Les héros de la Columbia
Le studio hollywoodien a rassemblé six de ses classiques dans un imposant coffret Blu ray 4K.

- Publié le 23-11-2020 à 14h18

Quel rapport entre Jerry Maguire (1996) et Lawrence d'Arabie (1962), Gandhi (1982) et Dr Folamour (1964), Dottie joueuse de base-ball de The League of Their Own (1992) et Mr Smith au Sénat (1939) ?
Deux en fait. D'une part, ce sont autant de facettes du "héros". D'autre part, ce sont autant de titres de gloire de la Columbia rassemblés dans un imposant coffret, en version restaurée 4K ultra HD et en version Blu ray, soit pas moins de 17 galettes pour caser une montagne de bonus, passionnants et vintage.
Les héros british
Gandhi est assurément le héros historique par excellence. Son destin est conté par Richard Attenborough tout au long d'une fresque d'une autre époque, celle d'avant le numérique. Quand une foule de centaines de milliers de personnes participent aux funérailles du Mahatma, ce sont des centaines de milliers de figurants qui défilent devant la caméra. Réellement impressionnant.
Richard Attenborough, mieux connu comme acteur, notamment en PDG du Jurassic Park, a passé sa vie pour monter, financer, mettre en scène le destin de cet homme qui a manié "l'arme" de la non-violence comme personne. C'est le portrait d'un héros dont la seule force est intérieure. C'est son mental, sa force morale, son intégrité qui feront plier les Britanniques aussi arrogants que raides.
Lawrence d'Arabie partage avec Gandhi une passion pour la réalité du terrain et une obsession politique, dans le cas de l'officier anglais : contrer l'empire ottoman en fusionnant des tribus du désert pour forger une nation arabe.
Ce sont aussi deux incorruptibles, indifférents aux richesses et aux honneurs mais dont l'ego est à la mesure des ambitions. Gandhi met l'Inde à l'arrêt en menant une grève de la faim. Lawrence fait taire les rivalités des seigneurs du désert qui se battent désormais pour lui. Si Gandhi marche vers dieu, Lawrence a une personnalité plus sombre, plus trouble, et il en résulte un film humainement plus complexe. D'autant qu'il est réalisé par David Lean en pleine possession de ses moyens colossaux. On est au 7e art et le making of d'une heure est une leçon de cinéma.

Capra, héros de la Columbia
Le héros british n'est pas le héros US qui se doit de matérialiser le rêve… américain. C'est le plan d'un politicien véreux qui manipule un boyscout pour en faire Mr Smith au Sénat. Mais, si ce dernier est aujourd'hui un héros, c'est parce que Frank Capra en a fait l'ancêtre des lanceurs d'alerte.
Soit dit en passant, Frank Capra fut le héros de la Columbia. Fondée et dirigée par Harry Cohn, la Columbia était un studio de deuxième catégorie quand Frank Capra vient y travailler et affronte son patron, résolument pingre.
Cohn avait un principe : une seule prise. Pour contourner la règle, Capra laisse courir la pellicule et demande à ses acteurs de recommencer la scène dans la foulée. Cohn sera bien inspiré de ne pas l'envoyer tourner ailleurs ; Capra lui apportera ses premiers Oscars et installera la Columbia parmi les majors d'Hollywood.
Tom Cruise incarne le rêve américain dès le début de Jerry Maguire puisqu'il se pavane en star des agents de sportifs. Ce qui va faire de lui un héros, c'est, paradoxalement, sa dégringolade qui va reconnecter ce qu'il est - une machine à faire du fric - à l'être humain. En somme, Cameron Crowe fait rouler le pitch conventionnel en marche arrière, ce qui fait aussi dévisser l'histoire sentimentale. Le résultat est agréable, mais pas de quoi le qualifier de classique.
Pas de com, pas de héros
A League of Their Own s'emploie à détailler le processus de fabrication du héros. Enfin d'une héroïne car, pour remplacer les héros du base-ball partis à la guerre, on va créer une ligue féminine au début des années 1940. Dans ce film très hollywoodien, au sens divertissant et instructif du terme, Penny Marshall développe un point essentiel : le héros n'existe pas tant que personne ne raconte ses exploits, ne chante ses louanges. Pas de com, pas de héros. D'ailleurs, quand il se lance dans sa bataille pour l'indépendance, Gandhi crée d'abord un journal. Et la sportive créée par Geena Davis a parfaitement compris que, pour susciter l'intérêt du public, il ne suffit pas de bien jouer, il faut l'impressionner avec des images et lui raconter une histoire.
Difficile, en revanche, de trouver un héros dans Dr Folamour, si ce n'est Peter Sellers, en héros de l'art dramatique. Simultanément capitaine de la RAF, président américain et ancien dignitaire nazi passé à l'Ouest, il livre une démonstration époustouflante de sa capacité à incarner trois personnalités qui n'ont rien en commun.
Un album de 80 pages accompagne le coffret appelé à prendre du volume (2, 3, 4…), la Columbia ayant accumulé au long des décennies bien d'autres classiques.
Columbia Picture Vol. 1 : Mr. Smith Goes To Washington, Lawrence of Arabia, Dr. Strangelove of: How I learned To Stop Worrying And Love The Bomb, Gandhi, A League Of Their Own, Jerry Maguire (Sony).