Joaquin Phoenix, le terrifiant nouveau Joker: "J'ai commencé à devenir fou en perdant autant de poids en si peu de temps"
Connu pour ses rôles d'écorché vif, Joaquin Phoenix incarne un Joker plus habité que jamais.
- Publié le 29-09-2019 à 09h38
- Mis à jour le 02-10-2019 à 08h47

Connu pour ses rôles d'écorché vif, Joaquin Phoenix incarne un Joker plus habité que jamais. Début des années 1980. Gotham City. Raillé par ses pairs qui voient en lui un raté, Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est un clown qui vivote en se produisant dans la rue ou à l'hôpital. Fasciné par l'émission de télévision d'un célèbre animateur incarné par Robert De Niro, l'homme rêve secrètement de pouvoir un jour se lancer dans une carrière de comédien de stand-up. Seulement voilà, Arthur n'a pas toute sa tête. Atteint de troubles psychologiques qui déclenchent en lui des rires sarcastiques, il bascule dans une folie morbide suite à une succession de revers.
On aurait pu craindre qu'après les prestations jokerissimes de Cesar Romero, Jack Nicholson ou plus récemment Heath Ledger, Joaquim fasse du copier-coller. Que nenni ! À 44 ans, cet acteur connu et reconnu pour ces rôles d'écorché vif a entièrement réinventé le mythe ! Au point d'occulter les magistrales interprétations de ses prédécesseurs.
Pour ce rôle borderline, l'Américain s'est donné à fond. Régime draconien pour obtenir ce visage anguleux et émacié ainsi qu'un gros travail de documentation sur la psychologie des assassins.
Et cela a payé, visiblement. Récipiendaire d'un Lion d'Or à la Mostra de Venise, le film de Todd Phillips - plus connu pour ses comédies que pour la réalisation de films dramatiques - pourrait bien rafler la mise à la prochaine édition des Oscars ! Inspiré de L'Homme qui rit de Paul Leni (1928), dont le personnage est à l'origine de la création du Joker en 1940, sa vision d'un pauvre bougre en quête d'identité est tout simplement… démentielle.
Vous pensez que les méchants sont plus complexes à jouer que d'autres types de personnages ?
"Vous pouvez trouver de la complexité dans n'importe quel personnage. Bon ou mauvais. La question étant de savoir comment le réalisateur veut explorer cette complexité. A priori, il y a des rôles, des genres où votre jeu est assez limité car les personnages ne sont pas assez fouillés. Incarner un vilain vous permet de creuser un peu plus dans la psychologique. À partir du moment où vous interprétez un rôle de torturé, vous devez aller chercher les choses très loin en vous. Je ne dis pas que jouer un superhéros est une chose plus aisée, plus facile, mais le cahier des charges est beaucoup plus simple puisque votre mission première est de satisfaire un public acquis d'avance !"
Sort-on indemne d'un rôle comme celui-ci ?
"Quand Todd Philips m'a contacté, je savais que ce rôle nécessiterait une grosse préparation à la fois psychique et physique. Quand je rentrais dans ma chambre, le soir, Arthur agissait comme un fantôme. Il était encore très présent en moi !"
Au point de faire des cauchemars ?
"Vous savez, je n'avais pas besoin de jouer le Joker pour faire des cauchemars. Il suffit de regarder autour de nous. Ce monde va vraiment mal !"
On dit souvent que pour être un bon acteur, il faut être très perché. Vous confirmez ?
"Ce que je confirme surtout, c'est que si vous n'êtes pas capable de montrer vos émotions, vous ne pouvez pas faire ce métier. Être acteur, cela signifie tout mettre sur la table. Sans la moindre réserve."
Avant vous, des acteurs comme Cesar Romero, Jack Nicholson ou plus récemment Heath Ledger ont incarné le Joker. Avez-vous regardé ces autres versions ?
"Je n'ai pas revu le film avec Heath depuis sa sortie et j'avais vu le film de Tim Burton, avec Jack Nicholson, quand j'avais 15 ans. Il était important pour moi que je ne sois pas influencé par les autres interprétations du Joker. Todd Philipps et moi, nous voulions vraiment avoir notre propre approche, raconter une histoire inédite. Nous ne voulions pas, que ce soit de près ou de loin, nous sentir connectés aux productions cinématographiques, télévisuelles mais aussi aux bandes dessinées réalisées auparavant. En abordant ce personnage à ma manière, sans me référer à des créations antérieures, j'ai pu inventer un Joker qui n'était pas identifiable. Je ne voulais pas, par exemple, qu'un psychiatre puisse cerner le genre de personne qu'il est."

Pour entrer dans la peau de ce personnage, comment vous vous y êtes pris ?
"Il fallait déjà perdre du poids. Une vingtaine de kilos ! C'est par ça que j'ai commencé. Quand vous perdez du poids, cela joue sur votre psychologie mais aussi sur votre manière de marcher, de bouger, d'occuper l'espace. Pour ma part, j'ai commencé à devenir fou en perdant autant de poids en si peu de temps. Pour maigrir vite, je n'ai mangé qu'une pomme par jour, ainsi que de la salade et des haricots verts à la vapeur pendant plusieurs semaines. J'étais épuisé moralement et physiquement ! À ce régime-là, vous fondez à vitesse grand V. Vos muscles perdent en masse, vous prenez le risque de vous blesser plus facilement, vous devenez plus vulnérable. C'était important que j'aie les joues creusées. Arthur est en effet un être rongé par la souffrance. Il fallait que cela se lise sur son visage…"
Whaouh, cela devait être très dur !
"Maigrir à ce point, c'est quelque chose que j'avais déjà fait dans le passé. Mais, je vous rassure, vous travaillez avec un médecin : tout est réglementé, surveillé et sécurisé. Vous ne pouvez pas mettre votre santé en péril. Le plus dur, c'était qu'il y avait des tentations. J'adore les bretzels figurez-vous et à chaque fois que j'allais voir Todd, il y en a en avait des sacs entiers dans son bureau. Un véritable supplice !"
Ce qui distingue le Joker, c'est son rire. Un rire sarcastique, sadique qui va faire basculer Arthur dans une folie morbide suite à une succession de revers.
"Oui, c'est la toute première chose sur laquelle j'ai dû travailler. Avant même que Todd Philips, le réalisateur, me donne le script et que je le lise, je savais que ce rire si particulier serait une composante importante du Joker. Quatre mois avant d'être face aux caméras, j'ai essayé de choper la tonalité, la tessiture de ce rire. Il fallait qu'il lui soit propre, qu'on le reconnaisse immédiatement, qu'il soit sa signature ! Autant la façon que le Joker a de danser ne m'a pas demandé beaucoup de recherches car je travaillais avec un chorégraphe, autant pour le rire, j'étais seul avec moi-même. J'ai beaucoup galéré. Sur le plateau, je me suis très vite isolé. Je ne voulais pas trop sociabiliser avec les gens car il était important que la personnalité d'Arthur infuse en moi !"

Comme Arthur, j'ai cru comprendre que vous étiez très proche de votre maman…
"Ma mère m'a toujours inspiré. C'est une femme vraiment incroyable. Pendant mon séjour au Festival de Toronto, elle était en Europe de l'Est avec son organisation à but non lucratif baptisée River Phoenix, Center for Peace Building. On y enseigne, entre autres, les techniques de communication non violentes. Ma mère a 75 ans. Elle a consacré sa vie à cette organisation. Elle y travaille bénévolement et réalise de réels progrès. Donc, je pense qu'elle a eu une profonde influence sur moi ainsi que sur mes sœurs."
