Le train s'affiche bien joliment
L'affiche pour vanter le chemin de fer est une charmante et intéressante plongée dans notre histoire.

- Publié le 27-11-2021 à 10h49
- Mis à jour le 29-11-2021 à 12h54

L'affiche ferroviaire est née avec le chemin de fer. Dès le 5 mai 1835, quand la Belgique inaugurait son chemin de fer avec la ligne Bruxelles-Malines, on pouvait voir (et revoir aujourd'hui à l'exposition) des avis à la population et l'annonce des fêtes d'inauguration. Ces affiches étaient encore strictement informatives et fonctionnelles. Mais vite cela changera.
L'exposition à La Louvière, pour Europalia, au Centre de la gravure et de l'image imprimée, raconte l'histoire du chemin de fer chez nous, en 150 affiches venues des collections de la SNCB et de collectionneurs privés. En filigrane, elle évoque les mutations de la société belge de 1835 à aujourd'hui.
Avec certaines pièces magnifiques ou délicieuses créées pour les Wagons-lits, la SNCB ou pour la malle Ostende-Douvres.

Les premières affiches illustrées étaient de vrais tableaux réalisés à l'aquarelle ou à l'huile et qu'on accrochait dans les wagons pour évoquer les atouts d'Anvers ou l'exposition universelle, à visiter bien sûr en train. De grands peintres s'y sont mis comme Evenepoel ou Léon de Smet.
Si beaucoup d'affiches ensuite sont surtout informatives, on découvre avec plaisir ces affiches peintes du début, les affiches Art Deco de Cassandre, celles dessinées par de grands peintres pour les Wagons-lits (Alechinsky, Antonio Segui, Eduardo Arroyo, Gérard Fromanger) ou celles plus récentes qui manient l'humour: le couple d'un contrôleur de la SNCB et d'une hôtesse qui s'embrassent pour célébrer la jonction train-aéroport ou la femme-centaure sur le quai pour inciter les voyageurs à signaler ce qui serait suspect.


Parfum rétro
On est bien sûr, d'abord séduit par le parfum rétro de beaucoup d'affiches montrant un couple en pyjama et chemise de nuit dans son luxueux compartiment de wagon-lits. Ou un autre couple dessiné attablé au wagon-restaurant devant un paysage qui défile avec un moulin. Une affiche montre une nymphe nageant dans les vagues comme Esther Williams pour attirer les voyageurs d'un jour vers la Côte. Un dessin encore représente une vraie vamp, debout sur la plage tandis que son enfant joue.
Des affiches vantent d'autres destinations touristiques que la Mer du Nord. Pour Chaudfontaine, Armand Massonet crée en 1948, une affiche montrant de dos une belle femme nue, d'autres reprennent les trésors de nos villes ou le charme du lac de Genval. On attire le client avec le confort et l'exotisme d'un trajet en wagon-lit.

L'exposition est aussi un miroir sociologique de la Belgique, ces affiches montrant aussi l'évolution économique du pays, vantant l'utilisation du train pour l'industrie, le transport de marchandises, ou utilisant l'affiche pour la sécurité du personnel (Nayel Zeaiter a réalisé une fresque en ce sens sur un mur du musée). L'avantage du train pour les hommes d'affaires pressés et soucieux d'être à temps à leurs rendez-vous est aussi mis en exergue.
L'exposition montre encore la démocratisation progressive du chemin de fer et du tourisme, réservés d'abord aux plus riches avant de s'ouvrir à tous.
La préoccupation écologique arrive tôt, dès les années 80, après le choc pétrolier. Des affiches vantent le train "éco-sympa" face à la voiture jugée polluante et énergivore. D'autres insistent sur la sécurité apportée par le train ou ses réductions pour familles nombreuses.
On remarque aussi la persistance du machisme sexiste avec si souvent sur les affiches, l'homme représenté comme un businessman et la femme uniquement comme créature sexy.
À voir et à réfléchir.
Affiches ferroviaires, centre de la gravure est de l'image imprimée, La Louvière, jusqu'au 27 février