"Histoires d'amour et d'autisme", la téléréalité qui ne triche pas
Nous avons regardé la série Netflix avec une des animatrices de l'ASBL Eole, qui accueille de jeunes adultes avec trouble du spectre autistique.

- Publié le 25-04-2026 à 18h09

À Neder, à deux pas du centre de Bruxelles, on se croirait presque à la campagne. Dans une petite rue calme, nous poussons la porte de l'ASBL Eole, qui accueille des adultes avec trouble du spectre autistique (mais sans déficience intellectuelle associée), de 18 à 30 ans. Ludivine, l'une des animatrices et chargée de projets nous accueille en souriant. Elle nous propose un café et nous la suivons dans la kitchenette, peinte en vert prairie. Scotchée au mur, au-dessus de l'évier, une feuille A4 rappelle à tous quelques règles élémentaires de vie en communauté. On se lave les mains, on dépose sa nourriture sur une assiette, on range après le repas, on ramasse les miettes, etc. "Nous aidons les bénéficiaires dans tous les actes et les gestes de la vie quotidienne", nous explique Ludivine devant notre regard interrogatif. "La planification, l'organisation pour les tâches domestiques, l'hygiène, sont très importants pour certains d'entre eux". En cause, la fonction exécutive qui est souvent impactée, ce qui occasionne des difficultés d'apprentissage. D'où le gentil rappel à l'ordre affiché dans la cuisine.

Si nous sommes à Neder, ce jour-là, c'est pour parler avec l'animatrice de la série Netflix intitulée Histoires d'amour et d'autisme, née en Australie, mais qui a essaimé ailleurs, notamment aux États-Unis, où elle en est à sa quatrième saison. Avec à la clé tant un succès public que critique. On y fait la connaissance de Dani, James, Abby, Kayleen, Subodh : tout une galerie de "personnages" très attachants qui n'ont qu'un rêve : rencontrer l'amour. Ils se livrent sans filtre et la caméra qui les suit les filme dans leur réalité et avec bienveillance. Dans une émission de téléréalité – car c'en est – , créée par l'Australien Cian O'Clery, c'est rare, voire inédit.
Nous nous installons donc devant l'écran. Ludivine, très concentrée, sourit de temps en temps, elle prend des notes. Quand l'épisode se termine, elle lance : "Vu comme ça, c'est assez émouvant !" Car, à dire vrai, elle s'en méfiait un peu, de cette série Netflix. "Je me suis toujours demandé pourquoi, pour jouer les handicapés, par exemple, on prenait des acteurs qui ne le sont pas alors qu'il y a de très bons acteurs porteurs de handicaps", dit-elle. "Là, ça fait plaisir à voir car ce sont vraiment des TSA (trouble du spectre autistique, NdlR)." Elle ajoute toutefois un gros bémol : "Ce sont des gens qui passent bien devant la caméra. Parmi les bénéficiaires que nous recevons ici, je n'en vois aucun qui pourrait se livrer à cet exercice, car ce sont vraiment des TSA. Ces jeunes femmes et ces jeunes hommes que l'on voit dans la série présentent des signes autistiques discrets et ce n'est pas ce que je vis au quotidien", poursuit-elle.
"Je n'ai pas de copine, c'est OK"
Et l'amour, dans tout ça ? "Ici, la plupart n'ont pas et n'ont jamais eu de relation amoureuse", confie Ludivine. "Ce n'est tout simplement pas envisageable. Même les relations amicales peuvent être compliquées, parce que même là, on livre une part de son intimité. Mais beaucoup de bénéficiaires disent "J'aurais jamais de copine, c'est OK".
Parfois, pourtant, l'équipe encadrante est amenée à en parler. Ludivine travaille d'ailleurs sur la construction d'un module "amitié", comme il y a des modules "activité physique" ou "arts". "Il y a peu de filles chez nous, à peine sept sur cent bénéficiaires. Mais c'est important, par exemple, d'aborder tous ensemble la question du consentement". Et de nous raconter une histoire qui s'est déroulée à la bibliothèque municipale, où un bénéficiaire très expansif s'était mis en tête d'embrasser chastement mais abondamment une des filles. "Cela ne lui plaisait pas, mais elle n'a pas osé le dire, elle n'avait pas les mots".
Quelques jours après notre entretien, Ludivine nous a envoyé un petit mail. Elle avait repris le visionnage d'Histoires d'amour et d'autisme avec Anthony, qui fréquente l'ASBL Eole. "Il dit qu'il se reconnaît dans certaines attitudes des personnages de la série, nous écrit-elle. "Notamment quand il s'agit de donner trop de détails de son existence ou de s'étendre sans fin sur ses centres d'intérêt". Rien sur l'amour. Anthony a peut-être préféré garder son jardin secret… secret.
- Histoires d'amour et d'autisme, réalisée par Cian O'Clery, sur Netflix. Quatre saisons de 6 ou 7 épisodes de 40 minutes.
- Pour en savoir plus sur l'ASBL Eole : www.asblterredes4vents-eole.com