Que vaut "Bandi", la nouvelle série signée Eric Rochant sur Netflix ?
Avec "Bandi", Éric Rochant s'attaque à l'envers du décor martiniquais, dans une chronique sociale âpre et sans fard.
- Publié le 10-04-2026 à 18h55

Éric Rochant s'éloigne des couloirs feutrés du renseignement international pour plonger dans une autre zone de tensions : celle, bien réelle, d'une jeunesse martiniquaise confrontée à la précarité, à la violence sociale et aux choix impossibles.
Dans le premier épisode de cette série entièrement tournée à la Martinique, on fait connaissance avec la famille Lafleur. Onze enfants, âgés de 7 à 23 ans, qui se retrouvent brutalement privés de leur mère, le pilier de leur équilibre.

Le choc de cette disparition à peine encaissé, ils doivent faire face à un système social prêt à les engloutir : factures impayées, menaces de placement, pression économique… la survie devient une urgence collective.
Un clan soudé face à un système qui les écrase
Les aînés improvisent un rôle parental tandis que les cadets oscillent entre colère et loyauté. Kingsley cristallise cette fissure : sa décision de plonger dans le trafic de drogue ne naît pas d'une fascination pour le crime, mais d'un calcul purement pragmatique. Il veut préserver le clan, même au prix de sa propre innocence.
Face à lui, les figures plus sages — comme Ambre, lycéenne appliquée — incarnent une autre tentative de résistance : croire encore à la norme, à l'école, à la promesse d'un avenir légal.
Rochant entre immersion réelle et accusations de stigmatisation
Tournant majeur dans le parcours d'Eric Rochant, Bandi est aussi un condensé d'authenticité : casting largement martiniquais, acteurs non professionnels, usage du créole et décors naturels.
Pour le créateur, ce choix n'est pas esthétique, mais politique. Comme il l'expliquait au micro de France Inter : "On a voulu une immersion qui ne soit pas celle d'un touriste, mais celle de quelqu'un qui vit là, avec la langue et les visages du territoire."
Cette volonté de livrer une matière brute, un ancrage charnel, n'a pourtant pas suffi à désamorcer les critiques. La fiction a fait l'objet de polémiques l'accusant d'entretenir une vision réductrice des Antilles, coincées entre drogue et misère. Rochant assume pourtant ce parti pris.
Interrogé par Le Monde sur cette représentation de la violence, il précise : "Montrer la violence, ce n'est pas stigmatiser la Martinique, c'est confronter nos personnages à des choix impossibles. Le sujet, ce n'est pas le trafic, c'est ce que le trafic fait à une famille qui n'a plus rien."
Avec Bandi, Éric Rochant signe une parenthèse sociale aussi rugueuse que nécessaire, sans jamais renier son obsession des systèmes qui broient les individus.
Avant de revenir à l'espionnage avec Secret People (prévue en 2027), il rappelle ici que, gangs ou services secrets, ses récits interrogent toujours une même frontière : celle entre la loyauté et le mensonge.