Maltraitances, rationnements : entre quiétude et inquiétude, plongée dans le quotidien parfois tumultueux des maisons de repos
La charge de travail augmente dans les homes mais la pénurie de personnel et le manque de formation continuent d'exercer une forte pression sur tout le secteur.

- Publié le 14-09-2024 à 15h27

Depuis plusieurs années, le secteur des maisons de repos et l'accueil des aînés font face à une double problématique. D'une part, les places se font rares. D'autre part le personnel aussi. De nombreux métiers sont en effet en pénurie. Il arrive même que des maisons de repos n'acceptent plus de nouveaux résidents, faute de places disponibles ou faute de personnel soignant. Les acteurs du secteur plaident donc pour de nouvelles normes d'encadrement.
"Il y a une forte pression sur le personnel, on constate que le mental et le corps n'arrivent plus à suivre la cadence, souligne Fabien Boucqueau est secrétaire permanent à la CNE. Et face à cela, les employeurs veulent souvent lutter contre l'absentéisme en fliquant les travailleurs, ce qui est bien évidemment contre-productif et renforce la perte de sens au travail. Les employés donnent leur maximum mais finissent par tomber malade ou alors ne peuvent plus s'occuper correctement des résidents, c'est un cercle vicieux sans fin. Aujourd'hui, on est inquiet pour l'impact que cela peut avoir sur la qualité des soins, il y a un turnover important dans le milieu et une charge de travail qui augmente au vu du profil des personnes, on risque donc de repartir vers un certain nombre de dérives. S'il n'y a pas de mesures gouvernementales en plus pour renforcer l'attractivité du métier, on va partir sur quatre années très difficiles sur le plan social".
Il faudrait que les familles soient davantage associées aux maisons de repos"
Des tarifs qui s'envolent, même dans le public
Selon les rapports les plus récents de l'Inspection des soins, sur les 814 maisons de repos contrôlées, 176 se situaient en-deçà de la norme légale de personnel. "Il y a eu une tentative timide d'améliorer tout cela au niveau politique mais cela reste insuffisant. Il faudrait également que les résultats de ces contrôles soient rendus publics et que les familles soient davantage associées", abonde pour sa part Pierre Marage, le parrain du gang des vieux en colère.
Les plus dépendants ou les plus isolés ont également besoin de places d'accueil de qualité, à un prix abordable. Mais depuis quelques années, les prix se sont envolés. "En Belgique, les maisons de repos deviennent inaccessibles à la grande majorité des personnes âgées, regrette Jean-Jacques Claes, 68 ans et membre actif du Gang des vieux en colère. Et je ne parle même pas des maisons de repos privées qui coûtent un bras mais même les maisons de repos communales et publiques sont hors de prix. Elles sont par exemple au-dessus de ma retraite, il faut débourser 1500 euros par mois et c'est un tarif qui ne comprend même pas tous les services".
La maltraitance en institution est quelque chose qui revient assez régulièrement dans l'actualité. Après une carrière en tant qu'entrepreneur dans le bâtiment, Jean-Jacques Claes est catégorique : il ne souhaite pour rien au monde finir ses jours dans un home.
Le personnel n'arrive tellement plus à gérer qu'il est contraint de shooter les vieux à coups de calmants"
"On a eu seulement quelques avancées légères dans le secteur mais rien de concret, on voit que la marchandisation des vieux est toujours d'actualité, fustige ce Tournaisien âgé de 68 ans. On a énormément de contacts avec des résidents et on constate que la situation ne s'améliore pas, il y a des gens à qui on change la couche une seule fois par jour, des repas qui ne sont pas toujours servis, etc. Le personnel n'arrive tellement plus à gérer qu'il est contraint de shooter les vieux à coups de calmants pour qu'ils ne bougent plus et donnent moins de travail, la contention chimique est devenue banale. Pour tout ça, je préfère qu'on m'euthanasie plutôt que d'y aller, c'est violent mais c'est le constat que beaucoup de vieux font, je préfère qu'on me laisse crever mais je ne veux pas finir dans une maison de repos.
Sur le terrain, Evelyne Lenoir, généraliste à Bruxelles et qui a passé beaucoup de temps en home, remarque des failles dans la formation du personnel. "Malheureusement, on a de plus en plus de problèmes liés au rationnement, à la maltraitance, ce qui est en lien direct avec l'évolution de la population dans les maisons de repos, estime-t-elle. Les personnes rentrent de plus en plus tardivement avec un état de dépendance plus important, ce qui demande des soins plus soutenus, plus complexes mais le personnel qualifié n'est pas toujours présent en nombre pour l'effectuer. La charge de travail augmente, les soignants sont déjà en souffrance et les soins adaptés ne peuvent malheureusement pas toujours être prodigués dans les meilleures conditions".