"À ce moment de l'histoire, je pense que la Belgique a un rôle très important"
Le Pape a prononcé un discours volontairement rassembleur devant le Roi et le Premier ministre, ce vendredi matin.

- Publié le 27-09-2024 à 20h12
- Mis à jour le 27-09-2024 à 21h49
Les résidentes et les résidents, toutes des personnes âgées, avaient été avertis, en vitesse, à neuf heures du matin. C'était une surprise. Le Pape François souhaitait profiter d'un blanc dans son programme pour venir les saluer, dans leur home saint Joseph, rue Haute. Ils se réunirent alors tous dans la salle du rez, avec leurs infirmières et les "Petites sœurs des pauvres", les religieuses qui s'occupent d'elles et d'eux au quotidien. "Quel cadeau, quel cadeau", répète l'une d'elles, profondément émue, avant d'entonner un chant à l'arrivée du Pape. La rencontre durera 15 minutes, le Pape improvisant quelques mots dans un français hésitant. "Priez pour moi", leur dit-il. "Nous le faisons tous les jours. Tous les jours", lui promit une religieuse.
Comme souvent, ce sont de telles rencontres spontanées qui font le sel des voyages de François. Une heure plus tôt néanmoins, sa rencontre devant les autorités, les corps constitués, le monde de la culture avait pris un tour assez engageant.
"La Belgique a changé"
C'est le Roi, en premier, qui accueillit le Pape. "Vos paroles, vos réflexions et vos gestes apportent espérance et lumière jusqu'aux périphéries de la grande famille humaine, souligna-t-il. Vous adressez une parole de vie à toute l'humanité. […] Nous soutenons vos efforts […]. Vous rappelez que chaque personne a pour vocation d'être aimée et d'aimer."
Prenant la parole ensuite, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) évoqua les guerres en Ukraine et à Gaza, rappelant la position de la Belgique. Évoquant, comme le Roi, les abus (voir ci-contre), il a aussi rappelé le paysage pluriel qui caractérise le pays. "La Belgique a radicalement changé depuis la visite de votre prédécesseur. Dans quelques décennies, la spiritualité de nombreux Belges sera complètement différente." En ce sens, le Premier ministre invitait le Pape à ouvrir le champ des réflexions de l'Église. "Les Belges vous invitent à réfléchir sur les défis de notre société moderne."
"Combien la petite Belgique est grande"
Le Pape, dont la réception au Palais avait été critiquée par la laïcité, a prononcé un discours volontairement rassembleur. Poursuivant un des fils rouges de son voyage – le risque d'une nouvelle guerre mondiale -, il a loué le rôle pacificateur qu'a tenu le pays. "Située sur la ligne de fracture entre le monde germanique et le monde latin, limitrophe de la France et de l'Allemagne, qui avaient le plus incarné les antithèses nationalistes à la base du conflit, elle est apparue comme un lieu idéal, presque une synthèse de l'Europe, d'où repartir pour sa reconstruction, physique, morale et spirituelle." "On comprend alors combien la petite Belgique est grande !" "L'Europe a besoin de la Belgique pour avancer sur la voie de la paix et de la fraternité. […] À ce moment de l'histoire, je pense que la Belgique a un rôle très important. Nous sommes proches d'une quasi-guerre mondiale."
Le Pape énonça également la place qu'il donne à l'Église catholique dans la Belgique du XXIe. "L'Église catholique veut être une présence […] qui aide chacun à affronter les défis et les épreuves, sans enthousiasmes faciles ni pessimismes moroses, mais avec la certitude que l'être humain, aimé de Dieu, a une vocation éternelle de paix et de bonté et qu'il n'est pas destiné à la dissolution et au néant."