"Je pensais pouvoir changer les choses, mais je suis tombée de haut. Tout était verrouillé par les politiques"
Que sont devenus les marcheurs pour le climat, qui manifestaient leur mécontentement dans les rues de Bruxelles en 2019 ? Trois personnes ont accepté de témoigner.
- Publié le 20-08-2025 à 06h48
- Mis à jour le 20-08-2025 à 06h49

Sarah (nom d'emprunt) était l'une des figures principales du mouvement Youth for Climate, qui a porté la cause climatique de la jeunesse sur le devant de la scène médiatique et politique à l'aube des élections de mai 2019. La jeune femme, qui avait 18 ans à l'époque, a participé à l'organisation de plusieurs grandes marches pour le climat. Sarah était bien impliquée dans le mouvement, à un point tel qu'elle a fait partie de la délégation belge présente à Glasgow pour la COP 26. "Je pensais pouvoir changer les choses, mais je suis tombée de haut. Sur place, j'ai assisté au 'business as usual' des politiques. Tout était verrouillé, nous n'avions pas le droit de faire passer notre message".
Ces deux semaines passées en Ecosse changent radicalement la manière de lutter pour la cause climatique de la jeune femme. Après cinq années au sein de Youth for Climate, Sarah raccroche les crampons. "J'avais l'impression que les manifestations pacifiques n'avaient plus de sens. On passait beaucoup de temps en tant que bénévoles, sans que notre travail porte ses fruits. Et puis, je me suis aussi rendu compte que la lutte environnementale était imbriquée dans la lutte antiraciste et anticapitaliste".
"On a tout essayé"
Par la suite, elle continue de s'engager, autrement. Et adresse un message à la classe politique. "Je trouve ça culotté quand ils critiquent les mouvements violents liés au climat, alors qu'on a commencé à lutter à 16 ans, faisant tout notre possible pour faire avancer les choses. On a tout essayé".
Pendant plusieurs mois, Marie a participé à ces "grèves scolaires pour le climat" organisées par Youth for Climate. "Avec une copine, on avait entendu parler de ces manifestations, et, constatant que rien n'était organisé dans notre école secondaire, nous sommes allées voir la directrice pour lui demander l'autorisation de nous rendre à Bruxelles". Les deux copines réitèrent l'expérience pendant plusieurs mois. "J'ai commencé à m'intéresser à l'écologie après un cours de géographie, pendant lequel nous avions visionné un documentaire sur le processus de fabrication des jeans au Bangladesh".
"Ces quelques gestes sont devenus habituels"
Choquée par ce qu'elle apprend, Marie décide de changer ses habitudes : elle limite sa consommation de plastique au maximum, tout en se tournant vers le zéro déchet. "Ces marches pour le climat ont permis une prise de conscience collective de ce qui se passait". Six ans plus tard, Marie a fait du chemin : elle ne prend plus l'avion, est végétarienne et se rend à vélo au travail. "Je n'ai même pas l'impression de faire beaucoup d'efforts, ces quelques gestes sont devenus habituels."
Laura, de son côté, a lancé un kit zéro déchet avec ses amies lorsqu'elle était à l'école secondaire, en parallèle de sa participation à ces marches pour le climat. Si elle a eu l'impression que ces événements avaient un impact ? "C'est vrai que les pailles en plastique sont désormais interdites au sein de l'Union européenne". Pour autant, Laura n'a pas l'impression que des mesures politiques fortes en la matière aient été prises. "On voit plutôt du greenwashing de la part des entreprises, qui tentent d'attirer les jeunes avec une image plus verte".
