"Winnie l'ourson": Quand Winnie bouffe Bourriquet... sauce navet
Une adaptation gore et stupide du petit ourson. Ou quand Winnie et Porcinet en sont amenés à manger Bourriquet et ne sont pas contents, mais alors pas contents du tout, d'avoir été abandonnés par leur ami Jean-Christophe. Le buzz relatif qui entoure cette improbable série Z ne peut cacher l'abyssale connerie d'un slasher totalement fauché, mais très rentable.

- Publié le 21-02-2023 à 09h17
- Mis à jour le 21-02-2023 à 14h04

Sur le point de se marier, Jean-Christophe (Nikolai Leon) est heureux de présenter sa future épouse à ses amis d'enfance : Winnie l'ourson, Porcinet, Bourriquet, Coco Lapin et les autres. Ils ont grandi ensemble, vécu mille et une aventures. Mais, au fil des ans, le lien s'est petit à petit distendu et, quand Jean-Christophe est parti étudier à l'université, ces créatures chimériques, mi-homme, mi-animal, ont perdu leur source de nourriture… Affamés, Winnie et Porcinet ont fini par bouffer l'âne et ont définitivement renoncé à leur part d'humanité. Quand Jean-Christophe débarque, ils sont bien décidés à se venger. Et à décimer au passager une bande de copines venues passer le week-end en lisière de la Forêt des Rêves bleus…
Un héros détourné
Imaginé par l'Anglais Alan Alexander Milne (et dessiné par Ernest Howard Shepard) en 1926, Winnie l'ourson est un héros jeunesse populaire dans le monde entier grâce au dessin animé Disney de 1977 et à la série jeunesse produite de 1983 à 1987 (adaptée en français avec Jean Rochefort sur FR3 en 1985). Même si le petit ourson avait déjà, avant cela, fait le bonheur des petits soviétiques dans trois films russes sortis de 1969 à 1971…
Depuis, on ne conte plus les séries et autres films d'animation mettant en scène Winnie et ses amis. Jusqu'au mignon Jean-Christophe et Winnie, production Disney en live action avec Ewan McGregor en 2018. Avec Winnie l'ourson : Sang et Miel, on quitte clairement la ligne de Disney !

Une série Z mal torchée
Jeune réalisateur anglais avec déjà quelques longs métrages fauchés à son actif (dont un sur un sapin de Noël tueur l'année dernière…), Rhys Frake-Waterfield signe une vision trash (et stupide) de Winnie l'ourson, où les adorables petites peluches se transforment en bêtes sanguinaires à la manière des Rednecks de Massacre à la tronçonneuse. Une vision rendue possible par le fait que les droits du personnage d'Alan Alexander Milne sont tombés dans le domaine public et que la licence de Disney a expiré.
Malgré une critique assassine — il est vrai qu'il n'y a rien à sauver dans cette production semi-amateur à peine écrite, sans aucune cohérence ni continuité, mise en scène à la truelle et sans aucun second degré. Sans même parler des masques de Winnie et Porcinet… —, le film fait son petit effet sur les réseaux sociaux, depuis la publication de sa bande-annonce particulièrement gore… Résultat, le producteur MovieCompany est parvenu à sortir son film en Belgique mercredi dernier, sans passer par un distributeur.
Si l'on peut franchement se passer de ce slasher, on ne manquera pas la bande-annonce francophone belge. MovieCompany a en effet fait appel à des acteurs flamands pour jouer, très mal et avec un accent à couper au couteau, Jean-Christophe et ses amis. De quoi presque donner envie d'aller voir le film en VF. On n'a pas poussé la conscience professionnelle jusque-là, la seule séance bruxelloise en VF étant programmée à Kinepolis à 22h30. La flemme…
La VO anglaise est ceci dit tout aussi pourrie, avec de jeunes acteurs de troisième ou quatrième zone jouant comme des cochons (même Porcinet…) dans ce film d'exploitation (teinté d'un érotisme assez chaste) qui se contente de surfer sur son idée de départ : régler ses comptes avec les héros de notre enfance. Mais ce sans aucune ambition, ni imagination et encore moins de propos…

Effet de buzz
Le plus surprenant finalement, c'est qu'une telle série Z, autrefois réservée au marché VHS et à une séance très animée du BIFFF, trouve sa place sur nos écrans. Et ce grâce ou plutôt à cause d'un micro-buzz sur les réseaux sociaux, alimenté par le jeune cinéaste lui-même, qui affirme avoir reçu des menaces de mort pour avoir osé s'attaquer à un mythe. Malgré l'agitation, lundi soir, la salle était ceci dit quasiment vide à Kinepolis et les jeunes spectateurs étaient pour le moins atterrés à la sortie…
Et pourtant, une suite est déjà en développement. Ayant engrangé un million de dollars rien que lors de sa sortie au Mexique, Winnie l'Ourson pourrait, avec son budget riquiqui de 250000 dollars, devenir un des films les plus rentables… Son réalisateur et producteur bosse également sur la perversion d'autres héros Disney : Peter Pan (Le cauchemar du Pays imaginaire) et Bambi. Aussi nullard soit-il, Rhys Frake-Waterfield s'est trouvé un créneau…

Winnie l'ourson : Sang et miel/Winnie the Pooh : Blood and Honey Film d'horreur Scénario et réalisation Rhys Frake-Waterfield (d'après les livres Winnie l'ourson d'Alan Alexander Milne et d'Ernest Howard Shepard) Photographie Vince Knight Musique Andrew Scott Bell Avec Amber Doig-Thorne, Maria Taylor, Nikolai Leon, Craig David Dowsett… Durée 1h40
