Sonny Rollins, militant des droits civiques
"Freedom Suite", un album controversé.
- Publié le 26-05-2026 à 08h19

En 1958, paraît l'album Freedom Suite, de Sonny Rolins en trio avec Oscar Pettiford à la basse et Max Roach, son batteur préféré à l'époque. Pour lui, c'était un acte politique important, qui a frappé les esprits. Au fil du temps, le saxophoniste a tenu à rappeler son engagement pour les droits civiques comme ici, dans un entretien avec le magazine américain JazzTimes. D'entrée de jeu, il précise que son album précède We Insist ! Freedom Now Suite, de son ami Max Roach, paru en 1960, et inscrit son action dans la foulée de Louis Armstrong en 1947 ("What Did I Do to Be So Black and Blue"), et de Billie Holiday en 1954 ("Strange Fruit").

"J'avais une grand-mère militante, et quand j'étais un petit garçon de 3, 4, 5 ans, elle m'emmenait dans des marches de protestation à Harlem pour des personnes comme Paul Robeson et des cas de ségrégation sur la 125e rue. C'était juste une partie de mon éducation. Plus tard, quand je jouais de la musique et que je commençais à me faire un petit nom, j'ai pu enregistrer "The House I Live In", qui à l'époque ressemblait plus à un hymne des droits civiques. Et j'ai fait un premier disque avec Miles Davis, "Airegin", ce qui veut dire Nigeria à l'envers. C'était une tentative pour introduire une sorte de fierté noire dans la conversation/les esprits de l'époque. C'était mon histoire."
"Le disque Freedom Suite a été réalisé au début de l'année 1958. C'était un enregistrement en trio avec Max Roach et Oscar Pettiford, et c'était un album important. Le producteur, Orrin Keepnews, a mis beaucoup d'ardeur dans la réalisation de ce disque. J'ai fait une déclaration sur les droits civils au verso de cet album, et il a même dû dire à un moment donné qu'il avait écrit cette déclaration, ce qui est ridicule. Mais il voulait m'enregistrer sur son label Riverside, et c'était le morceau qu'il avait, et il l'a accepté."
"Ce n'était donc pas quelque chose dont personne n'était au courant ; c'était un album controversé. En fait, ils ont changé le titre en Shadow Waltz [lorsque l'album a été réédité par le label Jazzland au début des années 1960]. "The Freedom Suite" a occupé la moitié de l'album et l'autre moitié consistait en des compositions standards. Ils ont donc pris un nom de l'autre moitié du disque."