Une famille perd son chien au nouvel an à cause des feux d'artifice: "Il a dû être terrifié, il faut que cela cesse"
La peine et la colère d'une famille après la perte de leur chien paniqué par le fracas des feux d'artifice.
- Publié le 06-02-2024 à 16h08

La nuit du Nouvel An, ils ont allumé les pétards et tiré les feux d'artifice. Ils se sont amusés, ils ont pris leur plaisir.
Mais à Diegem, un drame commençait pour cette famille. Oly, leur chien paniqué par le bruit, s'échappait de chez eux. Il était impossible de le retrouver. Nous étions le 1er janvier.
Le 10, Rukiye lançait un appel dans les réseaux sociaux. "Notre chien appelé Oly a disparu depuis la nuit du nouvel an. Il a eu peur des pétards".
Quand nous la rencontrons, la famille vient d'apprendre la nouvelle. Ils ont voulu témoigner.
La star de la maison
Oly venait d'avoir trois ans. Ils l'avaient eu chiot. Un amour de chien. Tellement doux, explique sa maîtresse. Gentil, sociable, curieux de tout. Il adorait les caresses. Il adorait jouer. Il adorait les enfants. Depuis qu'ils l'avaient, Rukiye ne l'avait jamais entendu aboyer. "On pouvait l'attacher, il attendait sans faire d'histoire. Je ne l'ai jamais vu tirer sur sa laisse. Oly faisait partie de la famille. Il était adorable. C'était un chien unique".
Ils l'avaient adopté à l'âge de trois mois. Un husky. "Les yeux bleus, un poil magnifique. Les gens se retournaient. Nous n'avions que des compliments ".
Oly était la star. Il apportait la joie dans cette famille de quatre enfants qui habite juste derrière l'OTAN, à la limite de Bruxelles. Une belle maison avec un grand jardin.
Introuvable
Le quartier n'a pas échappé à la tradition des feux d'artifice. "Je ne sais pas ce qu'ils avaient cette année mais ils se sont mis à les tirer avant minuit. Il y en avait partout. Oly a dû être terrifié ".
Ses maîtres l'avaient attaché. Mais ils ont défait la laisse au moment de lui servir à manger. "Il ne mangeait pas quand il était en laisse."
Oly a à peine touché à la gamelle. "A voir ce qu'il a laissé, il a mangé deux-trois morceaux et il a pris la fuite."
Quand ils s'en sont rendu compte, ils ne se sont d'abord pas inquiétés. Ce n'était pas la première fois et jusqu'alors, Oly était revenu ou on le leur avait ramené. "On le connaissait, il se laissait approcher et il y avait toujours quelqu'un pour nous le ramener".
Sauf qu'Oly n'est pas rentré.
Signalé sur PetAlert
Ils l'ont cherché. Ils connaissaient ses coins habituels. Personne ne l'avait aperçu. "Le husky est un chien de traîneau. Ces chiens courent vite et longtemps."
Autrement dit, le leur pouvait se trouver partout dans et autour de Bruxelles.

Les jours passaient. Mi-janvier, un particulier, qui avait vu le signalement sur le réseau PetAlert, assurait avoir vu un husky errant du côté du cimetière d'Anderlecht, et l'avait photographié. Anderlecht est à l'autre côté de la ville, à treize kilomètres de Diegem, mais ils y ont cru. "Le chien sur la photo ressemblait à Oly sauf qu'il n'avait pas de collier or le nôtre avait le sien. On a supposé qu'il l'avait peut-être perdu".
La famille s'est rendue à Anderlecht. Ils l'ont cherché au cimetière et dans les environs. Ils ont alerté les associations, les refuges, les commissariats. Oly était pucé. Et un husky ne passe pas inaperçu. "Nous étions confiants. On l'avait vu à Anderlecht. Quelqu'un allait forcément le ramener. On y croyait. Il suffisait d'être patients ".
Colère, chagrin
Ils s'accrochaient à cet espoir.
Mais au vingt-deuxième jour, le cadavre était retrouvé en contrebas du boulevard de la Woluwe, le long des voies du chemin de fer.
Oly n'a donc jamais traversé la ville. Il est mort à moins de 2 km.
Effrayé par les tirs de feux d'artifice, il aurait filé à travers les champs, aurait perdu ses repères et longé la voie ferrée où un train l'a certainement percuté.
"Je suis en colère, fulmine Rukiye. Il y a énormément d'animaux qui disparaissent au nouvel an et qu'on retrouve morts. Cela fait plus d'un mois que je pense à mon chien et à ce qui lui est arrivé. On est tous tristes à la maison. Il faut que cela cesse. Je deviens dingue quand je pense à Oly".
Gaia attaque en justice
Elle n'est pas la seule. Exaspérée par l'inaction du gouvernement fédéral dans ce dossier qui revient chaque année, l'association Gaia a pris la décision d'aller en justice. Le problème, explique GAIA, est que l'ouïe des animaux étant infiniment plus fine que la nôtre, le bruit provoqué par les feux d'artifice constitue pour eux un cauchemar. La Flandre a agi. En Flandre, un décret interdit les feux d'artifice sauf si les autorités locales en décident autrement. En Wallonie, seules quelques communes (Jemeppe-sur-Sambre, Eupen) ont fait le choix d'imposer les feux d'artifice à bruit contenu ou étouffé, qui réduit le fracas à 60-80 décibels là où un feu d'artifice classique monte à 150 décibels voire plus. En région bruxelloise, Jette et Ganshoren ouvrent la voie.
GAIA demande une interdiction fédérale générale de vente et d'utilisation des feux d'artifice bruyants.
A Diegem, une famille espère que le témoignage fera réfléchir et que la mort d'Oly fera bouger les lignes. Ils ont récupéré la dépouille. Oly a été incinéré. Ils veulent conserver l'urne contenant les cendres.