Lang boosté, Oswald ressuscité, Laurel&Hardy maltraités
Flash-back sur les trois séances de la 7e édition des UFA Film Nights à Bozar.

- Publié le 30-09-2019 à 09h26

Flash-back sur les trois séances de la 7e édition des UFA Film Nights à Bozar.Lunaire. Il fallait voir le sourire lunaire et enchanté des spectateurs, jeudi soir, après leur longue aventure (plus de 3 h) aussi spatiale qu'épique en compagnie de Fritz Lang et du Brussels Philharmonic.
Pour la première de ses trois séances, UFA Film Nights venait de projeter Une femme sur la Lune, film muet de 1929 du cinéaste allemand mis en musique par Timothy Brock qui dirigeait sa propre partition. Le chef et compositeur a mobilisé toute la puissance orchestrale, notamment au décollage, pour booster la fusée à 384 000 km et emmener son millier de spectateurs à la découverte de la face cachée de la Lune. L'alunissage résonnera encore longtemps dans leurs mémoires.
Et si la partition ne manquait pas de puissance, elle ne manquait pas, non plus, d'interstices, pour faire entrer l'émerveillement, le mystère, les sentiments, la tragédie, la modernité du fameux compte à rebours inventé par Lang et même de l'humour quand il s'agit pour un orchestre de sonner comme un téléphone.
À chaque fois, la sensation procurée par un ciné-concert avec orchestre symphonique est la même, ce plaisir intense de se sentir emporté par les cordes, les cuivres et les percussions, de vivre une expérience cinématographique unique et non plus mécanique ou numérique.
Komédie à Berlin
Changement d'ambiance, le vendredi, pour la deuxième UFA Film Night avec Eine Tolle Nacht, une comédie de Richard Oswald de 1926. Sept musiciens empoignent saxophones, accordéon, guitare, batterie, contrebasse… Sur le piano, à côté de la partition, est posé un petit écran où défile le générique en lettres blanches sur fond noir. Ça charlestone, ça swingue, on pense à Woody Allen et on l'oublie aussi vite quand commence eine grosse Komédie emmenée par Henry Bender. Son abattage lui valait, sans doute, d'être populaire à l'époque.
Comme en témoignaient les salves de rires, quasiment un siècle après sa réalisation ; cette adaptation d'un vaudeville conserve tout son pouvoir comique grâce au rythme imposé par Richard Oswald, réalisateur allemand ressuscité par ces UFA Film Night. Un restaurant où les provinciaux se débattent avec les huîtres, des salons privés avec des portes qui claquent, des coulisses fourmillant de danseuses ; la virée dans ce cabaret spectacle de Berlin est un peu lourde, très kitsch mais drôlement efficace. Précisément, on doit aux compositions des Sprockets d'alléger l'atmosphère d'une touche jazzy, de leurs clins d'œil et de leur vivacité quand le vaudeville en vient à s'essouffler.
Pauvres Stan&Ollie
On était absolument certain, samedi, de passer une troisième UFA film night formidable, sans le moindre risque, puisque le programme était composé de trois "Laurel et Hardy" supervisés par Léo Mac Carey, dont From Soup to Nuts, auquel Blake Edwards rend hommage dans The Party. Surprise, mauvaise surprise. Le Collectif du Lion chargé de mettre Stan et Ollie en musique, ne suit pas le rythme de leurs gags, ne tente pas le contrepoint, ne cherche pas un éclairage audacieux ; il fait son petit concert dans son coin. C'est tellement vrai que le groupe joue fort, très fort, au point de couvrir les rires d'une salle M remplie à ras bord. Une absurdité, pire, un sacrilège, les vagues de rires constituant la musique intrinsèque des "Laurel et Hardy".
Soyons positifs, le Collectif du Lion aura offert la démonstration qu'une musique peut aussi nuire gravement à un film. Il en faut plus pour abattre Laurel et Hardy, mais quel gâchis !
