Virginie Efira, de Club RTL au César de la meilleure actrice...
Ce vendredi soir, l'actrice franco-belge a enfin remporté son premier César (après six nominations) pour son rôle dans "Revoir Paris" d'Alice Winocour. Quel chemin parcouru depuis ses débuts en télévision à l'âge de 20 ans…

- Publié le 24-02-2023 à 15h26
- Mis à jour le 26-02-2023 à 15h48

Ce vendredi soir, en direct depuis l'Olympia à Paris, ont été décernés les 48es César. À 45 ans, l'actrice franco-belge a enfin remporté le César de la meilleure actrice pour son rôle de survivante dans Revoir Paris d'Alice Winocour. Et ce après avoir été nommée à six reprises depuis 2017, pour les prestations dans Victoria de Justine Triet, Un amour impossible de Catherine Corsini, Le Grand Bain de Gilles Lellouche, Adieu les cons d'Albert Dupontel et Benedetta de Paul Verhoeven. Avec ce César, Efira empoche le premier prix majeur de sa carrière, après avoir été plusieurs fois en lice en Compétition à Cannes et Venise et après avoir obtenu le Magritte de la meilleure actrice pour Victoria en 2017.
Désormais l'une des actrices les plus "banquables" — elle était en tête d'affiche de deux films ayant franchi le cap des 500 000 spectateurs l'année dernière : En attendant Bojangles de Régis Roinsard (où, face à Romain Duris, elle brille dans la peau d'une femme rongée par la folie) et Revoir Paris —, Virginie Efira s'est imposée en quelques années comme une personnalité incontournable du cinéma hexagonal. Ce n'était pourtant pas gagné pour la Bruxelloise…

La jolie blonde de Mégamix
Née le 5 mai 1977 à Schaerbeek d'un père médecin d'origine turque et d'une mère esthéticienne — qui divorceront quand elle aura neuf ans —, Virginie Efira a étudié la comédie à l'Insas, puis au Conservatoire de Bruxelles. Avant même de terminer ses études, elle est repérée par le producteur de Mégamix, l'émission musicale jeunesse de Club RTL, qu'elle co-animera avec Lidia Gervasi de 1997 à 2000.
![Mégamix, l'émission culte belge qui a révélé Virginie Efira! [Club RTL - RTL c'est culte!] - YouTube thumbnail](https://i.ytimg.com/vi_webp/pg2Wcltz1VU/hqdefault.webp)
Souriante et pétillante, la jolie blonde monte rapidement en grade à RTL, qui lui confie, en 2002, la présentation de ses télécrochets Star Academy et À la Recherche de la Nouvelle Star. L'année suivante, elle monte à Paris, rejoint les rangs de M6, où elle présente de nombreuses émissions, dont la Nouvelle Star, qui font d'elle un visage connu en France, mais qu'on est encore bien loin d'associer au glamour du 7e Art… Le tournant, ce sera le choix risqué de quitter M6 pour Canal +, où elle présente en 2008 Canal Presque, talk-show déjanté mais totalement foireux… En 2013, dans l'émission de Frédéric Lopez La Parenthèse enchantée : elle résumait son expérience de façon claire : "Sur Canal +, on a fait de la merde…"
L'émission est, certes, un naufrage mais, paradoxalement, elle redore l'image de marque de la future actrice. Bye bye l'animatrice de M6. Efira fait désormais partie de la maison Canal +, alors encore synonyme de branchitude, et, ce faisant, de l'écosystème du cinéma français, auquel elle peut désormais ouvertement rêver… Dès 2010, elle confie à Paris Match qu'elle ne refera plus jamais de télévision. "À moins d'avoir cinq enfants qui n'ont plus rien à manger…"
Des débuts en fanfare
Vue dans Les Barons de Nabil Ben Yadir en 2009 — l'un de ses rares films belges, avec Dead Man Talking de son compagnon d'alors, Patrick Ridremont, en 2013 —, Virgina Efira est adoubée dès 2011 par la cinéaste Anne Fontaine, qui la fait jouer aux côtés de Benoît Poelvoorde et d'Isabelle Huppert dans Mon pire cauchemar, où elle impose son jeu naturel et son sourire.

Efira multiplie alors les rôles de la fille d'à côté, pétillante et sympa. En 2013, elle fait ainsi tourner la tête de Pierre Niney dans 20 ans d'écart, comédie romantique qui connaît un joli succès au box-office et fait d'elle une actrice populaire en France.

Mais Efira refuse de se cantonner aux comédies populaires, préférant creuser son trou dans le cinéma d'auteur. Que ce soit chez Emmanuel Mouret (dans Caprice en 2015) et surtout chez Justine Triet. C'est en effet son rôle d'avocate parisienne et mère célibataire débordée dans Victoria, présenté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes, qui l'établit en tant qu'actrice qui compte en 2016. La preuve: elle a droit à une apparition en guest star dans l'excellente série Dix pour cent.
La même année, Virginie Efira décide de prendre la nationalité française, pour pouvoir voter et s'impliquer dans la politique du pays où elle vit depuis plus de dix ans, explique-t-elle.

Une habituée des tapis rouges
En 2016, elle fait aussi sa première apparition en Compétition du Festival de Cannes, pour un second rôle marquant dans Elle de Paul Verhoeven. Cinq ans plus tard, le Hollandais lui offrira un nouveau passage par le tapis rouge du Palais des Festivals, cette fois en tête d'affiche de Benedetta, dans le rôle sulfureux et provocateur de Benedetta Carlini, une mystique lesbienne italienne du XVIIe siècle. "J'aime quand ça dépasse des lignes. Quand je devais faire une scène d'amour et qu'au moment paroxystique Verhoeven me disait de crier encore plus fort, je me disais : Mon Dieu… Ça me faisait rire. Il y a un truc farce et, en même temps, c'est intelligent, c'est très politique", nous confiait-elle alors, très fière de cette collaboration avec Verhoeven.

Le film ne rencontre malheureusement pas le succès espéré, mais Virginie Efira est désormais une actrice à la stature internationale, dont les films sont montrés dans les plus grands festivals du monde, à Cannes bien sûr — où elle était présente en mai 2022 pour présenter Revoir Paris —, mais aussi la Mostra de Venise.
Une actrice délicate
En septembre dernier, sur le Lido, de nombreux journalistes internationaux ont ainsi salué sa prestation dans le magnifique mélo Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski, où elle incarne une jeune femme réduite au rôle de belle-mère pour la fille de son compagnon (Roschdy Zem), qu'elle aime comme sa fille, mais qui ne sera jamais sa fille… Un rôle tout en retenue et délicatesse, où Virginie Efira se montre particulièrement touchante.
"Ce que je trouve joli aussi dans le travail d'acteur, c'est ce que l'on retient, ce qui n'est pas montré. Certains réalisateurs m'ont déjà dit : 'Là, je voudrais une performance…' Oh là là… Non, ce qu'il faut, c'est restituer quelque chose. Je trouve dommage que le cinéma ne propose pas davantage de choses comme celles-ci. Un cinéma accessible et pourtant avec une haute tenue philosophique et esthétique…", commentait-elle à propos de son rôle, en déplorant le gigantisme et la déshumanisation des grosses productions type super-héros actuelles…
En novembre dernier, Virginie Efira s'est lancé dans un nouveau défi : le tournage de Tout va bien, une mini-série française pour la plateforme Disney+ dont elle tient le premier rôle et qui pourrait lui apporter un public international…
