Cinéma: "Tootsie" a presque 40 ans
Des bonus plongent au cœur de la création d'une comédie d'un autre genre.

- Publié le 26-08-2020 à 07h35

En 1982 sortait Tootsie, qui allait devenir le succès de l'année, juste derrière E.T., ainsi qu'une une comédie marquante dans l'histoire du cinéma. Près de 40 ans plus tard, alors que le thème du genre est quasiment devenu un… genre et que #MeToo a enclenché une mutation des rapports homme/femme, le film de Sydney Pollack tient-il toujours la route sur ses talons aiguilles ?
Ce que cette édition collector, même ultra collector (avec riches bonus et livre) révèle tout d'abord, c'est qu'il s'agit bien plus un film de Dustin Hoffmann que de Sydney Pollack. D'ailleurs, Tootsie est le surnom que sa mère donnait à Dustin. Le projet était bien avancé quand l'acteur star (Les Hommes du Président, Kramer contre Kramer) de l'époque le propose au réalisateur de Jeremiah Johnson et de The Way We Were (Nos plus belles années), qui le refuse. Le pitch d'un acteur au chômage qui se transforme en actrice pour trouver du travail dans un soap est un bon sujet de comédie mais il n'est pas un réalisateur de comédie et il n'a aucune envie de se mesurer à Billy Wilder dans Some Like it Hot.
De Dustin à Dorothy
Comme on peut s'en rendre compte, en gros dans le documentaire d'une bonne heure consacrée au film, et en détail dans La Création de Tootsie, l'ouvrage de 160 pages de Susan Dworkin qui accompagne cette riche édition, Dustin Hoffman est buté. Il entend les arguments de Pollack, qui ne veut pas d'un film sur le travestissement pour en tirer des effets comiques comme Jack Lemmon l'a fait dans Certains l'aiment chaud ou Robin Williams le fera dans Mrs Doubtfire. Hoffman fait évoluer le projet avec l'aide d'un scénariste pour en arriver à l'histoire d'un homme qui devient meilleur en ayant été une femme durant un moment. C'est à la vue de ce chemin dramatique - en quoi un homme va-t-il s'améliorer après avoir été une femme ? - que Pollack consent à relever le défi.
Enfin, les défis, car ils sont nombreux. Sur le fond, il faut creuser la question : qu'y avait-il de mal chez cet acteur ? Hé bien, il était à ce point centré sur lui et intransigeant sur son art qu'il en était devenu odieux, arrogant, insupportable. C'est dans la peau d'une femme qu'il se rend compte que les humiliations subies par les actrices sont autrement plus rudes que celles qu'il a endurées.
Sur la forme, son idée est de transformer Dustin le moins possible, d'être au plus près de la femme qu'il aurait été. Avec à la clef, le choc pour Dustin de se rendre compte qu'"elle" aurait été banale. Pour tester s'il est crédible en Dorothy, Dustin organisera une rencontre fortuite avec John Voight, son partenaire de Macadam Cowboy, qui ne s'apercevra de rien.
Sur la mise en scène, enfin, Pollack impose une interprétation réaliste. Ce n'est pas le (sur) jeu des acteurs, ni la drôlerie des répliques, mais l'enchevêtrement des méprises qui crée des situations de comédie et va engendrer un classique du 7e art.
