Après la mort d'Alexeï Navalny, Arte revient sur les crimes d'État de Poutine
Sur la plateforme Arte.TV, une trilogie documentaire sur les crimes de sbires du "tsar".
- Publié le 20-02-2024 à 12h59
- Mis à jour le 20-02-2024 à 12h57

Les poisons de Poutine Série documentaire De et écrit par Jennifer Deschamps Arte.TV 3x52mn
Il y a un an, en mars 2023, Arte diffusait Les poisons de Poutine , trilogie documentaire écrite et réalisée par Jennifer Deschamps. Après la mort d'Alexeï Navalny, opposant au "tsar", comme il l'appelait, la plateforme Arte.tv remet en avant cette plongée dans un système assassin érigé au rang d'arsenal répressif.
Le récit suit la chronologie de l'exercice du pouvoir par Vladimir Poutine, depuis l'élection à la présidence de l'ex-directeur du FSB en 2000. C'est une litanie d'intimidations et crimes à l'encontre des opposants à son régime et des traîtres, d'Alexander Litvinenko (assassiné par empoisonnement au polonium 210 en 2006) à Alexeï Navalny en passant par l'ancien espion Sergueï Skripa (ciblé par une tentative en 2018), la journaliste Anna Politkovskaïa (assassinée par balles en 2006) et Vladimir Kara-Murza (qui a survécu à deux tentatives d'empoisonnement).
Les modus operandi se recoupent avec, souvent, un commando de deux hommes à la manœuvre. Tel une organisation mafieuse, l'état poutinien ne se cache pas : il s'agit d'envoyer un message aux opposants potentiels.
Tel un boss mafieux
S'appuyant sur le témoignage de victimes directes et d'autres acteurs ou observateurs de ces affaires (journalistes, juges, enquêteurs, comme l'ex-directeur de la CIA Leon Panetta, ou l'ancien conseiller de Donald Trump, John Bolton ou l'ami et conseiller de Navalny, Serguei Gouryev) le récit aussi met en lumière les luttes d'influences, guerres de territoires, batailles financières et énergétiques, un système de prévarication des biens d'État. Tel un boss mafieux, Poutine est "monsieur 50 %", soit le montant de la dîme à verser quand on obtient une prébende…
La démonstration d'un système, où les assassinats d'État, hérités d'un autre âge, font partie de l'arsenal de répression et constituent une "arme stratégique et diplomatique", est implacable. Poutine maîtrise bien mieux l'échiquier mondial que ses interlocuteurs occidentaux, amateurs de passage dans un jeu dont ils ne maîtrisent plus les règles, héritées de la guerre froide.
L'élaboration du Magnitsky Act
L'un des témoignages le plus intéressants est celui William Browder. Cet homme d'affaires américano-britannique est l'artisan du Magnitsky Act, du nom de son avocat en Russie, battu à mort en prison. Cette loi a été adoptée sous la présidence d'Obama.
Pour la première, une loi de sanction ne visait plus un État - et, indirectement, ses citoyens, tout aussi victimes d'un pouvoir autoritaire - mais les responsables et fonctionnaires contrevenant aux droits de l'Homme ou profitant des exactions. Leurs avoirs gelés, leur personne sujette à des poursuites, ils deviennent persona non grata à l'étranger.
Browder, qui reste la cible de Poutine, explique les tractations qui lui ont permis d'obtenir l'adoption d'une loi bipartisane au Congrès américain et de manœuvrer dans les arcanes européens afin d'obtenir des lois analogues - utiles après l'invasion de l'Ukraine.
Aveuglement occidental
Le documentaire rappelle le long aveuglement des États occidentaux et la complaisance de certains, siégeant dans des conseils d'administration en Russie (Gerard Schröder en prend pour son grade).
Même aujourd'hui, alors que les faits sont avérés (depuis l'assassinat retentissant de Litvinenko), et malgré la guerre en Ukraine, il se trouve des hommes et des femmes d'État qui maintiennent le dialogue, tout sourire, avec Poutine - la candeur et la realpolitik ne peuvent plus être de mise… Ce constat est d'autant plus glaçant que plusieurs amis du "tsar" - pas des fans de l'État de droit - sont au seuil des chancelleries.
Alain Lorfèvre
