"Une véritable chasse aux sorcières est menée au sein du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert"
Des personnes qui ont travaillé au CPAS de la commune bruxelloise se sont livrées à La Libre, en janvier 2024. Quelle est la situation un an plus tard? Un droit de réponse a été envoyé ce 27 février à notre rédaction et est à lire en bas de cet article.

- Publié le 27-01-2025 à 14h05
- Mis à jour le 17-12-2025 à 12h00

Le 23 janvier 2024, La Libre révélait que plusieurs personnes disaient faire face à des cas de harcèlement au sein du CPAS Woluwe-Saint-Lambert. Les témoignages collectés par La Libre font état d'un "management de la terreur", et évoquent "intimidations, menaces, insultes, harcèlement moral et sexuel".
Pendant longtemps, ces personnes ont préféré se taire, par peur de représailles, expliquent-elles. Mais les démissions forcées et les absences de longue durée liées à des burn-out se sont accumulées. Une situation qui les a poussées à saisir le conseiller en prévention. Plus précisément à demander une intervention pour des "risques psychosociaux avec un caractère collectif".
Quelques mois plus tard, l'Auditorat du travail de Bruxelles annonçait l'ouverture d'une information (ce qui signifie qu'une enquête a été ouverte), après la réception de plusieurs plaintes.
Un an plus tard, qu'en est-il de la situation ? A noter qu'un droit de réponse a été envoyé ce 27 février 2025 à notre rédaction et est à lire en bas de cet article.
"Au sein du CPAS, le climat est malsain, la situation est tendue. Nous avons peur que la réponse de la justice arrive trop tard. Nous avons peur d'un drame."
Olivier Maingain "pas indifférent"
"Et bien c'est simple : un an plus tard, il y a eu d'autres licenciements et des départs forcés, parce que les gens ne veulent plus souffrir en attendant que l'enquête soit menée, nous glisse des personnes proches du dossier. La confiance est rompue car le contexte actuel donne l'impression que les victimes sont en fait les coupables. Car nous voyons que tout est fait en interne pour que les responsables de ces harcèlements et de ces intimidations échappent à leurs responsabilités".
Et d'ajouter : "Des personnes ont été entendues par la justice et nous sommes confiants. Mais en attendant d'avoir une réponse judiciaire, une véritable chasse aux sorcières est menée au sein du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert. Toutes les méthodes, même les plus illégales, sont utilisées pour tenter d'obtenir des éléments contre les travailleurs qui sont avant tout victimes de faits graves qui ont été prouvés. Au sein du CPAS, le climat est malsain, la situation est tendue. Nous avons peur que la réponse de la justice arrive trop tard. Nous avons peur d'un drame."
"Je refuse de faire le juge à la place du juge. Prenons en considération la loi, toute la loi et rien que la loi. J'attends les conclusions de l'enquête au pénal avant d'agir, d'autant que les accusations ne sont pas unilatérales dans cette affaire".
Contacté, l'Auditorat du travail de Bruxelles se refuse à tout commentaire et confirme simplement que l'enquête est toujours en cours, et que dans l'intérêt de celle-ci, aucun commentaire ne sera émis pour l'instant.
La Libre a également contacté le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, Olivier Maingain. L'ex-président de Défi et homme fort de la commune du sud de Bruxelles dit "ne pas être indifférent" à la situation. Tout en expliquant attendre l'aboutissement du travail de la justice avant de pouvoir en dire plus sur cet épineux dossier.
"Ces enquêtes internes, c'est du pipeau"
"Il est difficile de parler alors que les réunions du CPAS – auxquelles je n'assiste pas – se déroulent à huis clos, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'une enquête externe est menée pour savoir, service par service, ce qu'il en est du bien-être au travail, entame Olivier Maingain. J'ai également demandé une vue d'ensemble et l'organisation d'une réunion de travail une fois que cette enquête sera terminée, ce qui devrait être le cas d'ici deux mois."
Il poursuit. "Pour le travail mené au niveau pénal, je me refuse à tout commentaire. Je refuse de faire le juge à la place du juge. Prenons en considération la loi, toute la loi et rien que la loi. J'attends les conclusions de l'enquête au pénal avant d'agir, d'autant que les accusations ne sont pas unilatérales dans cette affaire", se défend-il.
Interrogé sur les raisons d'un changement à la tête du CPAS de la commune (ce n'est plus Fabienne Henry, Défi, mais Jean-François Thayer, Les Engagés, qui a repris le poste, NdlR), Olivier Maingain réfute tout lien avec ce dossier. "C'est lié aux résultats des élections communales d'octobre 2024 et aux discussions avec la majorité", dit-il. Pourtant, de nombreuses victimes présumées de harcèlement au sein du CPAS estimaient que la présidente n'était pas attentive à la situation. Ce que dément également Olivier Maingain. "La présidente du CPAS n'a fermé les yeux sur rien", assure-t-il.
