des mamans solos, leur accès à un emploi stable et la garantie de vies décentes doivent être placés au cœur des politiques publiques : cela passe par l'effacement de leurs dettes. Pour elles et leurs enfants."