Les images des Jeux paralympiques signées Lorenzo Mattotti
La galerie Martel BXL accueille le travail de l'illustrateur italien consacré au dépassement de soi.
- Publié le 13-06-2025 à 09h48

Ouverte à Paris, voici un peu plus de 15 ans, la galerie Martel a pris possession d'un vaste espace à deux pas de la place Flagey il y a six mois. Avec toujours la même ambition de départ de pouvoir présenter des artistes qui sont à la limite de l'illustration pure et de la bande dessinée, et qui n'avaient pas forcément droit de cité dans les galeries parisiennes de l'époque, quand Rina Zavagli, épouse de Lorenzo Mattotti, se lança dans cette aventure. Comme ses confrères et amis étrangers, le célèbre illustrateur italien (1954, à Brescia, vit et travaille à Paris) se trouva fort dépourvu au décès du galeriste parisien Christian Desbois. Rina comblera le vide en exposant rue Martel ces artistes ou bédéistes underground, connus pour les dessins réalisés pour les couvertures incisives de The New Yorker : Alberto Breccia d'abord, puis Art Spiegelman, Tomi Ungerer, Jose Muñoz, Robert Crump, Roland Topor eurent droit à un, voire plusieurs accrochages parisiens, tout comme, plus récemment Nicolas de Crecy, Herr Seele et Kamagurka, Brecht Vandenbroucke…
"Brecht fut le premier à être exposé à Ixelles, voici six mois", explique Simone Zavagli Mattotti, fils de Rina et Lorenzo, directeur de Martel BXL. "Ici sont présentés les derniers travaux de mon père, des dessins à l'encre et au crayon où le mouvement domine." "Et pour cause, raconte Lorenzo, tout a commencé lorsque les organisateurs du Festival d'Angoulême m'ont demandé de faire une série de dessins sur la course à pied pour marquer l'année olympique. Ils avaient vu la couverture du New Yorker que j'avais réalisée pour les quarante ans du marathon de New York en 2010. J'avais libre choix pour illustrer ce thème, du jogging à la compétition. J'ai donc travaillé tout l'été 2023."
Dans les gares
Un livre a rassemblé ce travail – Attraper la course, L'art de courir (avec des textes de Maria Pourchet). "L'exposition – qui présentait une centaine de dessins à l'encre (un certain nombre est visible à Ixelles, dont des noir et blanc splendides, montrant des joggeurs courant dans un paysage comme en mouvement, NdlR) – a tapé dans l'œil du responsable culture de la SNCF, partenaire du festival de la BD. Ce directeur m'a contacté pour me demander si, en deux mois, je pouvais réaliser une série pour illustrer les 22 disciplines des Jeux paralympiques. J'ai accepté : cela me permettait de poursuivre le travail à l'encre entamé pour Angoulême. Ces nouveaux dessins se sont retrouvés exposés en grand format dans plus de 20 gares de France de juin à octobre 2024."
Les originaux présentés à Ixelles forment un ensemble d'une extrême lisibilité où jaillit la force du mouvement. "Pour gagner du temps, tous les dessins sont au même format. Pas de superflu : je devais faire au plus parlant. Mon expérience d'affichiste a aidé. J'ai un immense respect pour ces athlètes paralympiques et je voulais restituer leurs gestes, que ce soit dans des disciplines individuelles ou des sports d'équipes. Dans plusieurs gares ont aussi été montrés les croquis préparatoires à ces dessins."

Mattotti rend lumineusement joyeux le dépassement de soi. "J'ai peu d'intérêt pour la compétition, le résultat ne m'intéresse pas. J'ai une admiration folle pour ces para-athlètes. Je crois que j'ai découvert ce monde avec un cycliste unijambiste qui réalisait des performances fantastiques. Mon travail est purement graphique : pas question de reconnaître un athlète. Je ne cache pas que je suis très heureux du résultat. Et je suis en contact en Italie avec des associations parasportives. Je n'ai pas envie que cela s'arrête maintenant que les Jeux sont derrière nous."
En deux mois, l'artiste aura réalisé 70 dessins et d'innombrables croquis qui s'inscrivent dans une œuvre qui a vu précédemment Mattotti dessiner la danse, la mode, déjà le corps omniprésent. Et puisque cela avait commencé avec The New Yorker, en 2010, cela s'est terminé dans la même revue : un dessin réalisé pour les Jeux 2024 a servi pour le numéro de l'élection américaine, avec des corps devenant abstraits.
- Lorenzo Mattotti, Se dépasser Illustration Où Martel BXL, chaussée d'Ixelles 337, 1050 Bruxelles, Tél : 02 721 79 57, www.galeriemartel.com, aussi un livre paru chez Casterman en 2024 Quand Jusqu'au 26 juillet du mardi au samedi de 14h30 à 19h.
