Les débuts de Bernar Venet
En l'Espace de l'Art concret, pleins feux sur le Venet des origines.
- Publié le 02-08-2016 à 06h58
- Mis à jour le 02-08-2016 à 06h59

Il est passionnant de revisiter les premiers accents créateurs d'un homme parvenu, 50 ans plus tard, au sommet de son art.
Venet avait 20 ans quand, lors de son service militaire à Tarascon, il se sentit pousser des ailes de plus en plus actives dans l'art d'habiter l'espace "autrement". A l'étonnement de ses compagnons, il commit une première performance, allongé torse nu dans le dépôt d'ordures d'un coin de la caserne. Il n'en resta pas là. Réalisa sa première œuvre sonore, "Gravier goudron", l'enregistrement de la roue d'une brouette sur le gravier de la cour militaire. Ses compagnons purent le croire cervelas chauffé à blanc par le soleil.
Il n'en eut cure et persévéra. Il se fit photographier devant une coulée de goudron, pratiquant tôt l'acte éphémère perpétué par des clichés en situation. Conceptuel avant l'heure et son installation à New York en 1966, Bernar Venet affirma d'emblée sa quête de matériaux aptes à lui permettre d'entrer en art à contre-courant.
Sus au matériau
Substituant le goudron à l'huile et, bientôt, la peinture glycérophtalique répandue au pistolet sur ses Reliefs cartons, Venet fustige l'abstraction gestuelle en vogue, rompt avec tout lyrisme.
Le matériau, seul, l'intéresse. Cette exposition, subtilement composée et mise en scène, de façon simple mais ferme, est l'exacte rétrospective du parcours d'un homme plus épris de quêtes que de certitudes, bien plus engagé dans l'audace que dans l'art d'amadouer l'illusoire beauté.
Ayant sa fondation au Muy, à une heure de Mouans-Sartoux, Venet voue fidélité à cet Espace Concret où, en 1993 déjà, il avait participé au second Manifeste de l'art concret et, en 2009, présenté sa collection d'art contemporain. A la barre avec ses premiers travaux précieusement conservés - par un sens de la sauvegarde acté dès le début, d'où des clichés et témoignages exceptionnels -, Venet y apparaît bien différent de celui qui, de nos jours, illumine les places publiques du monde de ses "Lignes indéterminées", de ses "Angles", sculptures en acier corten.
Reliefs cartons
Pour la première fois, un ensemble de ses "Reliefs cartons" de 1963 est réuni. Des reliefs que l'acheteur doit repeindre après un certain temps… Sous peine de faire mourir le carton. Ils viennent de chez Venet. Rouges, verts, bleus, noirs. Plus géométriques au début, davantage informels ensuite. Toujours dans l'épaisseur et la matière.
Il y a son "Tas de charbon" modulable selon l'espace. Ses tableaux goudron. Un dessin "de la méthode de recouvrement d'un tableau". Ses "Cinq dessins en trois secondes". Un "Espace miroir noir", etc. "J'étais convaincu que l'art n'était pas fait pour le plaisir, mais pour la connaissance", dit-il en 1993. Du Venet pur jus.
Espace de l'Art concret, 06370 Mouans-Sartoux. Catalogue 1961-1966. Jusqu'au 13 novembre. Infos : www.espacedelartconcret.fr et 04.93.75.71.50
