Michel Aumont, un pilier des planches et de l'écran

- Publié le 29-08-2019 à 21h55
- Mis à jour le 30-08-2019 à 10h50

Le stakhanoviste comédien français s'en est allé à 82 ans. Après plus de 60 ans de carrière. Un seul coup d'œil à son CV donne le vertige. La liste est longue de plus d'une centaine de films pour le cinéma et la télévision, de plus d'une centaine de pièces de théâtre, sur la scène de la Comédie Française et des théâtres privés.
Né en 1936 à Paris, Michel Aumont est un enfant de la balle. Sa mère était comédienne et son père n'était pas Jean-Pierre Aumont, le séducteur du cinéma français des années 1930, mais un régisseur à la Comédie-Française. Tout naturellement, il fait le Conservatoire et entre à la Comédie-Française, en 1956, il a vingt ans.
Il a un premier prix de Conservatoire en poche mais en raison de sa discrétion, de son côté besogneux, de son tempérament introverti ; il lui faudra du temps pour s'imposer et décrocher des grands rôles du répertoire, jouer L'Avare ou Richard III. Pendant des décennies, il va servir les plus grands auteurs, les classiques, Molière et Shakespeare, mais aussi Beckett, Ionesco ou Grumberg, sous la direction de grands metteurs en scène dont Antoine Vitez, Jean-Pierre Vincent et Jean-Paul Roussillon. Il est une valeur sûre des planches, sans être une star pour autant, la promo ce n'était pas pour lui.
Il a 36 ans en 1972, quand il débute au cinéma avec Michel Deville dans La Femme en bleu. Il va tourner 150 films avec Henri Verneuil, Claude Chabrol, Jean-Jacques Annaud, Joseph Losey, Claude Zidi, Claude Sautet, Claude Lelouch, Bertrand Tavernier, Patrice Leconte… Il est une figure très familière de l'écran français où il cumule les rôles de commissaire, de ministre, de cadre d'entreprise, passant avec aisance par tous les genres : drames, thrillers, comédies. Toute sa vie, il attendra un grand rôle au cinéma qui ne viendra jamais. Et pourtant, il aura marqué bien des films de son jeu feutré.
Feutré, soyeux, subtil
En 1985, le César du second rôle lui échappe à la surprise générale pour son interprétation d'un grand bourgeois un peu gauche dans Un dimanche à la campagne de Tavernier. Il est un savoureux grippe-sou dans Courage, fuyons d'Yves Robert. Dans Le Placard de Francis Veber, sa première intervention très sobre, efface la dimension "cage aux folles" pour imposer un ton de comédie sentimentale, sociale, douce-amère. Dans Les Invités de mon père d'Anne Le Ny, entre Fabrice Luchini et Karin Viard, il est d'une subtilité retorse jubilatoire en paternel très accueillant à l'égard d'une migrante, grande et blonde.
Si aucune de ses nominations aux César ne fut concrétisée ; il remporta en revanche quatre Molière du meilleur acteur. Le théâtre était la maison de celui qui fut, pourtant, un pilier de l'écran dont on n'oubliera la voix soyeuse et la polyvalence.
Filmographie sélective
1974 : La Gifle de Claude Pinoteau
1976 : Monsieur Klein de Joseph Losey
1976 : Le Jouet de Francis Veber
1977 : Mort d'un pourri de Georges Lautner
1979 : Coup de tête de Jean-Jacques Annaud
1979 : Courage fuyons d'Yves Robert
1983 : Les Compères de Francis Veber
1984 : La Diagonale du fou de Richard Dembo
1985 : Le Mariage du siècle de Philippe Galland
1986 : Cours privé de Pierre Granier-Deferre
1996 : Beaumarchais, l'insolent d'Édouard Molinaro
2005 : Palais royal ! de Valérie Lemercier
