Steven Spielberg, Tom Cruise, James Bond et Lara Croft à la rescousse du cinéma en 2021
Jamais de mémoire cinéphile, les studios hollywoodiens n'ont dû fusionner le calendrier de sorties de deux années. En 2021, si et quand les salles rouvriront, ce sera une déferlante de stars et de blockbusters.
- Publié le 02-01-2021 à 06h00
- Mis à jour le 11-01-2021 à 06h00

2021, année de tous les dangers au cinéma ? Alors que rien n'est encore sûr concernant la réouverture des salles, le modèle économique hollywoodien est ébranlé par la pandémie et les nouvelles parts de marché gagnées par les plateformes de streaming. Entre méthode Coué et business as usual, les studios américains et anglo-saxons ont dressé leur calendrier de sorties pour les douze prochains mois. Le cas de figure est sans précédent. Jamais, depuis la naissance du cinéma, les salles n'ont fermé aussi massivement et aussi longtemps aux Etats-Unis et dans le monde. Lors de la reprise, les places à l'affiche seront chères entre les blockbusters reportés de 2020 et ceux qui étaient déjà inscrits à l'agenda 2021. Y aura-t-il assez d'écrans et de spectateurs pour tous ? Passage en revue de la déferlante annoncée (avec dates indicatives sous réserve de troisième vague et de nouveaux aménagements).
Poids lourds
Du côté des films différés, les attentes sont énormes concernant le James Bond No Time To Die de Cary Fukunaga (31 mars) : dernier Daniel Craig au programme, méchant joué par Rami "Freddy Mercury" Malek, matricule 007 transféré probablement (et provisoirement) à une femme (Lashana Lynch)… Le report imposé par le Covid-19 n'aura été qu'un épisode de plus pour faire monter la pression sur un public toujours pas vacciné contre le vieil espion de Sa Majesté.
Même attente, mais jusque fin septembre et sur un mode plus nerd, pour le Dune de Denis Villeneuve, porté par un solide casting : Timothée Chalamet, Josh Brolin, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Javier Bardem… La nouvelle adaptation du monument de la SF de Frank Herbert débouchera-t-elle sur une nouvelle franchise ? C'était l'intention initiale, et le matériau littéraire est là. Mais la volonté de Warner de sortir ses films de 2021 simultanément sur sa plateforme HBO Max risque de plomber les recettes du film.
Pour finir l'année en musique, Steven Spielberg nous revisite West Side Story (8 décembre). Pas sûr que le réalisateur fera preuve de la modernité radicale de la reprise récente de la comédie musicale par Ivo Van Hove et Anne Teresa De Keersmaeker, mais l'incursion de Spielberg dans ce genre emblématique du Hollywood classique suscite évidemment l'intérêt.
Parmi les autres poids lourds de 2020 reportés, on est plus circonspect concernant F9 (31 mars, face à 007), Godzilla vs. Kong (fin mai) et Matrix 4 (22 décembre), toujours avec Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss mais sans l'agent Smith et Morpheus. On jugera sur pièce.

Super-héros et valeurs sûres
En période de crise, on mise sur les valeurs sûres. Hollywood n'est donc sans doute pas encore mûr pour modifier sa recette et ses franchises. Du côté des Marvelleries, la pièce de résistance, également décalée de 2020, est la Black Widow (5 mai) de Cate Shortland, portée par Scarlett Johansson avec Rachel Weisz en guest. Le film doit inaugurer la délicate phase 4 de l'Univers cinématographique Marvel, désormais privé d'Iron Man, Thor et Captain America. Pour rééquilibrer le jeu, Marvel et Disney parient sur Les Eternels (5 novembre) et ses deux têtes d'affiche Angelina Jolie et Salma Hayek. À noter que la réalisatrice d'origine chinoise Chloé Zhao aura la particularité d'avoir à l'affiche début 2021 son film plus personnel, Nomadland (sur les laissés pour compte de la crise de 2008).
Sony exploite le fond de franchise Marvel qu'il détient, avec un film centré sur un méchant issu des aventures BD de Spider-Man, Morbius (mi-mars), et un troisième Spider-Man avec Tom Holland (en novembre ?). DC/Warner aligne pour sa part un nouveau Suicide Squad (août) signé James Gunn et formé par Margot Robbie, Jared Leto, Idris Elba et Viola Davis.
Côté suites, il y a quelques grosses pièces, dont Top Gun : Maverick (2 juillet) où Tom Cruise s'envoie à nouveau en l'air avec Val Kilmer (et Jennifer Connelly). Report de Top Gun oblige, et sauf nouveau retard dû au Covid-19, Tom Cruise aura un deuxième film à l'affiche fin d'année, avec MI:7. Robert Downey Jr. retrouve Jude Law dans Sherlock Holmes 3 (décembre). Paul Rudd rejoint Carrie Coon, Finn Wolfhard et Mckenna Grace dans Ghostbusters : l'Héritage (5 mars), bien nommé puisque signé par Jason Reitman, fiston d'Ivan, réalisateur du diptyque original. Suite en famille, aussi, pour Emily Blunt dans le monde postapocalyptique silencieux de A Quiet Place Part II de son mari John Krasinski (avril aux Etats-Unis). Alicia Vikander rendosse pour sa part le singlet et le short de Lara Croft dans Tomb Raider 2 (mi-mars).
Les suites ne suffisant plus, il y a aussi des préquels au programme : The King's Man: Première mission de Matthew Vaughn, avec Ralph Fiennes, Gemma Arterton, Charles Dance et Stanley Tucci se disputera les faveurs du public mi-mars avec une autre histoire d'origines très attendue : The Many Saints of Newark d'Alan Taylor qui contera la jeunesse de Tony Soprano. Michael, le fils de feu James Gandolfini, interprète le rôle emblématique de son père jeune face à Vera Farmiga, Jon Bernthal et Ray Liotta.

