Denis Ménochet, premier Français à décrocher un Goya du meilleur acteur
Samedi soir à Madrid, lors de la 37e cérémonie des Goya, les prix du cinéma espagnol, l'acteur français a obtenu le prix du meilleur acteur pour sa prestation dans "As bestas" de Rodrigo Sorogoyen, le grand vainqueur de la soirée avec neuf statuettes. Une première grande consécration pour cet acteur attachant, aussi à l'aise chez Ozon que chez Tarantino…

- Publié le 12-02-2023 à 13h56
- Mis à jour le 12-02-2023 à 14h22

C'est la première fois qu'un Français remporte le Goya du meilleur acteur. Samedi soir à Madrid, Denis Ménochet, 46 ans, a décroché la timbale pour son impeccable prestation dans As bestas de Rodrigo Sorogoyen, un thriller rural intense inspiré d'une histoire vraie, sorti chez nous en août 2022 sous le titre Las Bestias.
Présentée à Cannes en mai dernier, cette coproduction franco-espagnole est le grand vainqueur de la soirée, avec pas moins de neuf Goya, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.
"Quand t'es un peu gros, les gens te tapent dans le dos comme un poney"
Aux côtés de Marina Foïs, mais aussi du génial Luis Zahera (Goya du meilleur second rôle), Denis Ménochet incarne dans As bestas, un maraîcher français en grave conflit de voisinage au fin fond de la Galice. À Cannes, Sorogoyen nous expliquait avoir choisi l'acteur français (bien qu'il soit plus jeune que le rôle) pour son physique : "Denis a cette incroyable carrure. Il est si fort, si massif et la contrepartie, c'est dans son regard, dans son intelligence, sa sensibilité…"
"Je suis un acteur avec un physique qu'on me rappelle tout le temps. Quand t'es un peu gros, un peu carré, les gens te tapent dans le dos comme un poney… Dans les critiques de Jusqu'à la garde (de Xavier Legrand en 2019, où il campait un mari violent, un rôle glaçant qui lui vaudra une nomination au César du meilleur acteur, NdlR), on parlait de 'l'ogre', de 'l'ours'… Mais moi, je ne le vois pas mon physique…", nous confiait Ménochet d'une voix douce à Venise en 2019, où il présentait Seules les bêtes de Dominik Moll.
De Tarantino à Ozon
Aperçu dès 2004 dans La Moustache d'Emmanuel Carrère, Denis Ménochet a longtemps été cantonné aux seconds rôles. Avant de se lancer, un peu par hasard, dans une carrière internationale grâce à Inglorious Basterds de Quentin Tarantino en 2009. Suivront Robin des Bois de Ridley Scott, Otages à Entebbe de José Padilha ou The French Dispach de Wes Anderson. Mais Ménochet ne se fait pas d'illusions sur sa carrière hollywoodienne : "J'ai déjà eu une scène géniale avec Christopher Walz et un verre de lait (dans le Tarantino, NdlR), je vais me contenter de cela, je crois. Un truc pareil, ça n'arrivera plus…"

Alors qu'il s'agit de l'un des acteurs français les plus appréciés du moment – François Ozon lui a donné deux rôles magnifiques dans Grâce à Dieu en 2019 (qui lui vaudra une deuxième nomination aux César, du second rôle cette fois) et dans Peter Von Kant en 2022 –, Denis Ménochet cache, derrière son imposante stature, un être sensible et qui doute. "Chaque fois que j'ai du travail, je n'en reviens pas. Je me dis qu'il y a erreur. Que quelqu'un va arriver et dire : 'C'est un imposteur !' Et je dirai : 'OK, je prends mes valises et je m'en vais'…", nous lâchait-il dans un élan de sincérité il y a quatre ans. Gageons que ce Goya, prix le plus important de sa carrière jusqu'à maintenant, lui apportera un peu de confiance en lui…