Ransonnet et l'Ardenne

Ecrire de Jean-Pierre Ransonnet qu'il est une mémoire de l'Ardenne serait raccourcir le propos, l'écriture et l'expression plastique d'un artiste qui, peintre depuis plus de vingt ans, développe une conscience aiguë des pôles d'attraction suscités par la double conquête de l'espace et de la matière. Une dualité qui fait bon ménage aussi avec la notion du temps.

Roger Pierre Turine
Ransonnet et l'Ardenne
©Triangle Bleu

Ecrire de Jean-Pierre Ransonnet qu'il est une mémoire de l'Ardenne serait raccourcir le propos, l'écriture et l'expression plastique d'un artiste qui, peintre depuis plus de vingt ans, développe une conscience aiguë des pôles d'attraction suscités par la double conquête de l'espace et de la matière. Une dualité qui fait bon ménage aussi avec la notion du temps.

Quoi qu'il en soit des motivations de l'artiste, un fait convaincant domine notre appréciation du travail le plus récent de l'homme de Tilff: avec lui, nous ne nous ennuyons jamais! Il a l'art de nous renouveler, d'élargir, sa palette sans changer pourtant un iota à sa conquête profonde et personnelle. Labourant les stigmates de la vérité forestière de nos hauts plateaux à nous, ce miraculé d'une campagne guerrière qui fit tant de morts autour de son berceau (il est né en pleine nuit du 26 décembre 1944!) nous articule sans relâche une mémoire à lire entre les lignes. A lire dans le secret d'une peinture qui, nonobstant ces repères concrets que sont un sapin, une tête, un outil, est peinture essentiellement.

Les motivations du peintre, à saisir en détail dans la "Conversation avec Delaunois", sont bien celles auxquelles s'attache tout créateur en veine d'implication dans un support qui lui convient: par le biais, dans ce cas-ci, du tableau, se libérer du trop plein d'émotions qui lui collent à la peau.

Ransonnet nous le prouve, une fois de plus, avec ses nouvelles toiles. Comme s'il innovait, voici qu'il nous interpelle avec des couleurs qui ne lui étaient point habituelles. A deux ou trois exceptions près, notamment de solides fusains plus figuratifs que de coutume, ses paysages de l'Ardenne émergent cette fois de jaunes et de verts brûlants. De pigments en fusion, lâchés à la brosse ou étalés à la main, projetés et mus par un souffle irradié des tréfonds de l'être.

Parfois d'une évidence reposante, ailleurs bourrelés de chaos, ses paysages sont à la figuration ce que l'informel est à l'abstraction: un indice, pas plus. Ransonnet bouscule notre entendement autrement qu'avec des images. Son chant profond est celui d'un combat quotidien avec les accents d'une âme et d'un corps qui s'expriment, se racontent corps et biens dans l'espace, le temps et les matières d'un tableau vivant.

© La Libre Belgique 2005


Galerie Triangle Bleu, 5, Cour de l'Abbaye, à Stavelot (080.86.42.94). Jusqu'au 27 février, du mercredi au dimanche, de 14 à 18h30. Jean-Pierre Ransonnet, "Conversation avec Alain Delaunois", éd. Tandem, 50 pp.

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