À Rendeux, le problème, c'est l'excès de gîtes, pas les Flamands
Pendant l'été, les touristes font doubler quasiment la population de ce petit village de la province de Luxembourg.

- Publié le 05-09-2022 à 14h16

Lorsque vous transformez un gîte en habitation classique, vous avez besoin d'un permis, l'inverse n'est pas vrai." C'est ainsi que Cédric Lerusse (MR), bourgmestre de Rendeux, explique le problème qui l'occupe. Ce maïeur d'une commune de 2 650 habitants en province de Luxembourg (près de Marche-en-Famenne) voit sa population quasiment doubler pendant l'été, comme d'autres entités très touristiques (La Roche, Beauraing, Durbuy, etc.) en Wallonie. Campings, gîtes et autres résidences secondaires attirent des Flamands surtout, mais aussi des Wallons et de nombreux Hollandais.
Le constat du bourgmestre de cette verte commune sise entre Hotton et La Roche a été relayé fin août par nos confrères du Standaard et certains l'ont interprété comme un rejet des Flamands. "Certainement pas ! Je n'ai rien contre les Flamands. D'ailleurs, ils sont nombreux qui viennent, après leur retraite, vivre dans la seconde résidence qu'ils ont dans la commune", insiste Cédric Lerusse. Il précise : "Le trésorier d'une association qui organise des activités dans le village de Marcourt est un Gantois. Il est tout à fait intégré dans la vie du village."
Parler néerlandais ? Un atout
À quelques centaines de mètres de la petite maison communale, installé sur la grand-route qui traverse le village, le magasin de vêtements Goose - 62 ans de présence à Rendeux - a bien entendu une clientèle locale, mais pas seulement. "Comme nous vendons aussi des vêtements de grande taille au même prix que les autres, on vient parfois de loin. Une fois, des Français ont fait 700 kilomètres pour venir ici." Le patron, Jean-Paul Goose, connaît donc bien la région. Et dans son établissement, il emploie aussi des Flamands qui vivent dans la région. "C'est un atout de parler néerlandais au niveau de la clientèle, c'est certain."
Monsieur Goose n'a lui non plus rien contre les Flamands. "Vous savez, à Knokke, certains se plaignent qu'il y ait trop de francophones. Je comprends ce que dit le bourgmestre et il a raison. Mais en Flandre on a compris qu'il ne voulait plus que les Flamands viennent à Rendeux", explique-t-il. Jean-Paul Goose a d'ailleurs dû répondre à des questions à trois de ses fournisseurs flamands. "Ils avaient lu l'article le jour de sa publication et se demandaient ce qu'il se passait ici", insiste-t-il.
Un "effet Coucke" ?
Jean-Paul Goose, lui, voit clairement dans la région un "effet Coucke", du nom de cet entrepreneur flamand, propriétaire du club de foot d'Anderlecht, qui a mis la main sur de nombreux commerces, activités et établissements Horeca à Durbuy, située non loin de là.
C'est un fait : l'immobilier du coin attire des acheteurs venus d'un peu partout pour y créer des gîtes. Une activité commerciale qui permet des rentrées financières intéressantes. Et ce sont surtout des Flamands qui achètent les biens mis en vente, d'où l'amalgame sur les propos tenus par Cédric Lerusse dans la presse flamande.
Le succès de l'immobilier dans la région pose deux gros problèmes. Le premier : les jeunes du coin ne peuvent plus devenir propriétaires. "Le prix de l'immobilier monte. Lorsqu'on compare avec d'autres endroits, l'immobilier n'est pas cher, mais il est souvent difficile pour les jeunes de la région d'acheter un bien. Il y a les prix affichés, et puis il y a le prix de vente après surenchère. On constatait déjà ça par le passé, mais depuis le Covid c'est encore plus présent." C'est d'ailleurs cet aspect des choses qui empêche les jeunes de s'aligner face à des candidats acquéreurs plus âgés qui disposent de plus de moyens financiers. Pour Jean-Paul Goose, le constat est identique à celui du bourgmestre : il y a vraiment beaucoup de gîtes. "J'habite le petit village de Ronzon. Dans ma rue, il y a six maisons dont deux sont des gîtes. Et je crois que le petit chalet qui s'y trouve sera un jour aussi transformé en gîte."

"Ils font du bruit, mais c'est normal"
Est-il est gêné par la multiplication des gîtes dans la région ? Parce qu'on peut penser que les touristes ne sont pas toujours calmes et discrets. "Début août, il y avait des Hollandais dans un gîte près de chez moi. Ils font du bruit, mais c'est normal. Est-ce que, en vacances, nous ne faisons pas de bruit, nous ?" s'interroge-t-il.
Le second problème lié aux prix de l'immobilier concerne la vie de la commune elle-même. "Il y a des périodes où les gîtes ne sont pas occupés. Il faut pourtant remplir les écoles et faire vivre le commerce. Je crains que, si Rendeux continue comme ça, on perde l'âme de notre ruralité. Pendant l'été, un marché est organisé à Marcourt tous les mercredis. Les touristes y viennent nombreux, comme nous quand nous allons à l'étranger. S'il existe, c'est parce qu'il y a des habitants qui font du bénévolat. Sans habitants, plus de marché."
Pour le bourgmestre Cédric Lerusse, "la zone d'habitat doit être réservée à l'habitat". C'est pourquoi il demande au ministre wallon de l'Aménagement du territoire, Willy Borsus (MR), d'accélérer le tempo quant à une disposition du CoDT (Code de développement territorial) en matière de gîtes. "Cela nous permettrait d'avoir la capacité d'octroyer ou non un permis lorsqu'une demande de transformation d'une habitation classique en gîte nous parvient." Cela permettrait ainsi à la commune d'avoir une vraie capacité de décision sur le développement touristique de l'endroit. "Nous devrons alors mettre en place une ligne de conduite très claire. Par exemple, nous n'accepterions plus que les petits gîtes, et plus les grands. Et nous pourrions aussi mettre comme exigence que des gens du coin puissent s'en occuper."
Maria, la boulangère, ne fait pas de politique
Du côté du cabinet Borsus, on précise que les choses avancent. Le texte devrait passer devant le gouvernement wallon en deuxième lecture à la mi-septembre. Ensuite, il sera envoyé au Conseil d'État pour avis. Le délai devrait être d'un mois avant que le texte ne revienne devant le gouvernement en troisième lecture. "L'application est en théorie prévue dans le courant du mois de novembre", précise-t-on au cabinet.
Maria tient une boulangerie depuis des années à la sortie de Rendeux, en direction de Hotton. Elle y travaille avec ses deux fils. Elle aussi a entendu cette histoire de Flamands qui seraient trop présents. Maria s'en moque ; sa boulangerie fonctionne très bien. Le dimanche matin, en été, il y a une file sur le trottoir. Maria ne fait pas de politique.
Que les Flamands se le disent, ils restent les bienvenus à Rendeux et dans les autres communes de la région qui, depuis longtemps, sont des destinations de choix pour les Belges du nord du pays. La seule chose qui risque de changer dans les mois qui viennent concerne donc les gîtes, pour lesquels, bientôt, tout ne sera plus permis. C'est du moins ce qu'espère le bourgmestre.