Un soir, un train, deux hommes

Un homme, un aventurier désabusé et laconique, débarque d'un train dans une ville fantomatique. Seule ombre qui vive, un professeur de français à la retraite, individu tranquille et bavard, qui lui offre de l'héberger. Patrice Leconte a le chic pour orchestrer des rencontres improbables, celle entre Johnny Hallyday et Jean Rochefort est inoubliable. Soit un film au parfum de western ardéchois, une œuvre à la tendresse et à la chaleur appuyées, et un savoureux rapprochement tenant à l'universel – émouvant et concernant, comme dirait Jean Rochefort. 1h30. (J.-F. Pl.) (LLC n°187)

J.-F. Pl.
Un soir, un train, deux hommes
©Alternative

Une petite ville au crépuscule, un train, un homme qui en descend, profil sec, cuir noir et jeans assorti, un sac pour unique bagage. Cet homme, c'est Milan (Johnny Hallyday), débarqué de nulle part au beau milieu de nulle part. Seul commerce ouvert, la pharmacie, où il rencontre bientôt Manesquier (Jean Rochefort), un paisible professeur de français à la retraite, qui lui offre de l'héberger.

Entre l'aventurier désabusé et laconique et le sédentaire tranquille et bavard, il y a d'abord de la curiosité. Un sentiment qui évolue cependant, chacun se prenant à rêver se fondre dans la vie de l'autre. Désir exacerbé par une échéance toute proche: un braquage pour l'un, un triple pontage pour l'autre.

Figure récurrente du cinéma de Patrice Leconte, la rencontre improbable prend ici un tour particulièrement réjouissant - oubliée la baisse de régime qui entachait les derniers films du cinéaste. Faux western ardéchois, entreprise en clin d'oeil constant,"L'Homme du train´ est surtout film à la tendresse et à la chaleur appuyées, savoureux rapprochement tendant à l'universel - qui n'a rêvé un jour d'une autre vie?

Plus qu'à la fluidité de sa mise en scène ou à sa poésie, la réussite du film tient d'ailleurs à la faculté qu'a Patrice Leconte de tirer le meilleur parti de ses acteurs. Nulle surprise dans le chef d'un Jean Rochefort, pratiquement indissociable de son univers et dont on ne soulignera jamais assez les qualités. Plus étonnant, le cinéaste réussit à doter Johnny Hallyday d'une indéniable épaisseur. Son image en léger décalage d'abord, comme modelée par quelque miroir subtilement déformant, Johnny fascine avant d'insensiblement se fondre en un autre, littéralement émouvant. Non sans atteindre à une véritable densité.

Au-delà de la mélancolie propre à l'histoire, envisagée ici avec une stimulante légèreté, naît de cette rencontre un instant de cinéma d'une rare intensité; un bonheur à la musique durable. Ceux qui aiment Patrice Leconte prendront son train.

© La Libre Belgique 2002


Réalisation: Patrice Leconte. Scénario: Claude Klotz. Photographie: Jean-Marie Drejou. Montage: Joëlle Hache. Musique: Pascal Estève. Avec Jean Rochefort, Johnny Hallyday, Jean-François Stévenin, Charlie Nelson, Pascal Parmentier, Isabelle Petit-Jacques, Edith Scob, Riton Liebman. 1h30.

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