Eva Jospin, nouvelle papesse d'Avignon, enchante le Palais des Papes
Grandes et séduisantes expositions Eva Jospin au Palais des papes et à la collection Lambert.

- Publié le 19-07-2023 à 13h03

C'est peu dire qu'Eva Jospin est comme chez elle dans le merveilleux Palais des Papes à Avignon. Ce lieu si chargé d'histoire, est une enclave dans la ville, hors du temps et de la folie contemporaine, et le monde enchanteur d'Eva Jospin s'y marie totalement permettant de redécouvrir les trésors séculaires du Palais, fresques anciennes, chapelles… "Je voulais qu'on ait l'impression que les oeuvres étaient déjà là, depuis toujours, qu'elles se fondent dans le lieu et que tout -les oeuvres comme le lieu- restent pleinement visibles", dit-elle. Pari réussi.

Née en 1975, la fille de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin a tracé depuis 25 ans un chemin singulier, à mille lieues d'être "la fille de". Après des études aux Beaux-Arts de Paris, elle a débuté en Italie et continué avec un séjour à la Villa Médicis à Rome et a vie multiplié les expositions dont une mémorable au musée de la chasse à Paris.
Elle est sculptrice et son matériau fétiche est le carton. Une exposition à Bruxelles à La Fondation Thalie, encore jusqu'au 23 septembre, permet déjà de découvrir la singularité de son art. Mais celles qu'elle offre à Avignon, au Palais des papes (jusqu'au 7 janvier) et à la collection Lambert sont d'une ampleur inusitée.
Dans le Grand Tinel (l'ancienne salle des destins du Palais), elle déploie trois immenses broderies de fils de soie, de chaque fois 10 m de long, où s'entrelacent des motifs végétaux et minéraux, colorés. À la façon des grandes tentures qui ornaient les salles du Palais à l'époque des papes.

La Chapelle
On retrouve bien sûr tout au long du parcours ses sculptures de carton qui ont fait sa renommée. Dans son grand atelier envahi par ce matériau, comme le montre un film à l'exposition, elle le découpe, le colle, le cisèle, le ponce, l'incruste, et à force de travail patient et répété et avec l'expérience, elle est devenue magicienne et peut créer tout un monde d'illusion, de forêts et de plantes, de palais romains en ruines.
Par sa manière de découper le carton ou de manier les ciseaux, elle peut créer des architectures ou montrer une écorce, des branches, des herbes, une fougère, faire varier les surfaces pour simuler un rocher. Toujours dans la couleur brune d'origine.

Son carton ciselé fait écho, au Palais, aux fresques anciennes luxuriantes d'arbres, de fruits et de fleurs. Ses forêts qui semblent avoir poussé sur les murs anciens des Palais, sont un enchevêtrement d'arbres et de branches de carton dans lequel nos yeux plongent pour y deviner un monde de fées ou de cauchemars. On y ressent aussi notre lien profond et oublié avec la nature.
Eva Jospin parvient, comme aucun autre artiste avant elle, à occuper merveilleusement l'immense Grande chapelle du Palais, de 52 m de long et 20 m de hauteur sous voûte, qui était le lieu des cérémonies religieuses de la papauté. Elle y a déposé trois sculptures monumentales oeuvres en bois, carton, pierres, coquillages, papier coloré, intitulées : Nymphées (fontaines de la Rome antique), Cénotaphe (monument à la mémoire des défunts) et Côté cour côté jardin (opposant d'un côté la cité, de l'autre la forêt et les mondes souterrains). Autant d'évocations de paysages et d'architectures, pleines de détails et de points de vue, des vraies scènes de théâtre, des "folies" comme on en construisait dans les jardins baroques.

Eva Jospin expose aussi des sculptures miniatures dans des petites chapelles.
Elle est aussi invitée à la Collection Lambert à Avignon. Là, elle dialogue avec des salles blanches contemporaines, donnant un autre aspect à ses oeuvres. On y retrouve ses forêts de carton, ses sculptures comme des architectures, mais aussi des dessins fins et poétiques de bois.
Une double exposition à ne pas manquer qui fait d'Eva Jospin durant cet été, la nouvelle papesse d'Avignon.
À la collection Lambert, on peut découvrir aussi une exposition de Pascale Marthine Tayou, autre must, nous y reviendrons.
Eva Jospin au Palais des Papes, Avignon, jusqu'au 7 janvier
Eva Jospin à la Collection Lambert à Avignon, jusqu'au 17 septembre