Autour de la série Friends, un "malaise" s'est installé
Transphobe, homophobe et sexiste : trois qualificatifs qui en disent long sur le regard des millenials sur la série culte.

- Publié le 25-10-2026 à 08h13

C'était en 1994, autant dire l'Antiquité. RTL-TVi avait eu le nez creux en proposant aux téléspectateurs, quelques semaines à peine après la diffusion américaine, une série qui allait devenir culte : Friends. Soit six amis – Rachel, Phoebe, Ross, Chandler, Monica et Joey – qui partagent leur quotidien dans un grand appartement new-yorkais. Amours, humour, disputes, petits tracas du quotidien, loufoqueries diverses : la sitcom va vite devenir la préférée de tout une génération – celle que l'on appelle X – et le succès va durer dix ans. Au fil des 236 épisodes (de vingt-deux minutes en moyenne), les personnages vont s'épanouir et les acteurs qui les incarnent pareillement. Le dernier épisode, diffusé le 6 mai 2004 aux États-Unis, avait rassemblé 52,5 millions de personnes devant NBC.
Que reste-t-il aujourd'hui de la popularité de Rachel et ses amis ? Si la Gen Z a pu redécouvrir la bande de potes grâce à la mise en ligne des dix saisons sur Netflix, le moins qu'on puisse écrire c'est que les avis sont partagés. Entre celles (et ceux) qui rient volontiers aux blagues de Joey et les autres qui le trouvent lourdingue et à côté de la plaque, le fossé est profond et ne va pas en se rétrécissant.
Dès 2018, The Independent avait demandé leur avis à des jeunes qui regardaient la série. Leur verdict était tombé comme un couperet : transphobe, homophobe et sexiste. Trois mots comme des uppercuts au visage des scénaristes et des acteurs. Le "malaise" (un mot souvent utilisé par les jeunes interrogés) venait notamment de scènes où l'on voit Chandler (Matthew Perry) devenir totalement paranoïaque à l'idée qu'on le prenne pour un gay ou faisant des blagues (pas drôles) sur son père travesti.
Pour les millenials – soit la génération intermédiaire, ceux nés entre 1981 et 1996 -, la grossophobie est aussi une solide pierre d'achoppement : insister lourdement sur le passé d'une Monica (Courtney Cox) en surpoids, voilà de quoi les énerver. Et les reproches ne s'arrêtent pas là : quand la même Monica entretient une relation avec le meilleur ami de son père, plus âgé qu'elle de vingt ans, c'est le fantôme de MeToo que les plus jeunes voient planer sur Friends.
Et, puis, il y a cette forme de déconnexion avec la réalité, savamment entretenue tout au long des dix saisons : qui peut croire encore aux petites histoires de ces jeunes gens, tous blancs et hétérosexuels, qui vivent dans un énorme appartement dont le loyer, au cœur de Manhattan (officiellement à Greenwich Village) avoisine les 7 000 $ ? Tout s'explique par une pirouette scénaristique puisque la grand-mère de Monica l'a bloqué à 200 $. Mais cela, les jeunes d'aujourd'hui qui galèrent à se loger n'y croient pas deux minutes. Pis, cela les met en rogne.
Il vient sans doute de là, ce désamour : on veut bien faire semblant d'y croire un peu et même d'en rire. Mais quand Rachel, Phoebe, Ross, Chandler, Monica et Joey chouinent pour des queues de cerise, à l'heure où la planète se réchauffe et perd la boule, il faut ouvrir les yeux : le monde a bien changé depuis l'Antiquité.