Cannes déroule le tapis rouge à Michael Douglas
Récompensée d'une Palme d'or d'honneur mardi soir en ouverture du 76e Festival de Cannes, la star américaine s'est confiée, ce mercredi, au public cannois sur son incroyable carrière de plus de 55 ans.

- Publié le 17-05-2023 à 21h40
- Mis à jour le 17-05-2023 à 22h05

On se souvient de l'accueil délirant réservé par le Festival de Cannes l'année dernière à Top Gun Maverick, avec vol de la patrouille de France au-dessus du Palais des Festivals et arrivée de Tom Cruise en hélicoptère. Le tout suivi d'une rencontre publique de la star hollywoodienne sous la forme d'un show égocentrique totalement lunaire.
Ce mercredi après-midi, Michael Douglas – qui recevait, la veille lors de la cérémonie d'ouverture, une Palme d'or des mains d'Uma Thurman, succédant ainsi à Forest Whitaker –, a offert un tout autre spectacle, lors de sa discussion avec le journaliste français Didier Allouc. Venu en dehors du circuit classique de la promotion, l'acteur n'avait pas de film à présenter à Cannes. Il se cantonne depuis des années à son rôle d'Hank Pym dans le MCU, notamment dans Ant-Man 3, sorti en février et qui lui a permis de s'essayer pour la première fois aux écrans verts ("où j'ai l'impression d'être ridicule quand je joue"…). Et aux séries télés. Il vient ainsi de tourner en France un biopic de Benjamin Franklin pour AppleTV, aux côtés de Ludivine Sagnier et Thibault de Montalembert. Un retour aux sources pour celui dont la carrière a décollé grâce à la série policière Les Rues de San Francisco, entre 1972 et 1977.
Toujours bon pied bon œil à 78 ans — "Je suis plus vieux que le festival", plaisante-t-il —, Michael Douglas s'est prêté de bonne grâce à l'exercice de l'interview face à un public enthousiaste, qu'il a salué dans un français correct, avant de passer à l'anglais.

Le fils de son père
Alors qu'Arte. TV propose depuis deux jours en ligne le documentaire Michael Douglas, le fils prodige, l'acteur est revenu assez longuement sur sa relation, parfois compliquée, avec son père, Kirk Douglas… Il lui aura ainsi fallu attendre sa nomination à l'Oscar pour Wall Street d'Oliver Stone en 1988 pour qu'il sente la reconnaissance de ses pairs et se dire qu'il était enfin sorti de l'ombre de son illustre géniteur. "Au début de ma carrière, j'étais plus agressif vis-à-vis de mon père. Dans les années 1950 et 1960, il n'y avait pas de télévision. Les acteurs tournaient six ou sept films par an. Mon père travaillait tout le temps. J'avais l'impression de ne pas avoir assez d'attention de sa part. Puis on grandit, on a soi-même des enfants et on finit par se dire que notre père n'était pas si terrible que cela sur le plan familial…", réfléchit Michael Douglas, qui ressemble de plus en plus à Kirk…
L'acteur a également salué la mémoire de sa belle-mère d'origine belge, Anne Buydens, disparue en 2020 et que Kirk Douglas avait rencontrée ici à Cannes. Douglas se souvient ainsi avoir donné la réplique à son père en 2003, dans Une si belle famille de Fred Schepisi, où jouaient également sa mère Diana et son fils aîné Cameron. "J'ai eu énormément de chance. Mes parents ont divorcé quand j'avais 6-7 ans, mais ils sont restés en bons termes leur vie durant. C'est magnifique. Mon père a épousé Anne, ma mère s'est remariée, mais ils s'adoraient. Ils dînaient régulièrement tous les quatre ensemble, de préférence sans les enfants. Ce film a été l'occasion de se réunir tous ensemble. C'était le premier rôle de mon fils, Kirk et moi étions assez tendus pour lui, mais il se débrouillait très bien. J'ai regardé mon père et je lui ai dit : quelle concurrence, ces fils vont nous tuer…"

