Le cinéma belge à l'heure du déBriff
Succès pour le Brussels Film Festival, qui a réveillé l'appétit des cinéphiles.

- Publié le 14-09-2020 à 08h03

Il fallait y croire pour mettre sur pied, à la rentrée, un festival de cinéma et même deux. Céline Masset et Pascal Hologne dirigent le BSFF et le Briff, les festivals du court et du long métrages de Bruxelles - l'un ayant été annulé en avril et l'autre en juin, et ils ont décidé de les programmer, ensemble, début septembre.
Il fallait une foi à bousculer le Covid pour tenir le cap en naviguant à vue tout l'été, pour préparer deux événements qui auraient pu être interdits ou se dérouler devant 30 spectateurs.
Samedi soir, à l'heure de la remise des prix Briff (Brussels International Film Festival), ils n'avaient même pas l'air fatigués tant ils avaient le sourire. Toutes les séances, ou presque, furent sold-out. Dans la limite des jauges certes, un siège entre les bulles, mais au total cela fait tout de même 5800 personnes. Les invités internationaux sont venus aussi. Le Briff a fait même rouvrir l'hôtel Plaza, où il régnait une atmosphère digne de Shining, même sans la neige.
Un cinéma belge éclectique
L'appétit du cinéma était bien là, même dans la section consacrée au cinéma belge, souvent mal aimée des spectateurs en dépit de ses succès internationaux. Sept films étaient au programme et première caractéristique flagrante : une incroyable diversité. Soit une comédie trash, Music Hole ; un thriller angoissant, Cosmogonie ; un mélodrame adolescent, Le Milieu de l'horizon… Bref, cinéma belge = cinéma social est une notion obsolète, une réalité d'un autre siècle.
Deuxième caractéristique, le niveau de qualité remonte en flèche après un cru 2019 décevant. Et il est de plus en plus équilibré, trois films sur les sept étaient réalisés par des femmes.
Troisième caractéristique, et sans doute la plus spectaculaire, le cinéma belge se régénère avec du sang neuf venu de loin, de très loin, de la Colombie aux Philippines. Dans la ligne de Une famille syrienne (Magritte 2018), de Nuestras Madres (Caméra d'or 2019), le cinéma belge est ouvert au monde. Il parlait "philippin" dans Overseas, espagnol dans Tantas Almas ou encore anglais dans Cosmogonie, même si dans ce cas l'ambition avouée est d'atteindre un public international. Et si Le Milieu de l'horizon cause français, il a été tourné en Macédoine avec Laetitia Casta en tête d'affiche.
Il ne faudrait pas en conclure que le territoire national est exsangue d'histoires. Saint-Nicolas est socialiste est profondément enraciné dans une commune de la région liégeoise et Music Hole, qui se déroule à Charleroi, entend séduire le public étranger avec son exotisme baraki à la Dikkenek.
Dans cette offre éclectique, le jury a pointé deux titres. Réalisé par la Néerlandaise Esther Rots et interprété par les comédiennes flamandes Circé Lethem et Lien Wildemeersch, Retrospekt est une expérience cinématographique intense. Le spectateur est immergé au cœur des violences conjugales abordées au sens large et surtout de façon non manichéenne, mais complexe, voire ambiguë. C'est du pur cinéma, un prototype qui offre beaucoup d'interprétations. Le jury lui a décerné une mention, attribuant son Grand Prix à Saint-Nicolas est socialiste de David Leloup, le journaliste d'investigation.
C'est un documentaire politique mis en scène comme un buddy movie. Les deux héros, qui tiennent de Don Quichotte et Sancho Panza, s'attaquent à un pouvoir opaque exercé par une majorité absolue. Il y a du suspense et de la gouaille dans le combat de ces deux citoyens pas si ordinaires, hauts en couleur. Un combat local et universel car, si la compétition était nationale, le jury, lui, était international, français aux 2/3.
Terminé mardi, projeté mercredi, doublement primé samedi (il a aussi remporté le Prix du public), Saint-Nicolas est socialiste a réussi le démarrage parfait, celui qui devrait lui permettre de trouver un distributeur, de sortir dans les salles, de rêver d'une carrière à la Ni juge ni soumise.
