La N-VA incontournable à Bruxelles en 2024 ? "Le risque, c'est qu'ils prennent la formation du gouvernement bruxellois en otage"
Cieltje Van Achter et les cadres de la N-VA bruxelloise semblent déterminés à monter au pouvoir. Mais auront-ils les mains libres pour le faire en 2024 ? Charles Picqué (PS), ancien ministre-président bruxellois, en doute.

- Publié le 06-02-2024 à 06h31

Le fédéralisme belge est un concept bien étrange. Le premier parti du pays, la N-VA, ne fait figure dans la capitale que de formation politique de seconde zone, avec à peine 3 sièges sur 17 dans le rôle néerlandophone.
Cela n'a pas empêché les nationalistes flamands de se montrer ambitieux, à l'occasion de la présentation de leurs têtes de listes bruxelloise, ce dimanche au Roy d'Espagne sur la grand-place de Bruxelles.
"Nous avons quoi faire"
Les priorités sont diverses, mais l'une d'entre elles est martelée avec insistance : le retour à la rigueur budgétaire. "Que fait le gouvernement bruxellois ? Il dit aux Bruxellois : c'est la prochaine majorité qui va agir. Les socialistes sont au pouvoir depuis 35 ans. Quant à l'Open VLD, ils sont aux manettes depuis 1999. Mais qui croit encore ces gens ?, lance aux militants Cieltje Van Achter, tête de liste à la Région. L'enjeu, c'est la prospérité des Bruxellois. Nous devons les convaincre d'adopter une politique différente. Nous devons vraiment changer de cap et travailler ensemble pour une Bruxelles en pleine forme (NdlR : le nouveau slogan bruxellois de la N-VA), plus vivable et plus prospère. Nous savons quoi faire."
Après avoir rongé leur frein dans l'opposition depuis la création du parti, les députés bruxellois Cieltje Van Achter, Gilles Verstraeten et Mathias Vandenborre ont clairement l'ambition de monter au pouvoir dans la capitale. L'hypothèse d'une N-VA incontournable a été souvent annoncée. En juin 2024, les prévisions pourraient toutefois, pour la première fois, se révéler exactes.
Plusieurs éléments renforcent ce scénario.
Les derniers sondages font virtuellement de la N-VA (5 sièges) et du Vlaams Belang (4 sièges) les deux premiers partis néerlandophones de la capitale.
Certes, et les politologues s'accordent à le dire, la fiabilité des sondages s'attachant à mesurer les intentions de vote pour les partis flamands à Bruxelles, est toute relative.
L'électorat néerlandophone bruxellois est par ailleurs très spécifique. Jeune, urbain, il ne vote pas comme la Flandre et plébiscite volontiers Groen. Mais le départ de poids lourds pourrait peser." Fouad Ahidar quitte Vooruit, Guy Vanhengel (Open VLD) arrête la politique, le CD&V bruxellois est en voie d'extinction, Groen perd Juan Benjumea-Moreno et Arnaud Verstraete,…Cela fait beaucoup", égrène une députée expérimentée.
"Le plus gros risque, c'est l'émiettement des sièges, parce que des petits partis ont compris que pour avoir un siège, il faut passer par le collège néerlandophone. Ça a été le pari réussi d'Agora. Même si à ce stade, on ne voit pas émerger de nouvelles opérations de ce genre, c'est à surveiller", observe un écologiste.
Les majorités francophones et néerlandophones se négocient séparément avant de se réunir pour former l'exécutif bruxellois. Il faut à peine 9 sièges pour obtenir une majorité, dans le rôle flamand. Les équilibres sont donc précaires. Et la montée en puissance du Vlaams Belang, conjuguée à celle du PVDA pourrait donc, de facto, rendre la N-VA incontournable, pour peu qu'elle gagne un ou deux sièges.
Rudi Vervoort (PS), ministre-président bruxellois, l'avait déjà bien compris en janvier 2023, assurant ne pas exclure de gouverner avec la N-VA à Bruxelles en 2024. "Si on n'a pas le choix, on devra le faire".
C'est entendu, la N-VA bruxelloise est désireuse de participer au pouvoir. Mais le pourra-t-elle ?
"En Belgique, tous les niveaux de pouvoir sont liés"
Cieltje Van Achter juge la question hypothétique et prématurée. " En Belgique, tous les niveaux de pouvoir sont liés, même si on aimerait que Bruxelles soit une priorité", pointe toutefois un membre bruxellois de la N-VA. Le président de la N-VA n'a pas fait mystère de sa stratégie, ce 20 janvier sur Radio 1. "Si nous devenons incontournables en Flandre et que nous pouvons prendre l'initiative, le lien sera fait avec le gouvernement fédéral. Je ne vais pas me faire avoir deux fois", a indiqué Bart De Wever, faisant allusion à l'accord qu'il croyait avoir passé avec le PS dans la foulée des précédentes élections fédérales.
"Le risque, en 2024, c'est que la N-VA prenne la formation du gouvernement bruxellois en otage. En échange, les francophones devraient ouvrir une discussion pour réformer Bruxelles, dans le sens que souhaite la N-VA, résume Charles Picqué, ministre-président bruxellois de 2004 à 2013 et l'un des pères fondateurs de la Région. C'est un vrai risque et je crains que ça aille assez loin…"
La crainte, partagée par certains, côté francophone, est inversée côté flamand.
L'hypothèse d'une N-VA qui entrerait pour la première fois au gouvernement bruxellois est assez probable Mais je ne pense pas que cela mènera à un blocage: aux yeux du top de la N-VA, Bruxelles et son gouvernement sont trop insignifiants que pour justifier une telle opération."
"La formation de tous les gouvernements sera liée, mais la demande viendra surtout du MR", souligne un socialiste flamand.
"Le vrai danger est côté francophone, où il y aura un lien entre la constitution du gouvernement wallon et la majorité bruxelloise", embraye une source à l'Open VLD. "L'hypothèse d'une N-VA qui entrerait pour la première fois au gouvernement bruxellois est assez probable. La coalition N-VA et Vooruit, qui se dessine en Flandre, pourraient se prolonger en Région bruxelloise. Mais je ne pense pas que cela mènera à un blocage, pour une raison simple : aux yeux du top de la N-VA, Bruxelles et son gouvernement sont trop insignifiants que pour justifier une telle opération."