Il avait surpris tout le monde lors d'un discours à l'UCL, Pedro Correa a changé radicalement de vie et il signe son second livre
Cela se lit comme un thriller, mais l'auteur, ancien cadre supérieur qui a changé radicalement de vie, y insuffle ce petit quelque chose de plus.

- Publié le 12-04-2025 à 15h08
- Mis à jour le 14-04-2025 à 08h48

David, Jonathan (ça ne s'invente pas !), Elsa, le professeur Cortès, un fantôme, une femme de chambre surnommée "Le Vautour", mais aussi Eric, Melinda, Juliette : il faut s'accrocher pour remettre chacun des personnages du roman choral de Pedro Correa dans la bonne case. Et à la bonne date, encore bien. Car si cela fait sa force, c'est aussi par cette déconstruction que le roman Le cercle des héros anonymes a tendance à pécher.
Tout commence à New York, en octobre 2017. Jonathan, qui vit dans un appartement magnifique, s'apprête à tout quitter. Il accomplit pourtant les gestes quotidiens – douche, café, costume soigné – mais c'est sans un regard en arrière qu'il part ce jour-là vers son bureau de Manhattan. Il sait qu'il ne reviendra pas. Il a projeté de s'envoler le soir même pour Miami où l'attend un ouragan dans lequel il compte bien disparaître.
À des milliers de kilomètres de là, à Madrid, Elsa se réveille en sursaut. Il n'est que 6 h 35 du matin, mais elle n'a pas de temps à perdre : si elle arrive en retard pour prendre son service de femme de chambre dans un grand hôtel, le vautour va lui pourrir la vie. Elsa ne se contente pas, toutefois, de faire briller les robinets. Ce qu'elle aime, c'est découvrir qui sont les clients de ce palace et les petits secrets qu'ils cachent.
C'est ensuite à Barcelone, mais six ans plus tôt – cela a toute son importance – que l'on fait escale. David, un étudiant surdoué, est recruté par l'un de ses professeurs, M. Cortès, qui lui propose un job qui est tout sauf conventionnel. Si tout ne s'éclaire par encore – tant s'en faut – les pièces du puzzle jetées dans un faux désordre par l'auteur commencent à se mettre en place.
Changer de vie
C'est un parcours étonnant que celui de Pedro Correa, né à Madrid et arrivé à Bruxelles à l'âge de 14 ans. Docteur en sciences appliquées, manager dans une multinationale en Belgique, il surprend tout le monde lors de son discours de remise des diplômes des ingénieurs civils à l'UCLouvain en 2009.

Ce jour-là, le cadre supérieur fait son "coming out" et annonce qu'il va consacrer sa vie à ses passions : la photo, la peinture et, surtout, la littérature. Son premier livre, Matins Clairs, lettre à tous ceux qui veulent changer de vie, publié à L'iconoclaste en 2020, est un énorme succès de librairie.
Changer de vie, il en est encore question dans Le cercle des héros anonymes, où l'auteur tient ses lecteurs en haleine avec une belle maestria. Si le style est bien celui d'un thriller, Correa ne se refuse pas quelques instants de poésie ("Il sentait sa main dans la sienne, d'une douceur de crème fouettée"). Il regarde le monde tel qu'il va sans cynisme, avec empathie, même, pour ceux, nombreux, qui n'y trouvent pas (plus) leur place. Et par le pouvoir des mots, il y remet un peu d'ordre.
Le vrai plaisir, à la lecture de ce roman, une fois la "filouterie" de l'auteur assimilée, est d'en devenir son complice et d'espérer que ce cercle des héros anonymes ne se referme jamais.
⇒ Le cercle des héros anonymes | Roman | Pedro Correa | Verso, 384 pp., 21,90 €, numérique 16 €