"La terre et le sang": et si les séries sur la mafia parlaient moins de crime que de famille ?
Depuis "Les Soprano", la télévision ne raconte plus seulement le crime organisé. Elle parle aussi, et souvent surtout, de famille, d'héritage et de la difficulté d'échapper à son destin.
- Publié le 17-10-2026 à 17h14
- Mis à jour le 18-10-2026 à 16h12

Quand on pense mafia, on imagine des fusillades, des trafics et des règlements de comptes. Pourtant, les grandes séries du genre racontent souvent autre chose. Des Soprano à Gomorra, en passant par Mafiosa et aujourd'hui, La terre et le sang, ces récits utilisent le crime et la violence pour explorer les liens qui unissent, étouffent ou déchirent les familles.
Cette approche ne date d'ailleurs pas d'hier : Le parrain de Coppola faisait déjà de la famille le véritable cœur de son histoire. Derrière l'ascension des Corleone se jouaient avant tout des questions de transmission, de loyauté et d'héritage. Les séries ont repris ce principe en le poussant encore plus loin dans l'intimité des protagonistes.
La famille, le vrai moteur des séries mafieuses
Dans La terre et le sang, tout repose sur la relation entre Anto et son fils. Après un long coma, Anto découvre que Santu, devenu adolescent, est prêt à s'engager dans une spirale de vengeance susceptible de tout ravager sur son passage.
"Pour moi, ce n'est pas un polar : c'est avant tout une histoire de famille, de transmission et de liens humains", résume Thierry Neuvic, qui incarne ce père prêt à tout pour protéger les siens. Le crime agit ici comme un révélateur. Il pousse à l'extrême des situations universelles : le poids des attentes familiales, les conflits entre générations, le besoin de s'émanciper ou la peur de décevoir ceux qu'on aime.
Longtemps, la télévision a raconté la mafia du point de vue de ceux qui la combattaient. Dans les années 1980, La Piovra suivait policiers et magistrats confrontés à une organisation criminelle omniprésente. La mafia apparaissait alors comme une menace extérieure.
Tout change à la fin des années 1990 avec Les Soprano. Pour la première fois, la télévision passe de l'autre côté. Tony Soprano (l'inoubliable James Gandolfini) n'est pas seulement un chef mafieux. C'est aussi un père rongé par ses angoisses. Ses séances chez la psy deviennent aussi importantes que ses activités criminelles. Le gangster cesse d'être un mythe pour devenir un personnage profondément humain.
Quelques années plus tard, Gomorra fait voler en éclats l'image romantique du parrain popularisée par le cinéma. Adaptée du livre de Roberto Saviano, la série montre une criminalité brutale et déshumanisée. À Naples, la mafia est une machine qui broie tous ceux qui y participent.
Après Gomorra, de nombreuses productions européennes abandonnent à leur tour la figure du criminel charismatique pour privilégier des récits plus rugueux, ancrés dans un territoire précis.
L'héritage corse
Pendant longtemps, les grandes sagas criminelles semblaient réservées à l'Italie ou aux États-Unis. La fiction française a pourtant fini par trouver sa propre voie. Le tournant s'appelle Mafiosa.
Lancée en 2006 sur Canal +, la série a prouvé qu'il était possible de raconter des histoires de clans criminels enracinées dans un territoire français. La Corse façonne les personnages, leurs choix et leurs contradictions. Près de vingt ans plus tard, cet héritage reste bien vivant. Plaine orientale, créé par Pierre Leccia, poursuit cette exploration des liens entre territoire et loyautés familiales. La terre et le sang dialogue elle aussi avec cet univers, réunissant plusieurs visages familiers des fictions corses, dont Thierry Neuvic, Pierre-Marie Mosconi ou Jean-Philippe Ricci.
Mais là où Mafiosa racontait une conquête du pouvoir, La terre et le sang suit le combat d'un homme qui tente d'empêcher son fils de reproduire les erreurs du passé. Si la filiation avec certaines séries italiennes est évidente, l'approche diffère : là où Gomorra refuse toute échappatoire morale, la production de France 2 laisse davantage de place à l'émotion et à la possibilité d'échapper à l'héritage de la violence.
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Si les fictions de clans continuent de passionner, c'est parce qu'elles reposent sur des ressorts universels. D'abord, elles plongent le spectateur dans des mondes régis par leurs propres règles, traditions et hiérarchies." Il y a une force, une rudesse, une culture très ancrée, un poids des traditions qui peut parfois être difficile à porter", observe Thierry Neuvic. Ensuite, ces histoires empruntent à la tragédie classique : les fautes des parents pèsent sur les enfants. Enfin, elles mettent en scène des figures ambiguës." Personne n'est tout blanc ou tout noir. Les personnages sont traversés par des contradictions", poursuit l'acteur.
Aujourd'hui, ces récits s'intéressent de plus en plus à ceux qui héritent de cet univers sans l'avoir choisi. La question n'est plus seulement de savoir qui prendra le pouvoir demain, mais s'il est encore possible de rompre avec ce qui a été transmis.
C'est précisément le cœur de La terre et le sang." On transmet à la fois ses valeurs et ses blessures. Il y a ce qu'on choisit de transmettre et puis tout ce qu'on transmet malgré nous", résume Thierry Neuvic. C'est là que réside la force durable de ces fictions. Derrière les vendettas, elles posent une question universelle : jusqu'où peut-on aimer les siens sans se perdre soi-même ?
- La Terre et le Sang (Inédit), lundi 19 sur France 2 à 21h10