À ce sujet, les victimes présumées persistent et signent : "Ces enquêtes internes, c'est du pipeau parce que les dés sont pipés. Tout est fait en interne pour que la vérité soit enterrée."
Le droit de réponse du conseil du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert, reçu le 27 février 2025:
"Le CPAS de Woluwe-Saint-Lambert a pris connaissance de l'article publié dans La Libre le 27 janvier 2025 et intitulé 'Une véritable chasse aux sorcières est menée au sein du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert'. Cet article fait suite à un article précédent publié le 23 janvier 2024 dans lequel il était fait état d'un prétendu 'management de la terreur', ainsi que des 'intimidations, menaces, insultes, harcèlement moral et sexuel'. Aujourd'hui, la parole est donnée à des intervenants anonymes qui soutiennent qu'il y a 'd'autres licenciements et des départs forcés parce que des gens ne veulent plus souffrir en attendant que l'enquête soit menée', que 'le contexte actuel donne l'impression que les victimes sont en fait les coupables', que 'tout est fait en interne pour que les responsables de ces harcèlements et de ces intimidations échappent à leurs responsabilités'. Il est ajouté que 'Toutes les méthodes mêmes les plus illégales sont utilisées pour tenter d'obtenir des éléments contre les travailleurs qui sont avant tout des victimes de fait graves qui ont été prouvés'. Enfin, il est relevé que 'ces enquêtes internes sont du pipeau parce que les dés sont pipés. Tout est fait en interne pour que la vérité soit enterrée'.
Le Conseil d'action sociale s'érige en faux contre ces différentes affirmations lesquelles sont graves et mensongères, portent gravement atteinte à la réputation du CPAS, notamment de sa Présidente au moment des faits et de son Secrétaire général et qui sont démenties par les éléments objectifs du dossier, et en particulier par les résultats des enquêtes opérées par le conseiller externe en prévention.
Les éléments suivants méritent d'être mis en évidence. Tout d'abord, une analyse des risques psychosociaux établie par le conseiller externe en prévention dans chacun des services du CPAS a révélé qu'aucune des accusations évoquées ci-dessus n'était fondée. Ensuite, une plainte directe concernant le Secrétaire général a été considérée comme infondée, permettant aux autres membres du personnel entendus à cette occasion de préciser à quel point aucun reproche ne pouvait être formulé à son encontre et à quel point il était soutenant à leur égard. En outre, la saisine du conseiller externe en prévention de même que des investigations internes qui ont été menées démontrent qu'aucun reproche ne peut être adressé à Madame Fabienne Henry, laquelle, bien au contraire, constamment soucieuse du bien-être du personnel, a été attentive à la situation et proactive dans la manière d'y réagir. Enfin, le CPAS ne peut, à ce stade, donner des détails sur les raisons pour lesquelles il a été mis fin aux fonctions de deux membres du personnel. Force, cependant, est de constater que les décisions prises à cet égard se fondaient exclusivement par des manquements professionnels graves et à la suite de procédure impartiales, menées à charge et à décharge.
D'autres membres du personnel, comme il en va dans chaque institution, ont été amenés à quitter le CPAS pour des raisons relevant de convenances personnelles. A titre d'exemple, un agente, qui a marqué son accord sur la publicité donnée à sa décision, s'est ainsi exprimée : 'Mon dernier jour de prestation sera le mercredi 15 janvier 2025. C'est avec émotion que je vous écris ces quelques lignes, non seulement pour vous annoncer mon départ, mais surtout pour vous remercier. Ces années passées à vos côtés ont été riches en apprentissages, en défis partagés et en belles collaborations. Travailler et échanger avec vous a été un véritable plaisir et une expérience marquante dans mon parcours, tant sur le plan professionnel qu'humain. Grâce à vos conseils, votre bienveillance et nos échanges, qu'ils soient quotidiens ou ponctuels, chacun d'entre vous m'a permis de grandir et d'évoluer. Vous avez contribué, à votre manière, à faire de mon environnement de travail un lieu où il fait bon apprendre, progresser et se dépasser. Pour cela, je vous adresse un immense merci.'. Nous voilà bien loin d'un management de la terreur et d'une chasse aux sorcières. "
Mise à jour du 17 décembre 2025
Le Conseil de déontologie journalistique a constaté des fautes déontologiques dans cet article. Sa décision peut être consultée ici.