La Croix-Rouge secouée par la démission de dirigeants et la fermeture de postes de secours
Le directeur général, Pierre Hublet, a démissionné. Inquiets, les syndicats ont déposé mercredi un préavis de grève.

- Publié le 05-10-2022 à 19h52
- Mis à jour le 05-10-2022 à 19h57

Que se passe-t-il à la Croix-Rouge francophone ? Une chose est sûre : les travailleurs sont inquiets et en colère. Les syndicats socialiste (Setca) et chrétien (CNE) ont déposé mercredi matin un préavis de grève en front commun qui couvre toute action spontanée ou organisée. Le département des secours est particulièrement secoué. En cause : le sous-financement structurel des services 112 par le fédéral (la Santé publique) depuis de nombreuses années.
Les choses se sont compliquées en 2022, quand certains services ont été avertis qu'ils devaient mettre la clé sous le paillasson parce qu'ils n'atteignaient pas l'équilibre financier, explique Bruno Buyoya, délégué Setca pour les services de secours de la Croix-Rouge. "On le déplore. Le 112, qui est un service à la population, est neuf fois sur dix en déficit", explique-t-il.
"Un sacré problème à Libramont"
Les syndicats dénoncent à la fois la décision et la méthode : les travailleurs de plusieurs centres de secours ont été informés de leur licenciement, sans que les instances de concertation soient consultées. Cela a commencé par La Calamine (qui dépend de la Croix-Rouge germanophone), où 8 personnes ont été remerciées. Les postes 112 de Libramont (10 travailleurs) puis d'Amay (8 personnes) ont ensuite appris leur fermeture parce qu'ils ne sont pas à l'équilibre financier. À Mons, 5 secouristes-ambulanciers ont aussi reçu la mauvaise nouvelle.
À cela s'ajoutent une série d'autres soucis internes à la Croix-Rouge dite "humanitaire" qui emploie quelque 2 000 travailleurs, dont 180 secouristes ambulanciers, précise Bruno Buyoya. Le pôle humanitaire de l'organisation (les services de sang n'en font pas partie) est notamment actif auprès des réfugiés (dans les centres d'accueil gérés par la Croix-Rouge). Il intervient en cas de catastrophes (inondations, épidémie de Covid, accidents ferroviaires…) pour venir en aide à la population.
Burn-out, démissions de dirigeants…
Les travailleurs se disent aussi très inquiets à cause des départs qui se succèdent depuis quelques mois parmi les dirigeants de la Croix-Rouge. "Quittent-ils un navire en perdition ?", interrogent-ils. En août, le directeur des ressources humaines remettait son mandat ; fin septembre, le directeur général, Pierre Hublet, annonçait de façon inattendue sa démission.
"On n'a pas eu les tenants et les aboutissants mais, le lendemain, on apprenait qu'un nouveau directeur avait été choisi sans appel en interne et sans qu'on connaisse la procédure de recrutement. On nous a dit qu'il prenait ses fonctions le 1er octobre", indique encore le délégué Setca.
Formellement, Pierre Hublet reste en fonction jusqu'au 31 décembre. La candidature de son successeur, Guy Richelle (67 ans), doit être validée par le conseil communautaire (la plus haute instance de décision de la Croix-Rouge francophone) du 17 décembre, précisent encore les syndicats.
Sans faire de procès d'intention à l'homme, le profil de ce nouveau directeur, qui vient d'une "grande entreprise marchande" - Engie -, fait peur aux syndicats. Face aux défis financiers de l'institution, les choix opérés par le conseil d'administration ne sont pas les seuls possibles, estiment-ils.
"Des impacts catastrophiques"
Leurs craintes concernent la politique future de l'institution. Le management et la gouvernance correspondront-ils toujours aux valeurs humanitaires de la Croix-Rouge ? Ou cette dernière deviendra-t-elle une grosse entreprise comme une autre qui ne pourra plus remplir, demain, des missions publiques essentielles ?
Le cas échéant, les syndicats redoutent "des impacts catastrophiques pour les travailleurs, les volontaires, mais aussi pour tous les citoyens qui bénéficient de ces services". À Libramont par exemple, la fermeture du poste ambulance est " un sacré problème", illustre le délégué Setca. "Une ambulance arrivait dans les 5 minutes après l'appel. Maintenant, la population devra attendre 15 à 20 minutes pour que les pompiers se rendent sur place."
Un conseil d'entreprise extraordinaire se tiendra ce jeudi à 14 h 30 à Rhisnes, siège de la Croix-Rouge francophone. Les syndicats espèrent y obtenir des réponses et des apaisements.