La croix celtique est aussi un symbole du néofascisme belge
Ce symbole fut récupéré dès la Seconde Guerre mondiale par des groupuscules d'extrême droite.

- Publié le 26-06-2024 à 11h44

Ce dimanche, dans le Bois de La Cambre à Bruxelles, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la plaque commémorative du monument à la mémoire des résistants du "20e convoi" qui permirent à plus de 200 Juifs d'échapper à la déportation nazie en avril 1943. Ce lundi 17 juin en effet, la plaque commémorative avait été découverte taguée d'une croix gammée et d'une croix celtique. Si la première est interdite au nom de la loi antinégationniste, ce n'est pas le cas de la deuxième qui est très visible ces derniers mois dans les manifestations néofascistes et néonazies en Europe.

Un symbole transnational
La croix celtique (une croix entourée d'un cercle) est un symbole originellement chrétien qui naît en Irlande et en Grande Bretagne au VIIe siècle. "La légende voudrait que le rond symbolise le cercle solaire et que cette croix soit le syncrétisme entre la religion catholique et le druidisme, expliquait ce 19 juin l'historien Erwan Chartier auprès de France télévision. Une autre hypothèse affirme que le rond serait le symbole de la couronne d'épines du Christ." Quoi qu'il en soit, elle fut récupérée dès la Seconde Guerre mondiale par l'extrême droite. Celle-ci en fit le symbole d'une Europe identitaire et du suprémacisme blanc (idéologie raciste qui croit en la supériorité des "blancs"). Elle connut ensuite un rapide succès grâce à son tracé très simple qui transcende les frontières, ainsi qu'à sa capacité de réunir sous son symbole deux branches de l'extrême droite : la branche chrétienne (qui a repris d'autres symboles depuis) et la branche néopaïenne, qui cherche dans le paganisme préchrétien les racines de l'Europe (c'est ainsi que la croix celtique côtoie souvent des symboles liés au Dieu Thor, aux Soldats d'Odin, ou à la rune d'Odal, une lettre de l'alphabet germanique, emblème des jeunesses hitlériennes).
Jusqu'aux tribunes
La croix celte est utilisée depuis plus de cinquante ans par des groupuscules d'extrême droite en Belgique, confirme Manuel Abramowicz du site Résistances. Dès le début des années soixante, le Mouvement d'action civique (MAC) et son journal la "Nation Belgique" arborent la croix celtique, notamment en hommage à l'OAS, l'organisation paramilitaire qui s'oppose à l'indépendance de l'Algérie. D'autres groupuscules en firent aussi leur signature. Ce fut le cas, entre autres, de Jeune Europe (JE), organisation paneuropéenne fondée en Belgique par le Belge Jean Thiriart en 1962, du Front de la Jeunesse dans les années septante, du parti des Forces nouvelles dans les années quatre-vingt, du Nationalistisch Jong-Studentenverbond, (union de jeunes flamands dont la section de Bruges fut dirigée par Filip Dewinter, futur cadre du Vlaams Belang), du Mouvement Nation Belgique, fondé en 1999 par des dissidents du Front national belge autour du dirigeant-fondateur du groupe néonazi L'Assaut. On le retrouvera également dans les tribunes de certains clubs de foot belges, et de groupes de motards.
Tous ces groupuscules, aussi microscopiques soient-ils, auront fait perdurer au fil des décennies ce symbole, l'idéologie qu'il véhicule et la mémoire de certaines de ses figures, dont Léon Degrelle.
