L'avenir d'Hollywood repose sur les épaules de Daniel Craig et d'une gamine

- Publié le 25-11-2022 à 11h55
- Mis à jour le 29-11-2022 à 09h23

À quoi ressembleront les écrans de cinéma en 2023 ? C'est la question à 1,5 milliard de dollars. Ce montant qui équivaut aux pertes opérationnelles du groupe Disney mais, aussi, aux bénéfices de Netflix pour la période de juin à septembre, témoigne des errances stratégiques d'Hollywood.
Deux autres chiffres, liés, ont de quoi préoccuper les exploitants de salles : aux États-Unis, la fréquentation reste inférieure à 32 % à son niveau de 2019 et le nombre de films produits par les studios a baissé de 36 %.
Depuis que la pandémie a accéléré les changements des habitudes de spectateurs, les studios ne savent plus à quel écran se vouer : le grand ou le petit ? Si les choix stratégiques dépendent des grands patrons, ils reposent en partie sur les épaules de Daniel Craig.
Faute d'avoir relancé pleinement la machine à billet des salles du monde entier après le Covid sous le smoking de James Bond dans Mourir peut attendre, le Britannique dispose d'une deuxième chance, cette fois dans le costume plus modeste du détective Benoît Blanc dans Glass Onion.
La suite de A couteaux tirés, un murder mystery à la Agatha Christie qui avait cartonné sur grand écran en 2019, bénéficie d'une brève exclusivité en salles aux États-Unis avant sa diffusion sur Netflix, le 23 décembre.
La pratique est désormais courante. À titre d'exemple, viennent de sortir dans les salles belges, Pinocchio de Guillermo Del Toro et Le Menu de Mark Mylod. Ces deux films seront disponibles en streaming dans moins de huit semaines, le premier sur Netflix, le second sur Disney +.
Expérimentation inédite
Mais, outre la sortie de Glass Onion outre-atlantique, Netflix s'essaie à une expérimentation inédite qui rend cette semaine particulièrement cruciale pour la reconfiguration des stratégies hollywoodiennes.
Le film de Noël de Netflix, Matilda, qui sera diffusé le 25 décembre, bénéficie d'une exceptionnelle sortie en salles, massive, au Royaume-Uni, à partir de vendredi.
Et pour cause : c'est un monument national. Adaptée d'un best-seller de Roald Dahl, cette comédie musicale, qui a pour héroïne une gamine surdouée, cartonne depuis dix ans dans le West End, à Londres. Le film sort sur plus de 1500 écrans.

Les boss de Netflix, Ted Sarandos et Reed Hastings, clament pourtant toujours plus haut et fort que le streaming est leur priorité. L'argument du second est que le budget marketing pour une sortie salle ne vaut plus la chandelle quand "les gens préfèrent regarder des films chez eux".
Mais Netflix est à la croisée des chemins. Durant le premier semestre, elle a enregistré ses premières pertes d'abonnés, jugulées depuis. Le temps de la croissance infinie est terminé.
La plateforme ne peut pas se reposer sur ses bons résultats financiers. Ses superproductions récentes comme The Gray Man ou Slumberland (aux budgets respectifs de 200 millions et 150 millions de dollars) ont enregistré des scores décevants.
Wall Street se préoccupe désormais de l'ARPU (le revenu moyen par abonné). Le fait que Netflix fasse trois à quatre fois mieux que ses concurrents est sans appel. Ses bénéfices s'envolent. Mais il faut préserver cette avance. Or, les studios traditionnels se replient sur ce qu'ils font de mieux : des films pour le cinéma.
David Zaslav, le patron de Warner Bros Discovery, a décidé cet été, de redonner la priorité à la salle. Son argument auprès des actionnaires : "J'ai regardé les chiffres. Les films qui sortent en salles performent cinq fois mieux que ceux qui sortent directement en streaming."
Même remise au point chez Disney, après plusieurs résultats décevants d'une politique intégrée salles/streaming. Bob Chapek, PDG nommé en 2020, a été limogé le 20 novembre pour être remplacé par son prédécesseur, Robert Iger. Dès le lendemain, celui-ci a remercié le directeur que Chapek avait nommé à la tête d'un nouveau département, fusionnant les activités cinémas et télévision du groupe.