Dans ce collège d'Anderlecht, le voile est interdit, sauf durant les sorties scolaires : "Les élèves sont alors plus ouverts pour échanger"
Cette école catholique est fidèle à sa tradition, mais laisse les élèves musulmans exprimer leur religion dans certaines situations. C'est indispensable et bénéfique, soutient la direction.

- Publié le 26-10-2024 à 11h46
- Mis à jour le 28-10-2024 à 15h05

À Anderlecht, non loin de la gare du Midi, le collège jésuite Matteo Ricci a entamé sa sixième année d'existence avec de nombreux élèves de culture musulmane. Dès que le projet de ce nouvel établissement a été lancé, la place de la religion y a été pensée, expliquent Anne L'Olivier, la directrice, et Alain Deneef, président du pouvoir organisateur (et par ailleurs député bruxellois élu sur la liste des Engagés).
"Quelle que soit leur culture, quand les parents inscrivent leur enfant à l'école, ils savent qu'elle est catholique et que l'on y parlera, aussi, de Dieu, explique Anne L'Olivier. Beaucoup de parents en sont heureux et parfois, même s'ils ne sont pas chrétiens, choisissent l'école en fonction de cela."
Les cours de religion, tous catholiques, ne sont cependant pas "catéchétiques". Ils évoquent les racines de la religion chrétienne, des différents monothéismes, témoignent de la quête de sens spirituel qui traverse l'humanité. "C'est une manière de rejoindre chacun des élèves dans sa propre recherche", ajoute la directrice qui évoque aussi les deux quarts d'heure d'intériorité hebdomadaires qui sont proposés aux élèves. "Un temps d'arrêt, de relecture de la journée, de réflexion. C'est très jésuite, et c'est apprécié des élèves."
La question du voile
Outre ces moments spécifiques, ce qui caractérise aussi l'école est le choix de quelques "accommodements raisonnables" avec le religieux. Au sein du collège, par exemple, le port du voile est proscrit. "Mais à la demande du Conseil des élèves, précise Anne L'Olivier, nous avons permis aux jeunes filles de le porter quand elles traversent la ville pour une sortie scolaire : une soirée au théâtre, par exemple." Ce n'était pas admis initialement, mais beaucoup de jeunes filles ne souhaitaient pas traverser leur quartier dévoilées. De même, souligne Alain Deneef, "une pièce, sous forme de sas, a été dédiée aux jeunes filles pour qu'elles puissent enlever leur voile le matin, et le remettre avant de quitter l'établissement." C'est un choix assumé. "Nous aurions pu être très stricts, dire que le voile n'avait aucunement sa place dans l'école. Mais nous avons constaté que si nous considérions les élèves dans leurs souhaits, leurs soucis, ils en étaient touchés et se montraient à leur tour plus ouverts pour échanger", ajoute-t-il.
La direction et le pouvoir organisateur de Matteo Ricci défendent donc cette posture accommodante qui préfère une "spiritualité inclusive" à une "laïcité exclusive". Cet équilibre fait l'objet de nombreuses réflexions : l'objectif est que l'école demeure un sanctuaire épargné de tout prosélytisme mais qu'il propose, en même temps, un climat d'accueil propice au dialogue