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Dans "Le Monde de Beethoven", Bernard Fournier donne libre cours à sa passion pour le maître de Bonn.
- Publié le 07-12-2025 à 15h07

Lorsque le monde d'un homme devient cosmogonie à part entière : sous forme d'un abécédaire foisonnant, Bernard Fournier donne libre cours à sa passion pour le maître de Bonn.
Ceci est l'ouvrage, la somme, le monument, d'un mélomane amoureux, d'un musicologue averti (également ingénieur) et d'un magnifique écrivain. Les passionnés du quatuor se souviendront de son Histoire du Quatuor à cordes en trois volumes, parue chez Fayard entre 2000 et 2010 : inépuisable source d'information et d'analyse sur la forme la plus aristocratique de la musique classique occidentale, la plus aboutie, la plus complexe, dominée de la tête et des épaules par celui qui l'a conduite à son point ultime de perfection (Beethoven).
Professeur de philosophie et de musicologie à l'Université Paris VIII, actif dans la revue de l'Association Beethoven dont il est membre fondateur, Bernard Fournier a également publié nombre d'articles et essais de référence sur le compositeur – dont ceux consacrés à la Missa Solemnis et ses mystères.
Autant dire que l'ouvrage qui paraît aujourd'hui est, certes, l'aboutissement d'une somme faramineuse de connaissances, mais plus encore de la fréquentation au quotidien d'un créateur visionnaire mort il y a bientôt deux cents ans, devenu le mentor, l'ami, parfois même le pupille (tant on sent l'envie de l'auteur de protéger son héros).
Les multiples niveaux de lecture
Le choix de l'abécédaire est significatif : la forme est accessible et ludique, a priori idéale pour y accueillir vieux routiers et mélomanes débutants. Mais plongeons-nous, par exemple, dans les Amies de jeunesse sur lesquelles s'ouvre l'ouvrage : l'afflux de dates et de noms propres hérissant le chapitre demandera à qui se lance dans la lecture de revoir, au minimum, la biographie du grand homme. Qu'à cela ne tienne : l'auteur y a pensé et esquisse le sujet avec finesse à la lettre V, Vie comme un roman… Pour les Amours, les informations seront aussi brèves dans le livre que dans la vie, mais comment en savoir plus sur cette Immortelle bien-aimée (évoquée notamment dans le cycle de lieder An die ferne geliebte) ? La lettre I vous renseignera.
Au-delà de ces questions terrestres, au mieux humaines, l'ouvrage offrira mille informations musicales, musicologiques et techniques – Fidelio, Fugue, Quatuor à cordes, chronologie et numérotation, Sonate pour piano op. 101… – renvoyant à l'abondante production du génie, et toujours dans un dosage idéal de savoir et d'émotion, de plein et de creux, de réponse et de question.
Fournier déploie encore son sujet vers d'autres dimensions où, d'une entrée à l'autre – Fraternité, Guerre, Humanisme, Inquiétude, Sacré… –, le Monde de Beethoven est envisagé comme une cosmogonie à part entière, c'est à prendre ou à laisser. Le défi prométhéen garde en effet la cote chez les inconditionnels du Beethoven "penseur", c'est pourtant la faille mortelle de ce romantisme postrévolutionnaire bien impuissant à accorder les idéaux de fraternité et l'obsession toute masculine de se placer orgueilleusement à l'égal des dieux. À cet égard, Fournier est toujours dans l'œil du cyclone.
⇒ Le Monde de Beethoven | Encyclopédie subjective |Bernard Fournier | Fugue, 608 pp, 29,90 €