"Win or Lose" (Disney +) : la première série originale Pixar, un concentré d'humour et de tendresse
Huit points de vue, en huit épisodes, pour raconter un seul et même match de softball : la prouesse est magnifiquement accomplie.

- Publié le 19-02-2025 à 10h44

"La différence entre un gagnant et un perdant est infime : on parle de la taille d'une fourmi" : voilà comment Dan (Will Forte pour la voix américaine), l'entraîneur des Pickles, parle à ses jeunes joueurs, après un match particulièrement disputé (et gagné) de softball. Ils sont tous assis à l'ombre d'un gros arbre et savourent leur victoire et des berlingots de jus de fruit. Pourtant, le film qui se déroule dans toutes ces petites têtes n'est pas exactement le même. Laurie et Rochelle ont joué le même match, mais ont-elles vécu les mêmes émotions ? Dan, Frank (l'arbitre), Vanessa (la mère de Rochelle), Kai, Ira, Yuwen : tous ont, de cette journée décisive et de la semaine qui l'a précédée, leur propre vision. Et c'est précisément à ces regards différents sur un même monde et une même succession d'événements que s'attache Win or Lose, la première série originale des studios d'animation Pixar.

Après des merveilles comme Vice-versa, Là-haut, Toy Story, Le monde de Nemo et tant d'autres ; après les quelques déclinaisons en format court de personnages secondaires (Fourchette, de Toy Story 4, Martin, la dépanneuse de Cars), on ne questionne plus ni le savoir-faire des studios Pixar ni leur folle créativité. Restait à découvrir comment Carrie Hobson et Michael Yates allaient parvenir à un découpage suffisamment rythmé et un montage assez inventif pour donner envie de binge watcher Win or Lose comme n'importe quelle autre série de fiction.
Malin et efficace
Mission accomplie, et haut la main, pour les deux animateurs et créateurs de Win or Lose, qui se sont rencontrés dans les bureaux mêmes du Pixar Campus d'Emeryville. C'est d'ailleurs en discutant de tout et de rien, lors de leurs sessions de travail sur Toy Story 4, que l'idée a germé. Quand, par exemple, au terme d'une réunion, l'un et l'autre prenaient conscience qu'ils n'avaient pas du tout vécu la même expérience et qu'elle était bien différente encore de celle du boss ou de l'ingénieur du son. "Nous avons compris que nos propres vécus changent notre perception d'un événement. Nous voulions raconter une histoire qui illustre tout cela", explique Michael Yates. C'est ainsi que le drame vécu par Laurie, dans le premier épisode intitulé La fille du coach n'est qu'un micro-événement pour Vanessa, trop occupée par ses réseaux sociaux. Ou que derrière la carapace bleue de l'arbitre sans pitié, Frank cache un cœur d'artichaut.
Côté animation, rien à redire : les personnages, bien qu'extrêmement simplifiés pour certains, déploient une palette de sentiments infinis (le clin d'œil à Vice-versa est d'ailleurs évident) et les décors, qui évoluent en même temps que les idées de Laurie, Rochelle et les autres, ont été travaillés jusque dans les moindres détails. Comme toujours chez Pixar, le second degré est partout et si la série s'adresse aux jeunes enfants, elle séduira leurs parents, qui se reconnaîtront peut-être (les trop impliqués, ceux qui oublient les matchs, etc.) au fil des huit épisodes.
Huit fois vingt minutes, également, pour aborder des thématiques chères au studio d'animation. Ainsi, toujours dans le premier épisode, est-il question de la confiance en soi, sérieusement écornée chez Laurie qui n'en touche littéralement pas une. Plus loin, ce sont les rapports entre une mère célibataire qui tire le diable par la queue et sa brillante fille qui sont passés au tamis de la comédie. Il en ressort un précipité de tendresse, dont l'humour n'est jamais absent.
Puisque chaque épisode propose le regard d'un des protagonistes, la série offre aussi le plaisir de revoir encore et encore la même histoire, par le bout d'une lorgnette à chaque fois différente, décuplant ainsi la jubilation (puisque l'on sait déjà, en partie, ce qui va se dérouler ensuite). Malin et très efficace.
Quelques mots, enfin, sur la petite polémique qui avait enflé fin 2024. Alors qu'un des épisodes devait initialement inclure quelques lignes de dialogue explorant l'identité de genre d'un personnage, celles-ci avaient finalement été retirées. "Nous reconnaissons que de nombreux parents préfèrent aborder certains sujets avec leurs enfants selon leurs propres termes et leur propre calendrier", avait alors expliqué un porte-parole de Disney. Chanel Stewart, qui incarne le personnage de Kai, s'est dite "très attristée" par cette décision. "J'étais enthousiaste à l'idée de partager mon parcours pour inspirer d'autres jeunes trans", a-t-elle encore confié au site Deadline.
- Win or Lose, série créée par Carrie Hobson et Michael Yates. Avec les voix de Will Forte, Rosie Foss, Rosa Salazar, Chanel Stewart… Disney + 8 x 20 minutes environ.