Quand Permeke exprime la sphère la plus intime
Nouvelle expo au musée Permeke à Jabbeke, confrontant le regard de Permeke à des artistes actuels.

- Publié le 09-08-2025 à 10h39
- Mis à jour le 11-08-2025 à 14h44

En mai 2024, rouvrait, après trois ans de rénovation, le musée Permeke à Jabbeke, entre Bruges et Ostende. Il est installé dans la maison qu'occupait le peintre, une belle maison moderniste fonctionnelle dans l'esprit d'un Van de Velde ou d'un Rietveld, avec de grandes fenêtres donnant sur la verdoyante campagne des Polders.
On y visite aussi son atelier de peinture qu'on a remis quasi dans l'état où Permeke l'avait laissé, avec sa table de travail toute tachée, ses pinceaux et ses couleurs, les planchers qui craquent. Aux murs, on a accroché des œuvres de différentes époques et des sculptures. Dans le grand jardin poussant en liberté, presque sauvage, sont posées deux de ses œuvres.
À côté de la maison, le grand espace de l'atelier de sculpture, a été transformé en salle d'expositions temporaires avec de nombreuses œuvres de Permeke mais aussi des travaux d'artistes plus contemporains.

Constant Permeke (1886-1952) a vécu dans sa maison de Jabbeke pendant une vingtaine d'années. Il est né à Anvers en 1886, puis déménagea avec toute sa famille à Ostende en 1892. Il étudia à l'Académie des Beaux-Arts de Bruges (1903), puis à celle de Gand (1906). Il vécut à Ostende jusqu'à la fin des années 1920, avec un bref séjour en Angleterre pendant la guerre. En 1929, il s'installa à Jabbeke, où il demeura jusqu'à sa mort en 1952.
La nouvelle exposition ouverte le 17 mai est en cours jusqu'au 25 novembre. Elle étudie la "sphère intime", les Pièces partagées des portraits de proches, chez Permeke et chez des artistes d'aujourd'hui.
Les "Pièces partagées" des portraits de proches.
Lien fusionnel
Celui qui fut la figure de proue de l'expressionnisme flamand montre sa puissance presque brute, avec les tons terreux de ses tableaux, ses sujets taillés à la serpe, avec des mains comme des maillets. Permeke déforme la réalité comme on laboure la terre, pour mieux montrer l'essentiel à ses yeux. Il avait expliqué : "Je ne peins pas ce que je vois mais ce que je pense avoir vu". On retrouve ce Permeke, proche des gens, humaniste, avec toute son émotion, dans ses grands fusains.

On admire ainsi de Permeke Mère et enfant, un tableau de ses débuts, peint en 1913, encore réaliste avec des aplats colorés, montrant Marietje l'épouse du peintre serrant dans ses bras le petit John (Permeke a eu six enfants dont deux sont morts en bas âge). Un tableau qui saisit parfaitement l'intensité du lien fusionnel entre une mère et son enfant.
Il peignit aussi, à ses débuts, Ostende avec des femmes de pêcheurs sur le quai avec leurs enfants (il ne déménagea à Jabbeke qu'en 1929).

De Permeke on voit encore les têtes des Fiancés comme des sculptures africaines, le dessin d'un baiser "à la Brancusi" quand les deux visages se fondent en un seul, ou de 1929, une "grossesse" où le ventre gros semble sortir du tableau, ou encore le déchirant Mère avec enfant blanc (allusion au bébé mort que la mère allaitait). On y retrouve le Permeke le plus expressionniste avec la tête monumentale.
On peut y voir encore d'autres Permeke, peintures et dessins, mis en parallèle avec un tableau d'Alice Neel (1900-1984) montrant un père et son fils sur les genoux (Kevin et Andy), un exemple un peu maladroit de ses portraits puissants, présentés toujours de manière frontale, avec des personnages qui nous interpellent.

On retrouve encore deux impressionnantes peintures de Maria Lassnig (1919-2014), une artiste autrichienne influencée par Lucian Freud, qui ne fut vraiment découverte qu'à 80 ans. Elle interroge le corps de manière très directe. Son tableau Couple sur fond orange fut peint quand elle avait 85 ans.
Et encore des portraits comme figés dans leur monde intérieur d'Etienne Elias (1936-2007) et ceux aux couleurs criardes des amis de Birde Vanheerswynghels (née en 1986).
> Musée Permeke, expo "Pièces partagées" jusqu'au 23 novembre, à Jabbeke. Ouvert tous les jours de 10h à 17h30, sauf les mardis.