Pas besoin de coach d'intimité
Venu pour la première fois à Cannes en 1978 pour y présenter Le Syndrome chinois – film dont il était également producteur et qui a déclenché son activisme contre l'énergie nucléaire, même s'il dit désormais avoir revu sa position face au réchauffement climatique –, le comédien avait été marqué par l'enthousiasme pour le cinéma en France. "Je me souviens de ce vrai amour du cinéma, quelle qu'en soit l'origine, sans nationalisme. Et des incroyables fêtes évidemment ! Grâce à Cannes, j'ai pu voyager partout dans le monde, du Japon à l'Afrique du Sud. J'ai rencontré des gens dont je ne parle pas la langue, mais on se comprend grâce à la langue universelle du cinéma. Cette année, au sortir du Covid, on se rend compte combien le cinéma est une chose rare, qui nous réunit, plutôt que de nous séparer."
Michael Douglas est ensuite revenu plusieurs fois à Cannes, notamment pour un certain Basic Instinct, qui avait affolé la Croisette en 1992. "Basic Instinct, c'était unique ! Même en France, voir des scènes aussi osées sur un grand écran, c'était beaucoup pour certains… Mais c'était très amusant ! […] Je voulais faire un film marquant, avec Paul Verhoeven, ce calviniste néerlandais traditionnel en lutte contre son éducation. Le scénario était excellent. On a beaucoup cherché notre actrice principale. Paul savait qu'il y aurait beaucoup de scène de sexe, comme dans tous ses films. Et il n'arrêtait pas de le dire aux actrices, qui refusaient toutes de montrer plus que leurs seins… Et puis, quand j'ai vu les images de Sharon (Stone), j'ai trouvé ça très beau."
Je suis fier de dire qu'il y a peu de films que je regrette d'avoir refusés. Par contre j'en regrette certains que j'ai faits…
Dans les années 1980 et 1990, Michael Douglas a en effet étrenné son image de sex-symbol aux côtés de Kathleen Turner dans À la poursuite du diamant vert (1984) de Robert Zemeckis et La Guerre des Rose (1989) de Danny DeVito, de Glenn Close dans Liaison fatale (1987) d'Adrian Lyne ou encore de Demi Moore dans Harcèlement (1992) de Barry Levinson. "Aujourd'hui, il y a des coachs d'intimité. À l'époque et j'en suis fier, j'ai joué dans beaucoup films avec des femmes, avec Kathleen Turner notamment. On n'avait pas besoin de coach… Je ne suis pas un expert en matière de scènes de sexe, mais le secret, c'est de répéter cela comme une scène de combat, comme une chorégraphie. On dit à sa partenaire : 'C'est OK pour toi si je pose ma main là ? Puis on va s'embrasser. On commence lentement, puis on accélère.' Il faut travailler et si ça fonctionne, on a l'impression que c'est naturel, spontané…", s'amuse aujourd'hui le vieux comédien.

Apprendre à être soi-même
Durant ses plus de 55 années de carrière, Douglas confie avoir évolué dans son approche du jeu. Ainsi, s'il pensait au départ, en adepte de la Méthode, qu'il fallait être dans la vérité, il estime aujourd'hui que le jeu est un mensonge. "Quand on me donne la liberté de jouer, on m'autorise à mentir à une machine qu'on appelle caméra. Que ce soit pour une scène de ménage, des pleurs…, il s'agit de faire semblant. Mais, dans tous les cas, c'est une grande joie de jouer !"
La plus grande leçon que retient la star, c'est d'avoir appris "la confiance en soi, pour être soi-même face à la caméra". "La caméra capture une partie de vous-même. Il faut avoir confiance en qui l'on est. Et ce n'est que récemment que j'ai accepté d'être moi-même… Jack Nicholson est quelqu'un de charmant, mais quand la caméra est sur lui, il se sert de cela comme une excuse pour s'ouvrir totalement. Sur Vol au-dessus d'un nid de coucou (film de Milos Forman, produit par Douglas, qui lui a valu son premier oscar, celui du meilleur film, en tant que producteur en 1976, NdlR), il pouvait faire des prises de dix minutes où il se permettait d'être pleinement lui-même. C'est ça le plus difficile…"