Concepts et biopics
Disney décline toujours ses concepts, avec la vilaine Cruella (26 mai) et deux Emma qu'on aime (Thompson et Stone) pour une belle affiche. Avec Jungle Cruise (28 juillet), le géant du divertissement espère lancer une nouvelle franchise, à la Pirates des Caraïbes, en transposant au cinéma une de ses attractions à succès. Dwayne Johnson, Emily Blunt et Édgar Ramírez seront de la croisière.
Autre tentative de décliner une marque et de faire du neuf avec du vieux, Uncharted (été ou automne) adapte le jeu vidéo à succès lui-même fortement inspiré d'Indiana Jones. À Tom Holland et Mark Wahlberg d'éviter que le serpent ne se morde un peu trop la queue…
Pas d'année cinéma sans biopic. Trois au programme en 2021. Option engagée : The United States vs Billie Holiday de Lee Daniels avec Andra Day dans le rôle-titre (mi-février). Option soul : Respect avec Jennifer Hudson en Aretha Franklin (18 août). Option mythe : Elvis par Baz Luhrmann avec Austin Butler et Tom Hanks (3 novembre). Option couture : Gucci par Ridley Scott avec Lady Gaga, Adam Driver, Jared Leto, Al Pacino et Robert De Niro (22 novembre). Dans les quatre cas, on espère le meilleur, mais on redoute le pire.
Parmi les acteurs pouvant porter un film sur leur seul nom, Tom Hanks se la rejoue Robinson solitaire, dernier survivant d'une apocalypse qui crée un robot pour s'occuper de son chien (!) dans BIOS (14 avril). Anthony Hopkins partage avec Olivia "The Queen" Colman l'affiche de l'adaptation de la pièce Le Père de Florian Zeller, signée par lui-même (fin février ?). On devrait découvrir au printemps, Ammonite de Francis Lee, porteur du label "Cannes 2020", avec Kate Winslet, Saoirse Ronan et Gemma Jones pour une histoire de passion féminine dans l'Angleterre victorienne.

Réalisateurs attendus
Du côté des réalis-auteurs, mentionnons le retour de M. Night Shyamalan dans son registre de prédilection, le thriller surnaturel, avec Old (été ?), d'après la bande dessinée Château de sable de Pierre-Oscar Lévy et Frederik Peeters. On attend avec curiosité Last Night in Soho d'Edgar Wright, film d'horreur lorgnant vers les cultes Don't Look Now et Repulsion, dernière interprétation de Diana Rigg, disparue en 2020, face à Terence Stamp, Anya Taylor-Joy et Matt Smith (printemps).
Paul Greengrass emmène Tom Hanks pour La Mission, dans le Texas de la fin du XIXe siècle (février). Wes Anderson a différé The French Dispatch. Son casting étoilé (Timothée Chalamet, Frances McDormand, Tilda Swinton, Léa Seydoux, Benicio Del Toro, Saoirse Ronan, Bill Murray, Jeffrey Wright, Owen Wilson…) égaillera l'automne face à The Last Duel de Ridley Scott, qui marque la réunion au scénario et à l'écran de Matt Damon et Ben Affleck, renforcés d'Adam Driver (mi-octobre). Kenneth Brannagh retrouve Agatha Christie et Hercule Poirot pour Mort sur le Nil avec une belle affiche également dont Gal Gadot, Armie Hammer, Annette Bening et Letitia Wright (15 septembre).
Est aussi annoncé le Pinocchio de Guillermo del Toro, film d'animation en stop motion produit par Netflix mais qui pourrait bénéficier d'une sortie en salles. De même, il subsiste quelques inconnues autour du Babylon de Damien Chazelle. Sortira, sortira pas et avec quel casting ? Brad Pitt serait de la partie avec Tobey Maguire (dans le rôle du producteur Irving Thalberg) et Margot Robbie (l'actrice Clara Bow). Ce film sur la transition du cinéma muet pourrait avoir un effet cathartique sur un Hollywood au bord de la crise de nerfs.

