Sting a-t-il floué les autres membres de Police ? Le différend se règle au tribunal
Cinquante ans après sa création, The Police se déchire toujours.

- Publié le 14-01-2026 à 13h16
- Mis à jour le 14-01-2026 à 16h58

Il y a cinquante ans – leur rencontre date de 1976 – Stewart Copeland et Gordon Matthew Sumner, dit Sting se croisaient pour la première fois. Le premier, américain, rêve de monter, à Londres, une petite formation punk. Le second, qui donne plutôt dans le jazz fusion, a pour projet de s'installer dans la capitale. Un bœuf plus tard, ils se rendent compte que, musicalement, ils sont faits pour s'entendre. À l'époque, la guitare est tenue par un Corse, Henry Padovani. Le trio devient quatuor, sous le nom de The Police, avec l'arrivée d'un second guitariste, Andrew Summers.
Le Corse a déjà lâché l'affaire quand The Police enregistre son premier album, en 1978. Y figurent les singles "Roxanne" (du nom de l'héroïne de Cyrano de Bergerac) et "Can't Stand Losing You", deux chansons censurées : la première parle d'une prostituée, la seconde, de suicide.
Une question de droits d'auteur
Cela n'empêchera pas The Police de partir en tournée aux États-Unis et de sortir, en novembre 1978, Outlandos d'Amour. La suite est connue : "Message in a Bottle", "Walking on the Moon", "Every Little Things She Does is Magic", "Invisible Sun". Le groupe enchaîne les tubes.

Mais la pression est énorme, tout comme les ego des protagonistes et, après des tournées épuisantes et des sessions en studio de plus en plus sinistres, ils décident, en 1984, de se séparer, chacun travaillant à ses projets personnels. Hélas !, le divorce ne va pas se faire à l'amiable et, plus de quarante ans après, le torchon brûle toujours. À tel point que ce 14 janvier, Sting et ses anciens comparses se retrouvent devant la Haute Cour de Londres, pour tenter de régler un différend financier qui n'en finit pas. Ou plutôt leurs avocats, puisqu'aucun des trois hommes n'était présent au tribunal.
Stewart Copeland et Andrew Summers estiment, en effet, qu'ils ont été floués, ne touchant pas les sommes dues sur les redevances du streaming, de la radio, de la télévision, etc., pour des chansons comme "Roxanne" ou "Every Breath You Take". Rien que cette dernière rapporterait à Sting plus de 600 000€ par an. Copeland et Summers estiment le préjudice à près de deux millions de dollars.
C'est toute la question des droits d'auteur qui est au cœur de l'affaire qui les oppose puisque ni le guitariste ni le batteur ne sont crédités comme co-auteurs des chansons parmi les plus connues du répertoire de The Police. Les deux plaignants affirment que le groupe a conclu un "accord oral" pour partager les revenus en 1977, qui a ensuite été formalisé par des contrats écrits en 1981, 1995 et 2016. Et qu'à ce titre, ils devraient toucher des droits d'exécution publique (streaming, radio, etc.) et la redevance dite "mécanique" (vente de vinyles, CD,… ). C'est que, lors des premiers accords conclus entre les membres du groupe, l'utilisation de Spotify et autres plateformes n'était rien par rapport à ce qu'elle est devenue aujourd'hui.
Sting, de son côté, réfute ces accusations et estime qu'ils n'ont pas été sous-payés. Que du contraire puisque les avocats de Sting soutiennent même qu'en réalité, Summers et Copeland pourraient lui devoir de l'argent qui leur aurait été versé en trop. Non sans préciser que "Every Breath You Take" ne faisait pas partie des chansons incriminées.
De célèbres précédents
Ce n'est pas la première fois que les anciens membres d'un groupe de rock se déchirent pour des questions d'argent. Ainsi David Gilmour et Roger Waters, membres fondateurs de Pink Floyd se sont-ils étripés, notamment pour une question de royalties. L'affaire remonte à 1985, après la séparation du groupe. Roger Waters avait intenté un procès à son ex-ami pour empêcher l'utilisation du nom "Pink Floyd". Si un accord légal (et complexe) a été trouvé en 1987, les deux anciens comparses ont continué à se chamailler sur leur héritage commun, sur les rééditions d'albums et sur la gestion de leurs réseaux sociaux.
Au début des années 90, ce sont Mike Love et Brian Wilson, inoubliables Beach Boys, qui se retrouvaient devant les tribunaux. Le premier, coauteur de plus de 35 chansons, dont les tubes "California Girls", "I Get Around" ou "Help Me Rhonda" s'estimait lésé par le second. Résultat : Mike Love a gagné son procès et est reparti plus lourd de quelques millions de dollars. Love, par ailleurs, en a toujours voulu à Murry Wilson, l'impresario du groupe et son propre oncle, d'avoir bradé le catalogue pour une somme dérisoire, en 1969.
- Sting sera en concert le 25 juillet au Francofolies de Spa. L'événement est complet.